‹ Œuvres complètesChapitre 513 sur 594 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

De vos songes menteurs l'imposture est visible , A moins que la pitié qui semble vous troubler Ne soit ce coup fatal qui vous faisoit trembler. ATHALiE , à Joas ct à Josàbeth.

Vous sortez?

JOSABETH

Vous avez entendu sa fortune :

Sa présence à la fin pourroit être importune.

ATHALIE

[A Joas.) Non : revenez. Quel est tous les jours votre emploi?

JOAS

J'adore le Seigneur ; on m'explique sa loi , Dans son livre divin on m'apprend à la lire ; Et déjà de ma main je commence à l'écrire.

ATHALIE

Que vous dit cette loi?

JOAS

Que Dieu veut être aime; Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blasphémé ; Qu'il est le défenseur de l'orphelin timide; Qu'il résiste au superbe et punit l'homicide.

J'entends. Mais tout ce peuple enfermé dans ce lieu, A quoi s'occupe-t-il?

JOAS

Il loue , il bénit Dieu.

ATHALIE

Dieu veut-il qu'à toute heure on prie , on le contemple?

JOAS

Tout profane exercice est banni de son temple.

ATHALIE

Quels sont donc vos plaisirs?

JOAS

Quelquefois à l'autel Je présente au grand prêtre ou l'encens ou le sel; J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies; Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.

ATHALIE

Hé quoi! vous n'avez point de passe-temps plus doux? Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.

JOAS

Moi ! des bienfaits de Dieu je perdrois la mémoire !

ATHALIE

Non, je ne vous veux pas contraindre à 1 oublier.

JOAS

Vous ne le pnez poiat.

ATHAUB.

Vous pourrez le prier.

JOAS

Je verrois cependant en invoquer un autre.

ATHALIE

J'ai mon dieu que je sers ; vous servirez le vôtre ; Ce sont deux puissans dieux.

JOAS

Il faut craindre le mien .

Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.

ATHALIE

Les plaisirs prùs de moi vous chercheront en foule.

JOAS

Le bonheur des méchans comme un torrent s'écoule.

ATHALIE

Ces méchans, qui sont-ils?

JOSABETH

Hé, madame! excusez Un enfant....

ATHALIE , à Josàbeth.

J'aime à voir comme vous l'instruisez.

Enfin, Ëliacin, vous avez su me plaire; Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire. Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier ; Laissez là cet habit, quittez ce vil métier; Je veux vous faire part de toutes mes richesses. Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses : A ma table, partout, à mes côtés assis. Je prétends vous traiter comme mon propre fils.

JOAS

Comme votre fils?

ATHALIE

Oui.... Vous vous taisez?

JOAS

Quel père Je quitterois! et pour....

ATHALIE

Hé bien?

JOAS

Pour quelle mèrel ATHALIE, à Josàbeth.

Sa mémoire est fidèle; et, dans tout ce qu'il dit. De vous et de Joad je reconnois l'esprit. Voilà comme, infectant cette simple jeunesse,

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