ACTE IV, SCÈNE III
JOAD
Et vous , à cette loi , votre règle éternelle , Roi , ne jurez-vous pas d'être toujours fidèleP
JOAS
Pourrois-je à cette loi ne me pas conformer?
JOAD
O mon fils, de ce nom j'ose encor vous nommer, Souffrez cette tendresse , et pardonnez aux larmes Que m'arrachent pour vous de trop justes alarmes. Loin du trône nourri, de ce fatal honneur, Hélas ! vous ignorez le charme empoisonneur ; De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse, Et des lâches flatteurs la voix enchanteresse. Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois , Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même ; Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême ; Qu'aux larmes , au travail le peuple est condamné , Et d'un sceptre de fer veut être gouverné ; Que, s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime : Ainsi de piège en piège , et d'abîme en abîme , Corrompant de vos mœurs l'aimable pureté , Us vous feront enfin haïr la vérité , Vous peindront la vertu sous une affreuse image. Hélas! ils ont des rois égaré le plus sage>. Promettez sur ce livre , et devant ces témoins , Que Dieu fera toujours le premier de vos soins ; Que , sévère aux méchans , et des bons le refuge , Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge; Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin. Comme eux vous fûtes pauvre , et comme eux orphelin.
JOAS
Je promets d'observer ce que la loi m'ordonne. Mon Dieu, punissez-moi si je vous abandonne.
JOAD
Venez : de l'huile sainte il faut vous consacrer. Paroissez , Josabeth : vous pouvez vous montrer.
i. Salomon.
598 ATHALIE