‹ Œuvres complètesChapitre 510 sur 594 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

MATHAN

Ce songe et ce rapport, tout me semble effroyable.

ATHALIE

Mais cet enfant fatal , Àbner , vous l'avez vu : Quel est-il ? de quel sang , et de quelle tribu ?

ABNER

Deux enfans à l'autel prêtoient leur ministère : L'un est fils de Joad , Josabeth est sa mère ; L'autre m'est inconnu.

MATHAN

Pourquoi délibérer?

De tous les deux , madame , il se faut assurer. Vous savez pour Joad mes égards , mes mesuies ; Que je ne cherche point à venger mes injures; Que la seule équité règne en tous mes avis; Mais lui-même, après tout, fût>ce son propre fils, Voudroit-il un moment laisser vivre un coupable?

ABNER

De quel crime un enfant peut-il être capable ?

MATHAN

Le ciel nous le fait voir un poignard à la main : Le ciel est juste et sage , et ne fait rien eu vain. Que cherchez-vous de plus?

ABNER

Mais , sur la foi d'un songe , Dans le sang d'un enfant voulez- vous qu'on se plonge ? Vous ne savez encor de quel père il est né , Quel il est.

MATHAN

On le craint : tout est examiné. A d'illustres parens s'il doit son origine , La splendeur de son sort doit hâter sa ruine ; Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé , Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé? Est-ce aux rois à garder cette lente justice? Leur sûreté souvent dépend d'un prompt supplice N'allons point les gêner d'un soin embarrassant : Dès qu'on leur est suspect, on n'est plus innocent.

ABNER

Hé quoi, Mathan! d'un prêtre est-ce là le langage? Moi , nourri dans la guerre , aux horreurs du carnage , Des vengeances des rois ministre rigoureux, C'est moi qui prête ici ma voix au malheureux ! Et vous, qui lui devez des entrailles de père. Vous , ministre de paix dans les temps de colère ,

372 ATHALIE

Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment , Le sang à votre gré coule trop lentement !

Vous m'avez commandé de vous parler sans feinte , Madame : quel est donc ce grand sujet de crainte? Un songe , un foible enfant que votre œil , prévenu , Peut-être sans raison croit avoir reconnu.

ATHALIE

Je le veux croire , Abner ; je puis m'être trompée : Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée. Hé bien 1 il faut revoir cet enfant de plus près ; Il en faut à loisir examiner les traits. Qu'on les fasse tous deux paroi tre en ma présence.

ABNER

Je crains....

ATHALIE

Manqueroit-on pour moi de complaisance?

De ce refus bizarre où seroient les raisons? Il pourroit me jeter en d'étranges soupçons. Que Josabeth , vous dis-je , ou Joad les amène. Je puis , quand je voudrai , parler en souveraine. Vos prêtres, je veux bien, Abner, vous l'avouer, Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer. Je sais sur ma conduite et contre ma puissance Jusqu'où de leurs discours ils portent la licence : Ils vivent cependant, et leur temple est debout. Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout. Que Joad mette un frein à son zèle sauvage, Et ne m'irrite point par un second outrage. Allez.

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