SCÈNE I. — JOAD, ABNER
ABNER
Oui , je viens dans son temple adorer TÉternel ;
Je viens , selon Tusage antique et solennel ,
Célébrer avec vous la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.
Que les temps sont changés ! Sitôt que de ce jour
La trompette sacrée annonçoit le retour,
Du temple, orné partout de festons magnifiques,
Le peuple saint en foule inondoit les portiques ;
Et tous, devant l'autel avec ordre introduits.
De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits,
Au Dieu de l'univers consacroient ces prémices :
Les prêtres ne pouvoient suffire aux sacrifices.
L'audace d'une femme , arrêtant ce concours ,
En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.
D'adorateurs zélés à peine un petit nombre
Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre :
Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal ;
Ou même , s'empressant aux autels de Baal ,
Se fait initier à ses honteux mystères,
Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères.
Je tremble qu'Athalie , à ne vous rien cacher ,
Vous-même de l'autel vous faisant arracher,
N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes ,
Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.
JOAD
D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment.
ABNER
Pensez-vous être saint et juste impunément?