ACTE II, SCENE VII
Vous employez tous deux le calme où je vous laisse. Vous cultivez déjà leur haine et leur fureur; Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur.
JOSABETH
Peut-on de nos malheurs leur dérober l'histoire? Tout l'univers les sait ; vous-même en faites gloire.
Oui, ma juste fureur, et j'en fais vanité,
A vengé mes parens sur ma postérité.
J'aurois vu massacrer et mon père et mon frère,
Du haut de son palais précipiter ma mère,
Et dans un même jour égorger à la fois
(Quel spectacle d'horreur!) quatre-vingts fils de rois;
Et pourquoi? pour venger je ne sais quels prophètes
Dont elle avoit puni les fureurs indiscrètes :
Et moi, reine sans cœur, fille sans amitié,
Esclave d'une lâche et frivole pitié,
Je n'aurois point du moins à cette aveugle rage
Rendu meurtre pour meurtre , outrage pour outrage »
Et de votre David traité tous les neveux
Comme on traitoit d'Achab les restes malheureux !
Où serois-je aujourd'hui si, domptant ma foiblesse,
Je n'eusse d'une mère étouffé la tendresse;
Si de mon propre sang ma main versant des flots
N'eût par ce coup hardi réprimé vos complots?
Enfin de votre Dieu l'implacable vengeance
Entre nos deux maisons rompit toute alliance :
David m'est en horreur; et les fils de ce roi,
Quoique nés de mon sang , sont étrangers pour moi.
JOSABETH
Tout vous a réussi. Que Dieu voie, et nous juge.
ATHALIE
Ce Dieu, depuis longtemps votre unique refuge, Qu^ deviendra l'effet de ses prédictions? Qu'il vous donne ce roi promis aux nations. Cet enfant de David, votre espoir, votre attente. .. Mais nous nous reverrons. Adieu. Je sors contente : J'ai voulu voir; j'ai vu.
ABNER, à Josàbeth.
Je vous l'avois promis :
Je vous rends le dépôt que vous m'avez commis.
AAcnfvi 87
»78 \THALIE
SCÈNE VIII. - JOAS, JOSABETH, ZACHARIE, SALOMT JOAD, ABNER, lévitbs, le chœur.
JOSABETH , à Joad.
Avez-vous entendu cette superbe reine, Seigneur?
JOAD
J*entendois tout et plaignois votre peine. Ces lévites et moi prêts à vous secourir, Nous étions avec vous résolus de périr.
[À Joas , en Vemhrassant.) Que Dieu veille sur vous , enfant dont le courage Vient de rendre à son nom ce noble témoignage. Je reconnois , Abner , ce service important : Souvenez- vous de l'heure où Joad vous attend. Et nous, dont cette femme impie et meurtrière A souillé les regards et troublé la prière, Rentrons; et qu'un sang pur, par mes mains épanché , Lave jusques au marbre où ses pas ont touché.