‹ Œuvres complètesChapitre 55 sur 594 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

Que lui dresse en tremblant le reste des mortels. C'est ainsi qa' Alexandre estima tous ces princes Dont sa valeur pourtant a conquis les provinces : ^ son cœur dans l'Asie eût montré quelque effroi , Darius en mourant l'auroit-il vu son roi?

TAXILE

Seigneur , si Darius avoit su se connottre , Il régneroit encore où règne un autre maître. Cependant cet orgueil , qui causa son trépas , Avoit un fondement que vos mépris n'ont pas : La valeur d'Alexandre à peine étoit connue ; Ce foudre étoit encore enfermé dans la nue. Dans un calme profond Darius endormi Ignoroit jusqu'au nom d'un si foible ennemi. n le connut bientôt ; et son âme , étonnée , De tout ce grand pouvoir se vit abandonnée : n se vit terrassé d'un bras victorieux , Et la foudre en tombant lui fit ouvrir les yeux.

PORUS

Mais encore , à quel prix croyez-vous qu'Alexandre Mette l'indigne paix dont il veut vous surprendre ? Demandez-le , seigneur , à cent peuples divers Que cette paix trompeuse a jetés dans les fers. Non, ne nous flattons point : sa douceur nous outrage; Toujours son amitié traîne un long esclavage : Mn vain on prétendroit n'obéir qu'à demi ; Si l'on n'est son esclave, on est son ennemi.

TAXILE

Seigneur , sans se montrer lâche ni téméraire , Par quelque vain hommage on peut le satisfaire. Flattons par des respects ce prince ambitieux Que son bouillant orgueil appelle en d'autres lieux. C'est un torrent qui passe , et dont la violence Sur tout ce qui l'arrête exerce sa puissance ; Qui , grossi du débris de cent peuples divers « Veut du bruit de son cours remplir tout l'univers. Que sert de l'irriter par un orgueil sauvage ? D'un favorable accueil honorons son passage ; Et , lui cédant des droits que nous reprendrons bien , Rendons-lui des devoirs qui ne nous coûtent rien.

Oui ne nous coûtent rien , seigneur ! L'osez-vous croire ? Compterai-je pour rien la perte de ma gloire ? Votre empire et le mien seroient trop achetés , S'ils coûtoient à Porus les moindres lâchetés.

53 ALEXANDRE

Mais croyez-vous qu'un prince enflé de tant d*âtt(itte', De son passage ici ne laissât point de trace t Combien de rois, brisés à ce funeste écueil, Ne régnent plus qu'autant qu'il plaît à son orgueil! Nos couronnes, d'abord devenant ses conquêtes, Tant que nous régnerions flolteroient sur nos têtes ; Et nos sceptres, en proie à ses moindres dédains, Dès qu'il auroit parlé, tomberoient de nos mains;- Ne dites point qu'il court de province en province : Jamais de ses liens il ne dégage un prince ; Et pour mieux asservir les peuples sous ses lois:, Souvent dans la poussière il leur cherche des rois. Mais ces indignes soins touchent peu mon courage; Votre seul intérêt m'inspire ce langage. Porus n'a point de part dans tout cet entretien; Et , quand la gloire parle , il n'écoute plus rien.

TAXILE

J'écoute , comme vous , ce que l'honneur m'inspire , Seigneur; mais il m'engage à sauver mon empire.

PORUS

Si vous voulez sauver l'un et l'autre aujourd'hui , Prévenons Alexandre , et marchons contre lui.

TAXILE

L'audace et le mépris sont d'infidèles guides.

PORUS

La honte suit de près les courages timides'.

Le peuple aime les rois qui savent l'épargner.

PORUS

Il estime encor plus ceux qui savent régner.

TAXILE

Ces conseils ne plairont qu'à des âmes hautaines.

PORUS

Ils plairont à des rois, et peut-être à des reines.

TAXILE

La reine, à vous ouïr, n*a des yeux que pour vousi

PORUS

Un esclave est pour elle un objet de courroux.

TAXILE

Mais, croyez-vous, seigneur, que l'amour vous ordonne D'exposer avec vous son peuple et sa personne? Non, non, sans vous flatter, avouez qu'en ce jour Vous suivez votre haine , et non pas votre amour.

PORUS

Hé bien ! je l'avouerai, que ma juste colère

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