NOTICE SUR RACINE. XI
tranquilliser. « C'est votre meilleure pièce, lui répétait-il; je m'y connais : le public y reviendra. » Il y revint ; mais Racine était mort.
Une cabale avait détruit Athalie, une cabale la ressuscita. Ce ne fut point parce que cet ouvrage est un cbef-d'œuvre d'éloquence qu'on le fit représenter en 1717 , ce fut uniquement parce que l'âge du petit Joas et celui du roi de France régnant étant pareils, on crut que cette conformité pourrait faire une grande impression sur les esprits. Alors le public passa de trente années d'indifférence au plus grand enthousiasme.
Nous ne saurions mieux clore cette rapide énumération des tragédies de Racine que par ce passage extrait du Dictionnaire philosophique de Voltaire , article de VArt dramatique. On se souviendra néanmoins , en le lisant , que Voltaire ne pouvait souffrir Corneille , quoiqu'il l'ait commenté ; qu'il disait à ses amis , dans ses moments de franchise : « Corneille m'ennuie ; je ne puis lire Corneille; » tandis qu'il professait pour Racine une admiration exaltée. « Je suis tenté de jeter au feu ce que j'ai fait quand je le relis, disait-il. Jean Racine me désespère. Quel homme que ce Jean Racine ! Comme il va au cœur tout droit ! » Voici le passage du Dictionnaire :
« Des chefs-d'œuvre tragiques français.
« Qu'oserait-on placer parmi les chefs-d'œuvre , reconnus pour tels en France et dans les autres pays , après Iphigénie et Athaîie? Nous mettrions une grande partie de Cinna^ les scènes supérieures des Horacesj du Cid, de Pompée ^ de Polyeucte; la fin de Rodogune, le rôle parfait et inimitable de Phèdre, qui l'emporte sur tous les rôles ; celui d'Acoraat , aussi beau en son genre ; les quatre premiers actes de Britannicus; Àndromaque tout entière, à une scène près de pure coquetterie ; les rôles tout entiers de Roxane et de Monime, admirables l'un et l'autre dans des genres tout opposés; des morceaux vraiment tragiques dans quelques autres pièces; mais après vingt bonnes tragédies, sur plus de quatre mille, qu'avons-nous? Rien. Tant mieux. Nous l'avons dit
ailleurs : il faut que le beau soit rare, sans quoi il cesserait
d'être beau. »