‹ Œuvres complètesChapitre 76 sur 594 · SCÈNE IL - ALEXANDRE, AXIANE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL - ALEXANDRE, AXIANE

AXIANE

(bien, seigneur, hé bien, trouvez-vous quelques charmes iîoir couler des pleurs que font verser vos armes? I Oi si vous m'enviez , en l'état où je suis^ U triste liberté de pleurer mes ennuis?

go ALEXANDRE.

ALEXANDRE

Votre douleur est libre autant que légitime : Vous regrettez , madame , un prince magnanime. Je fus son ennemi ; mais je ne l'étois pas Jusqu'à blâmer les pleurs qu'on donne à son trépas. Avant que sur ses bords l'Inde me vît paroître , L'éclat de sa vertu me l'avoit fait connoître ; Entre les plus grands rois il se lit remarquer. Je savois....

AXIANE

Pourquoi donc le venir attaquer?

Par quelle loi faut -il qu'aux deux bouts de la terre Vous cherchiez la vertu pour lui faire la guerre? Le mérite à vos yeux ne peut-il éclater Sans pousser votre orgueil à le persécuter?

ALEXANDRE

Oui , j'ai cherché Porus ; mais , quoi qu'on puisse dire , Je ne le cherchois pas afin de le détruire. J'avouerai que , brûlant de signaler mon bras , Je me laissai conduire au bruit de ses combats , Et qu'au seul nom d'un Toi jusqu'alors invincible, A de nouveaux exploits mon cœur devint sensible. Tandis que je croyois , par mes combats divers , Attacher sur moi seul les yeux de l'univers , J'ai vu de ce guerrier la valeur répandue Tenir la renommée entre nous suspendue ; Et , voyant de son bras voler partout l'effroi , L'Inde sembla m'ouvrir un champ digne de moi. Lassé de voir des rois vaincus sans résistance , J'appris avec plaisir le bruit de sa vaillance. Un ennemi si noble a su m' encourager ; Je suis venu chercher la gloire et le danger. Son courage , madame , a passé mon attente : La victoire , à me suivre autrefois si constante , M'a presque abandonné pour suivre vos guerriers. Porus m'a disputé jusqu'aux moindres lauriers ; Et j'ose dire encor qu'en perdant la victoire Mon ennemi lui-même a vu croître sa gloire ; Qu'une chute si belle élève sa vertu , Et qu'il ne voudroit pas n'avoir point combattu.

AXlANE.

Hélas ! il falloit bien qu'une si noble envie Lui fît abandonner tout le soin de sa vie , Puisque , de toutes parts trahi , persécuté , Contre tant d'ennemis il s'est précipité.

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liais TOUS, s'il étoit Trai que son ardeur guerrière

Kfit ouTert à la yôtre une illustre carrière ,

Que n'ayez-TOUs, seigneur, dignement combattu?

FaUoit-il par la ruse attaquer sa vertu ,

Et, loin de remporter une gloire parfaite,

D'un autre que de vous attendre sa défaite ?

Triomphez; mais sachez que Taxile en son cœur

Vous dispute déjà ce beau nom de vainqueur;

Que le traître se flatte , avec quelque justice ,

Que TOUS n'avez vaincu que par son artifice :

Et c'est à ma douleur un spectacle assez doux ^

De le Toir partager cette gloire avec vous.

ALEXANDRE

En Tain votre douleur s'arme contre ma gloire : Jamais on ne m'a vu dérober la victoire , Et par ces lâches soins , qu'on ne peut m'imputer , Tromper mes ennemis au lieu de les dompter. Qo(âque partout , ce semble , accablé sous le nombre , le n'ai pu me résoudre à me cacher dans l'ombre : Us n'ont de leur défaite accusé que mon bras ,

Et le jour a partout éclairé mes combats.

n est vrai que je plains le sort de vos provinces ;

rai TOulu prévenir la perte de vos princes ;

Mais , s'ils avoient suivi mes conseils et mes vœux ,

Je les aurois sauvés ou combattus tous deux.

Oui, croyez....

AXIANE

Je crois tout. Je vous crois invincible : Hais , seigneur , suffit-il que tout vous soit possible ? Ke tient-& qu'à jeter tant de rois dans les fers? Qu'à faire impunément gémir tout l'univers? St que TOUS avoient fait tant de villes captives , Tant de morts dont THydaspe a vu couvrir ses rives? Qn'ai-je fait , pour venir accabler en ces lieux Un h^os sur qui seul j'ai pu tourner les yeux? A-t-il de votre Grèce inondé les frontières? Avons-nous soulevé des nations entières , Et contre votre gloire excité leur courroux? Hélas t nous l'admirions sans en être jaloux. Contons de aos États , et charmés l'un de l'autre , Nous attendions un sort plus heureux que le vôtre : Porus bomoit ses vœux à conquérir un cœur Qui peut-être aujourd'hui l'eût nommé son vainqueur. Ahf n'eussiez-vous versé qu'un sang si magnanime, Quand on ne vous pourroit reprocher que ce crime , aAcaifE I 6

8S ALEXANDRE

Ne vous sentez-vous pas , seigneur , bien malheureui D*étre venu si loin rompre de si beaux neeuds ? Non , de quelque douceur que se flatte votre âme , Vous n'êtes qu'un tyran.

ALEXANDRE

Je le vois bien , madame , Vous voulez que , saisi d'un indigne courroux , En reproches honteux j'éclate contre vous. Peut-être espérez-vous que ma douceur lassée Donnera quelque atteinte à sa gloire passée. Mais, quand votre vertu ne m'auroit point charmé, Vous attaquez , madame , un vainqueur désarmé. Mon âme , malgré vous à vous plaindre engagée , Respecte le malheur où vous êtes plongée. C'est ce trouble fatal qui vous ferme les yeux , Qui ne regarde en moi qu'un tyran odieux. Sans lui vous avoueriez que le sang et les larmes N*ont pas toujours souillé la gloire de mes armes ; Vous verriez....

AXIANE

Ah ! seigneur , puis-je ne les point toIt Ces vertus dont l'éclat aigrit mon désespoir? N*ai-je pas vu partout la victoire modeste Perdre avec vous l'orgueil qui la rend si funeste? Ne vois-je pas le Scythe et le Perse abattus Se plaire sous le joug et vanter vos vertus , Et disputer enfin , par une aveugle envie , A vos propres sujets le soin de votre vie? Mais que sert à ce cœur que vous persécutez De voir partout ailleurs adorer vos bontés? Pensez- vous que ma haine en soit moins violente Pour voir baiser partout la main qui me tourmente ? Tant de rois par vos soins vengés ou secourus , Tant de peuples contens , me rendent-ils Porus? Non , seigneur : je vous hais d'autant plus qu'on vous aim« , D'autant plus qu'il me faut vous admirer moi-même, Que l'univers entier m'en impose la loi , Et que personne enfin ne vous hait avec moi.

ALEXANDRE

J'excuse les transports d'une amitié si tendre ;

Mais , madame , après tout , ils doivent me surprendre :

Si la commune voix ne m'a point abusé ,

Porus d'aucun regard ne fut favorisé ;

Entre Taxile et lui votre cœur en balance ,

Tant qu'ont duré ses jours , a gardé le silence-,

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