‹ Œuvres complètesChapitre 19 sur 27 · EN MARS · texte numérisé non relu

EN MARS

— Monsieur de Talleyrand , dans son discours au rai pour l'empêcher de faire la guerre, a dit : Sire, je sufe vieux. C'était dire , tous êtes vieux ; car ils sont de même âge. Le roi , choqué de cela , lui a répondu : Non , monsieur de Talleyrand , non , tous n'êtes point vieux ; l'ambition ne vieillit pas.

Talleyrand parle haut , et se dit responsable de la restauration. »•

Ces mots vieillesse et mort sont durs, à la vieille cour; Louis XI les abhorrait ; celui de mort surtout ; et afin de ne le point entendre, il voulut que quand on le verrait* à l'extrémité on lui dit seulement parlez feu, pour l'avertir de sa situation. Mais ses gens oublièrent l'ordre, et lorsqu'il en vint là , lui dirent crament le mot qu'il trouva bien amer. ( Voit Philippe de Commines. )

— Marchangy , lorsqu'il croyait être député , se-tora** vant chez monsieur Peyronnet , examinait l'appartement qui lui parut assez logeable; seulement il eût voulu le

salon plus orné , l'antichambre plus vaste , afin d'y faire attendre et la cour et {a ville, pe* content d'ailleurs de l'escalier. Le gascon qui connut sa pensée, eut peur de cette ambition et résolut de l'arrêter , commit il fit en laissant paraître les nullités de son élection, dont sans cela on n'eût dit mot.

— Quatre gardes-du-corps ont battu le parterre au Gymnase dramatique. 0& dît que otla est contraire à l'ordonnance de Louis XHI, qui leur défend de maltraiter ni frapper les sujets du roi tan* raison. Mais il y avait

Stt raison; c'est que le parterre ne veut point applaudir des couplets qui plaident aux gariks-dt^corpa et leur promettent la victoire en Espagne, s'ils y font la guerre, ce qui in'est nullement vraisemblable.

— Près des Invalides , six Suisses pnt assailli quelque* bouchers. Ceux-ci ont tué deux Suisses et blessé tous les autres qui se sont sauvés en laissantsabtbs et schako*. Les bouchers devraient quelquefois aller au parterre, et les Sûmes toujours se souvenir du dix août,

— Lebrun trouve da*s mon Hérodote un peu trop de vieux français , quelques phrases traînantes. Béraager p ense de même f sans blâmer cependant cette façon de traduire* On est cobtent de la préface.

—* Le boulevard est plein de caricatures , toutes oqntre le peuple. On le représente grossier , débauché, .crapuleux, semblable à la cour, mais en laid. Afin de le corrompre , on te peint corrompu» L'adultère est le sujet ordinaire de ces estampes. C'est un mari avec sa femme

sur en lit et le galant dessous , on bien le galant dessus et le mari dessous. Des paroles expliquent cela. Dana une antre, le mari lorgnant par la serrure, toit les ébats de sa femme, scène des Variétés. Ce théâtre aura bientôt le privilège exclusif d'en représenter de pareilles. Il jouera seul les pièces qu'on appelle grivoises, c'est-à-dire sales , dégoûtantes , comme la Marchande de goujons. Les censeurs ont soin d'en ôter tout ce qui pourrait inspirer quelque sentiment généreux, La pièce est bonne, pourra qu'il n'y soit point question de liberté , d'amour du pays j elle est excellente , s'iLy a des rendez-vous de charmantes femmes avec de charmants militaires, qui battent leurs valets, chassent leurs créanciers, escroquent leurs parents, c'est le bel air qu'on recommande* Corrompre le peuple est l'affaire , la grande affaira maintenant. A l'église

et dans les écoles , on lui enseigne l'hypocrisie , au théâtre

* l'ancien régime et toutes ses ordures* On lui tient prêtée

des maisons où il va pratiquer ces leçon*.

En Angleterre tout au contraire , les caricatures et les farces se font contre les grands, livrés à la risée du peuple qui conserveaes mœurs et corrige la cour.

— Un homme que j'ai m, arrive d'Amérique. Il y est resté trois ans sans entendre parler de ce que nous appelons ici l'autorité. Nul ne lui a demandé son nom , sa qualité», ni ce qu'il venait faire , ni d'où , ni pourquoi , ni comment. Il a vécutroisnans sans être gouverné, s'ennuyant i périr. U n'y a point li de salons. Se passer de salons , impossible au Français , peuple éminemment courtisan. La

( 280 ) cour s'étend partout en France; le premier des besoins c'est de fuie sa cour. Tel brave ■ la tribune les grands, les potentats , et le soir devant.. . s'incline profondément, n'ose s'asseoir chez... qui loi frappe snr l'épaule et l'appelle mon cher. Que de nuax naissent, dit Labruyere , de ne pouvoir être seul.

— ABoulogne-sur-Mer, H. Léon de Cbanlaire avait établi une école d'enseignement mutuel , dans une salle bâtie par loi exprés avec beaucoup de dépenses. Là , trois cents enfants apprenaient l'arithmétique et le dessin. Les riches paient pour les pauvres , et de ceux-ci cinquante se trouvaient habillés sur la rétribution des autres ; tont allait le mieux du monde. Ces enfants s'instruisaient et n'étaient point fouettés. Les frères ignorantins qui fouettent et n'instruisent pas , ont fait fermer l'école , et de plus ont demandé que la salle de M. de Chanlaire leur fut donnée par les jésuites , maîtres de tout; Chanlaire est accouru ici pour parler aux jésuites et défendre son bien. (Nota, que toute affaire se décide «Paris; les provinces sont traitées comme pays conquis ) ; il va voir Frayssinous qui lui répond ces mots : Ce que j'ai décidé, nulle puissance an monde ne le saurait changer. Parole mémorable et dijne seulement d'Alexandre ou de lui.

Tous ces célibataires fouettant les petits garçons et confessant les filles, me sont un peu suspects. Je voudrais que les confesseurs fussent au moins mariés ; mais les es fouotteurs , il faudrait, sauf meilleur avis, les mcltre aux galères, ce me semble. Ils cassent les bras

aux enfants qui ne se laissent point fouetter. On a vu cela dans les journaux de la semaine passée. Quelle rage ! Flagellandi tant dira cupido.

— Un Anglais m'a dit : Nos ministres ne Talent pas mieux que les vôtres. Ils corrompent la nation pour le gouvernement, récompensent la bassesse, punissent toute espèce de générosité. Ils font de fausses conspirations , où ils mettent ceux qui leur déplaisent , puis de faux jurys pour juger ces conspirations. C'est tout comme chez vous. Mais il n'y a point de police. Voilà la différence.

Grande , très-grande cette différence à l'avantage de J 'Anglais. La police est le plus puissant de tous les moyens inventés pour rendre un peuple vil et lâche. Quel courage peut avoir l'homme élevé dans la peur des gendarmes , n'osant ni parler haut , ni bouger sans passeport, à qui tout est espion, et qui craint que son ombre ne le prenne au collet?

Pour faire fuir nos conscrits , les Espagnols n'ont qu'à s'habiller en gendarmes.

— Quand Marchangy voulut parler aux députés , il fut tout étonné de se voir contredit et perdit la tête d'abord. Il lui échappa de dire, croyant être au Palais : Qu'on le raye du tableau ; en prison les perturbateurs ; M.

le président, nous vous requérons Plaisante chose

qu'un Marchangy à la tribune , sans robe et sans bonnet

carré; mais avec son bonnet Jefferies, Laubarde-

mont! U sera, dit-on, réélu et songe à exclure les indignes.

— Les Journaux de la cour insultent le duc d'Orléans. On le hait; on le craint; on veut le faire voyager. Le roi lui disait l'autre jour : Eh tien, M. le duc d'Orléans, voua allez donc en Italie? Non pas, Sire , que je sache. Mon Dieu si, vous y allez; c'est moi qui vous le dis, et vous m'entendez bien. Non, sire, je n'entends point, et je ne quitte la France que quand je ne puis- faire autrement.

— Ce Deffiat , député en ma place, est pethVfih de Rusé Deffiat qui donna l'eau de chicorée à Madame Henriette d'Angleterre. Leur fortune vient de là. Monsieur récompensa ce serviteur fidèle. Monsieur vivait avec le chevalier de Loraine , que Madame n'aimait pas. Le ménage était troublé. Deffiat arrangea tout avec l'eau de chicorée. Monsieur, depuis ce temps, eut toujours du contre-poison dans sa poche, et Deffiat le lui fournissait. Ce sont là de ces services que les grands n'oublient point, et qui élèvent une famille noble. Mon remplaçant n'est pas un homme A donner aux princes , ni poison , ni contre-poison; il ferait quelque quiproquo» C'est une espèce d'imbécile qui. sert la messe, et communie le plus souvent qu'il peut. Il n'avait, dit-on, que cinquante voix dans le collège électoral : ses scrutateurs ont fiait le reste. J'en avais deux cent vingt connues.

— L'empereur Alexandre a dit à M. de Chateaubriand : Pour l'intérêt de mon peuple et de ma religion , je devairf faire la guerre au Turc ; mais j'ai cru voir qu'il s'agissait de révolution entre la Grèce et le Turc : je n'ai point fiait

la guerre. J'aime bien moins mon peuple et ma religion , que je fie hais la révolution , qui est proprement ma béte noire. Je me réjouis que tous soyez venu ; je voulais tous conter eela. Quelle confidence d'un empereur! Et le romancier qui publie cette confidence! Tout dans son discours est bizarre.

Il entend sortir les paroles de la bouche de l'empereur. On entend sortir un carrosse ou des chevaux de l'écurie ; mais qui diantre .entendit jamais sortir des paroles? Et que ne dit-il : Je les ai tu sortir , ces paroles , de la bouche de mon bon ami qui a huit cent mille hommes sur pied? osla serait plcts positif, et Ton douterait moins de sa haute faveur à la cour de Russie.

Notez qu'il avait lu cette belle pièce aux dames ; et quand on lui parla d'en retrancher quelque chose ; avant de la lire à la Chambre , il n'en voulut rien frire , se fondant sur l'approbation de madame Réeamier. Or , dites main»* tenant qu'il n'y a rien de nouveau. Avait-on tu cela? Nous citons les Anglais : Est-ce que M. Canning, voulant parler aux Chambres , de la paix , de la guerre , consulte les ladys, les mistriss de la cité?

Les gens de lettres , en général , dans les emplois , perdent leur talent, et n'apprennent point les affaires. Bolinfaroke le repentit d'avoir appelé près de lui Addisson et 2)ieoie*

— Socrate , avant Boissy d' Anglas , refusa , au péril de sa vie , de mettre aux voix du peuple assemblé une proposition illégale. Ravezn'a point lu cela; car il eut fait de

même dans l'affaire de Manuel. Il est vrai que Socrate , présidant les tribus n'avait ni traitement de la cour, ni gendarmerie à ses ordres. Manuel a été grand quatre jours ; c'est beaucoup. Que faudrait-il qu'il fit à présent? Qu'il mourût , afin de ne point décheoir,

— D'Arlincourt est venu àla cour , et a dit : Voilà mon Solitaire et mes autres romans , qui n'en doivent guéres au Christianisme de Chateaubriand. Mon galimathias vaut le sien; faites-moi conseiller-d'état au moins. On ne Ta pas écouté. De rage , il quitte le parti , et se fait libéral. C'est le maréchal dHocquincourt, jésuite ou janséniste , selon l'humeur de sa maîtresse , et l'accueil qu'il reçoit au Louvre.

— Ravez maudit son sort , se donne à tous les diables. D a fait ce qu'il a pu , dans l'affaire de Manuel , pour contenter le parti jésuite. D n'a point réussi. Ceux qu'il sert lui reprochent de s'y être mal pris, disent que c'est un sot, qu'il devait éviter l'esclandre , et qu'avec un peu de prévoyance, il eût empêché l'homme d'entrer, ou l'edt fait sortir sans vacarme. Fâcheuse condition que celle d'un valet! Sosie l'a dit; les maîtres ne sont jamais contents. Ravez veut trop bien faire. Hyde de Neuville va mieux, et l'entend à merveille. Je vois , je vois là-bas les ministres de mon roi. Il a son roi comme Pardessus : Mon roi m'a pardonné» Voilà le vrai dévouement. Le dévouement doit être toujours un peu idiot. Cela plaît bien plus à un maître , que ces gens qui tranchent du pable.

— Serons-nous capucins , ne le serons-nous pas ? Voilà aujourd'hui la question. Nous disions hier : Serons-nous les maîtres du monde?

— Ce matin me promenant dans le Palais-Royal , M..1l...rd passe, et me dit : Prends carde, Paul-Louis, prendsgarde ; les cagots te feront assassine!. Quelle garde veuxtu , lui dis-je , que je prenne? Ds ont fait tuer des rois ; ils ont manqué frère Paul, l'autre Paul, à Venise , Fra Paoolo Sorpi. Mais il l'échappa belle.

— Fabrier me disait un jour : Vos phraseurs gâtent tout :. voulant être applaudis , ils mettent leur esprit à la place dnhon sens que le peupfe entendraient. Le peuple n'entend pqint la pompeuse éloquence , les longs raisonnements. Il vous parait , luidis-je, aisé de faire un dis-, cours pour le peuple; vous croyea le bon sens une chose commune et facile à bien exprimer.

— Le vicomte de Foucault nous parle de sa race. Ses ancêtres , dit-il , commandaient A la guerre. Il cite leurs batailles et leurs actions d'éclat. Mais lapostiriU JTAlphans si ds Boyard , quand ce n'est qu'un gendarme aux ordres d'un préfet , ma foi, c'est peu de chose. Le vicomte de Foucault ne gagne point de batailles j il empoigne les gens. Ces nobles ne pouvant être valets de cour , se font archers ou geôliers. Tous les gardes-du-cbrps veulent être gendarmes.

— Les Mémoires de madame Campan méritent peu de confiance. Faits pour la cour de Bonaparte , qui avait besoin de leçons , ils ont été revus depuis par des personnes

intéressée* à tes altérer. L'auteur voit tout dans l'étiquette, et attribue le renversement de la monarchie à l'oubli do cérémonial. Bien des gens sont de cet avis. Henri III fonda l'étiquette , et cependant fat assassiné. On négligea quelqu» cfcose apparemment ce jour-là . L'étiquette tend les sois esclaves delà eour.

Dans ces mémoires il estdit qu'une fille de garde «robe, aras "— d««** r^ii^p^ti femme de chambre 4 avait donnait mille francs de traitement, e'eat trente^-six mille aujourd'hui. Aussi tout le monde voulait être delà gardé-robe. Que de gens encore passent la vie A espérer de tels eaaploisl Montaigne quelque part se moque de ceux qui, de son temps s'adonnaient i l'agriculture^ , et à et qu'a appelle ménage domestique. Allée, disait}-41 y chezles rois , si voua voulez vous enrichir. Et Démoathénes : Les rois , dit-il , font l'homme riche en un mot , et d'un seul mot; chez vous, Athéniens , cela ne se peut et il faut travailler om hériter. Qu'on jnette à Genève ua roi avec un gros budget , chacun quittera l'horlogerie peur la ganfe~robe ; et, comme les valets du prince ont des valets, qui euxmêmes en ont d'autres, un peuple se fait laquais. De lé l'oisiveté , la bassesse, tous les vices , et une charmante société.

Madame Campan fait de la reine un modèle de foule vertu; mais elle en parlait autrement, et l'on voit dans CfMeara ce qu'elle en disait à Bonaparte ; comme , par eiemple, que la reine avait ov homme dans son ht, la nuit du 5 au 6 octobre; et que cet homme, en se sauvant,

perdit ses chausses qui I aient trouvées par elle , madame Campan. Cette histoire est un peu suspecte. ML de la Fayette ne la croît point. Bonaparte a menti , ou madame Campan.

Elle écrit mal , et ne Tant pas madame de Motteville , qui était aussi femme de chambre. Madame du Hausset , autre femme de chambre, Ta paraître. On imprime ses Mémoires très-curieux. Ce sont là les vrais historien* de la monarchie légitime.

— - Quelqu'un montre une lettre de M. Arguelles où sont ces propres mots : Votre roi nous menace j il veut nogs envoyer un prince et cent mille hommes pour régler nos affaires selon le droit divûu Voici notre réponse : Qu'il exécute la Charte , ou nous lui enverrons Mina et dix mille hommes arec le drapeau tricolore ; qu'il chasse se$ érçugrés et ees vils courtisans, parce que nous craignons Ja contagion morale.

— Horace Ta faire un tableau de la scène de Manuel* Mais quel moment choisirait-il ? Celui où Foucault dit : Empoignez le député; — ou bien quand le sergent refuse ? rainerais mieux ceci. Car , outre que le mot empoignez ne «e peut peindre ( grand dommage sans doute), ily aurait là deux ignobles personnages , Foucault et le président, qui , à dire vrai , n'y était pas, mais auquel on penserait teujours.Dans cette composition , l'odieux dominerait , et cela ne saurait plaire , quoiqu'en dise Boileau. L'instant du refus , au contraire , offre deux caractères nobles , Manuel et le sergent qui tous deux intéressent ,

non pas au même degré , mais de la même manière et par le plus bel acte dont l'homme soit capable, résister an pouvoir. De pareils traits sont rares ; il faut les recueillir et les représenter, les recommander au peuple. D'autre part , on peut dire aussi que Manuel , Foucault , ses gendarmes donneraient beaucoup à penser : et le président derrière la toile ; car il e*i dts objet* que tort judicieux La constance de Manuel et la bassesse des

autres formeraient un contraste ; ceux-ci servant des maîtres et calculant d'avance le profit, la récompense toujours proportionnée à l'infamie de l'action ; celui-là se proposant l'approbation publique et la gloire à venir.

— Les fournisseurs de l'armée sont tous bons gentilshommes et des premières familles.Dfaut faire des preuves pour entrer dans la viande ou dans la partie des souliers. Les femmes y ont de gros intérêts ; les maltresses , les amants partagent ; comtesses , duchesses , barons , marquis, on leur fait à tous bon marché des subsistances du soldat. La noblesse autrefois se ruinait à la guerre , maintenant s'enrichit et spécule très-bien sur la fidélité.

— Les bateaux venus de Strasbourg à Bay onne par le roulage coûteront de port cent mille francs et seront trois mois en chemin. Construits en un mois à Bayonne , ils eussent coàté quarante mille francs. Les munitions qu'on expédie de Brest à Bayonne , par terre , iraient par mer sans aucuns frais. Mais il y a une compagnie des transeports par terre, dans laquelle des gens de la cour sont intéressés, et l'on préfère ce moyen. Il faut relever d'an-

ciennes familles qui relèveront la monarchie si elle culbute en Espagne.

— Les parvenus imitent les gens de bonne maison. Victor, sa femme, son fils, prennent argent de toutes mains. On parle de potsjde-vins de cinquante mille écus. Tout s'adjuge à huis-dos et sans publication. Ainsi se pré* pare une campagne à la manière de l'ancien régime. Cependant Marcellus danse avec miss Canning.

— La guerre va se faire enfin malgré tout le monde. Madame ne la veut pas. Madame du Cayla y parait fort contraire. Mademoiselle ayant consulté sa poupée , se déclare pour la paix , ainsi que la nourrice et toutes les remueuses de Monseigneur le duc de Bordeaux. Personne ne veut la guerre. Mais voici le temps de Pâques , et tous les confesseurs refusent l'absolution si on ne fait la guerre; elle se fera donc*

Le duc de Guiche l'autre jour disait dans un salon , montrant le confesseur de Monsieur et d'autres prêtres : Ces cagots nous perdront.

— On me propose cent contre un que nos jésuites ne feront pas la conquête de l'Espagne , et je suis tenté de tenir. Sous Bonaparte , je proposai cent contre un qu'il ferait la conquête de l'Espagne : personne ne tint; j'aurais perdu; peut-être cette fois gagnerai-je.

— Mille contes plaisants du héros pacificateur , pointes,

calembourgs de toutes parts. Il crève les chevaux sur la

route de Bayonne , fait , dit-on quatre lieues à l'heure , va

plus vite que Bonaparte , mais n'arrive pas sitôt , parce i. 19

que ses dévotions l'arrêtent en chemin. Il visite les églises et baise les reliques. Le peuple qui voit cela , en aime d'autant moins l'église et les reliques.

— D n'y a pas un paysan dans nos campagnes qui ne dise que Bonaparte vit, et qu'il reviendra.Tousnele croient pas, mais le disent. Cest entre eux une espèce d'argot, de mot convenu pour narguer le gouvernement. Le peuple hait les Bourbons, parce qu'ils l'ont trompé , qu'ils mangent un milliard et servent l'étranger, parce qu'ils sont toujours émigrés , parce qu'Os ne veulent pas être aimés.

Barnave disait i la reine : il faut vous faire «mer du peuple. Hélas! je le voudrais, dit-elle; mais comment? Madame , il vous est plus aisé qu'il ne l'était à moi. ment faire? Madame, lui répondit Barnave, tout un mot, bonne foi.

— On va marcher, on avancera en Espagne; on vellera les bulletins de la grande armée avec les exploits de la garde ; au lieu de Murât , ce sera La Roche-Jacqnelin. Sans rencontrer personne , on gagnera des batailles , an forcera des villes; enfin on entrera triomphant dans Madrid , et là commence la guerre. Jamais ils ne feront la conquête de l'Espagne. M. Ls.

Je le crois; mais ce n'est pas l'Espagne, c'est la France qu'ils veulent conquérir. A chaque bulletin de Martainville, à chaque victoire de messieursle3garde*-dtMOfrpa,on refera ici quelque pièce de l'ancien régime , et qu'imposte aux jésuites que des armées périssent , pourvu qu'Us fessent le roi?

— A la chambre des pain , hier quelqu'uu disait : Figurez-vous que nos gens en Espagne seront des saints. Un ne feront point de sottises ; on paiera tout , et le soldat ne mangera pas une poule qui ne soit achetée au marché. Ordre , discipline admirable ; on mènera jusqu'à des filles , afin d'épargner les infantes. La conquête de la Péninsule va se faire sans ficher personne , et notre armée sera comblée de bénédictions. Là-dessus M. Catelan a pris la parole et a dit : Je ne sais pas comment tous ferez lorsque vous serez en Espagne; mais en France votre conduite est assez mauvaise. Vous paierez là , dites-vous , et ici vous prenez. Voici une réquisition de quatre mille bœufs pour conduire de Toulouse à Pau votre artillerie , qui a ses chevaul ; mais ils sont employés ailleurs. Us mènent les équipages des ducs et des marquis et des gardes-du-corps. Le canon reste là*. Vous y attelez nos bœufs au moment des labours. Vous serez sages en Espagne , à la bonne heure , je le veux croire , et vous agirez avec ordre ; mais je ne vois que confusion dans vos préparatifs.

— Guilleminot a fait un rapport dont la substance est que l'armée a besoin de se recruter d'une ou de deux conscriptions, pour être en état, non de marcher, car il n'y a nulle apparence , mais de garder seulement la frontière ; que l'état major est bon et fera ce qu'on voudra : mais que les officiers de fortune* et surtout les sous-officiers semblent peu disposés à entrer en campagne, pensant que c'est contre eux que la guerre se fait. Guilleminot est rappelé pour avoir dit ces choses-là , et son aide-de-

camp arrêté comme correspondant de Fabvier. Victor part pour l'armée.

— A l'armée mie cour ( voir là-dessus Fenqméres, Mémoires ), c'est ce qui a perdu Bonaparte, tout Bonaparte qu'il était. La cour de son frère Joseph sauva Wellington plus d'une fois. Partout où il y a une cour , on ne songe qu'à faire sa cour. Le duc d'Angouléme a carte blanche pour les récompensés, et l'on sait déjà ceux qui se distingueront. Hohenlohe sera maréchal. Cest un Allemand qui a logé les princes dans l'émigration. D commandera nos généraux, et pas un d'eux ne dira mot. La noblesse de tout temps obéit volontiers même à des bâtards étrangers, comme était le maréchal de Saxe. Les soldats, quant à eux, font peu de différence d'un Allemande un émigré. Ds l'aimeront autant que Coigny on Vioménil. Personne ne se plaindra. Jamais, en "Angleterre, on ne souffrirait cela. Nous aurons tout l'ancien régime; on ne nous fera pas grâce d'un abus.

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