‹ Œuvres complètesChapitre 496 sur 594 · SCÈNE I. — JOAD, ABNER · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — JOAD, ABNER

ABNER

Oui , je viens dans son temple adorer TÉternel ;

Je viens , selon Tusage antique et solennel ,

Célébrer avec vous la fameuse journée

Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.

Que les temps sont changés ! Sitôt que de ce jour

La trompette sacrée annonçoit le retour,

Du temple, orné partout de festons magnifiques,

Le peuple saint en foule inondoit les portiques ;

Et tous, devant l'autel avec ordre introduits.

De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits,

Au Dieu de l'univers consacroient ces prémices :

Les prêtres ne pouvoient suffire aux sacrifices.

L'audace d'une femme , arrêtant ce concours ,

En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.

D'adorateurs zélés à peine un petit nombre

Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre :

Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal ;

Ou même , s'empressant aux autels de Baal ,

Se fait initier à ses honteux mystères,

Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères.

Je tremble qu'Athalie , à ne vous rien cacher ,

Vous-même de l'autel vous faisant arracher,

N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes ,

Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

JOAD

D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment.

ABNER

Pensez-vous être saint et juste impunément?

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