‹ Œuvres complètesChapitre 514 sur 594 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

Vous employez tous deux le calme où je vous laisse. Vous cultivez déjà leur haine et leur fureur; Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur.

JOSABETH

Peut-on de nos malheurs leur dérober l'histoire? Tout l'univers les sait ; vous-même en faites gloire.

Oui, ma juste fureur, et j'en fais vanité,

A vengé mes parens sur ma postérité.

J'aurois vu massacrer et mon père et mon frère,

Du haut de son palais précipiter ma mère,

Et dans un même jour égorger à la fois

(Quel spectacle d'horreur!) quatre-vingts fils de rois;

Et pourquoi? pour venger je ne sais quels prophètes

Dont elle avoit puni les fureurs indiscrètes :

Et moi, reine sans cœur, fille sans amitié,

Esclave d'une lâche et frivole pitié,

Je n'aurois point du moins à cette aveugle rage

Rendu meurtre pour meurtre , outrage pour outrage »

Et de votre David traité tous les neveux

Comme on traitoit d'Achab les restes malheureux !

Où serois-je aujourd'hui si, domptant ma foiblesse,

Je n'eusse d'une mère étouffé la tendresse;

Si de mon propre sang ma main versant des flots

N'eût par ce coup hardi réprimé vos complots?

Enfin de votre Dieu l'implacable vengeance

Entre nos deux maisons rompit toute alliance :

David m'est en horreur; et les fils de ce roi,

Quoique nés de mon sang , sont étrangers pour moi.

JOSABETH

Tout vous a réussi. Que Dieu voie, et nous juge.

ATHALIE

Ce Dieu, depuis longtemps votre unique refuge, Qu^ deviendra l'effet de ses prédictions? Qu'il vous donne ce roi promis aux nations. Cet enfant de David, votre espoir, votre attente. .. Mais nous nous reverrons. Adieu. Je sors contente : J'ai voulu voir; j'ai vu.

ABNER, à Josàbeth.

Je vous l'avois promis :

Je vous rends le dépôt que vous m'avez commis.

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»78 \THALIE

SCÈNE VIII. - JOAS, JOSABETH, ZACHARIE, SALOMT JOAD, ABNER, lévitbs, le chœur.

JOSABETH , à Joad.

Avez-vous entendu cette superbe reine, Seigneur?

JOAD

J*entendois tout et plaignois votre peine. Ces lévites et moi prêts à vous secourir, Nous étions avec vous résolus de périr.

[À Joas , en Vemhrassant.) Que Dieu veille sur vous , enfant dont le courage Vient de rendre à son nom ce noble témoignage. Je reconnois , Abner , ce service important : Souvenez- vous de l'heure où Joad vous attend. Et nous, dont cette femme impie et meurtrière A souillé les regards et troublé la prière, Rentrons; et qu'un sang pur, par mes mains épanché , Lave jusques au marbre où ses pas ont touché.

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