‹ Œuvres complètesChapitre 2 sur 27 · DE PAUL-LOUIS COURIER · texte numérisé non relu

DE PAUL-LOUIS COURIER

Courier (Paul-Louis), né en 1773, à -.»«», mort assassiné à Véretz en i8^5, a été sans contredit l'un des écrivains les plus remarquables de son temps ; et quoiqu'il n'ait pas été l'un des moitts remarqués , on doit avouer cependant que sa réputation est restée «jusqu'ici • au-dessous de êbh immense mérite. Cela vient sans doute de ce que , sur les matières toutes sérieuses qui * l'ont occupé, Courier ne composa jamais aucun ouvrage considérable , aucun traité ex professo > mais Seulement des opuscules en littérature, en politique des pamphlets. Pour que l'écrivain soit remis h sa place , que faut-il? réunir ces pamphlets et ces opuscules , et en donner un recueil complet. Quant à l'homme, au citoyen, il n'a pas besoin non plus d'autre chose pour être apprécié ce qu'il valait. Si nous faisons précéder le recueil des écrits de Courier de quelques lignes d'introduction, c'est

donc bien moins pour essayer son éloge , absolument inutile à qui les lira , que pour apprendre au lecteur à quelle occasion chacun de ces écrits fut publié. L'histoire de leur publication est en même temps celle de sa vie ; l'histoire de sa vie , le plus beau panégyrique de son caractère.

Fils de Jean-Paul Courier , propriétaire du fief de Méré , en Touraine , Paul-Louis fut baptisé sous ce nom de terre , qu'il ne porta jamais , de peur qu'on ne le crût gentilhomme. Son père , homme d'esprit et d'un esprit cultivé, dirigea lui-même son éducation , et sans autre maître , le jeune Courier savait déjà le grec à l'âge de quinze ans. Il étudia aussi les mathématiques j il y devint habile de bonne heure , puis embrassa la carrière militaire; et tout en continuant à se livrer avec ardeur à ses études , particulièrement à celle du grec qui fut toujours son étude favorite ( F Éloge d Hélène date de l'an XI), il montra tant d'activité , d'intelligence et de bravoure dans les différentes campagnes qu'il fit en Allemagne et en Italie | que du grade d'officier subalterne d'artillerie, auquel il avait été nommé en 1792, il atteignit rapidement celui de chef d'escadron. Mais l'indépendance naturelle de son caractère ne tarda pas à lui faire prendre en dégoût un métier où l'obéissance aveugle est le premier devoir j et ce dégoût devint extrême , lorsqu'un homme voulut employer au service de son ambition personnelle tous les

bras qui s'étaient armés pour la cause de la patrie* Après avoir combattu par patriotisme , au temps de l'invasion étrangère , Courier ne continua donc de faire la guerre sous l'empereur que par compagnie y pour ne pas délaisser ses anciens camarades. Mais après la bataille de Wagram (juillet 1809), il offrit enfin sa démission. Elle fut acceptée avec beaucoup d'empressement par ses chefs , auxquels déplaisaient fort la franchise de ses opinions et la tournure caustique de son esprit. L'anecdote suivante pourra donner une idée du peu de ménagement qu'il gardait dans ses propos sur leur compte. Le lendemain d'une mêlée assez chaude, où il lui avait semblé que César Berthier ne s'était pas conduit avec une bravoure romaine , il rencontra sur son chemin les fourgons de cet officier , portant son nom inscrit en grosses lettres. Aussitôt Courier se jette à la tête des chevaux , et rayant avec la pointe de son sabre le mot de César : c Va dire à ton maître , crie-t-il au con- * ducteur, qu'il peut continuer de s'appeler Ber- » thier. Mais pour César, je le lui défends! » La discipline militaire n'était guère plus respectée de lui dans ce qui gênait ses habitudes et ses goûts. Rien , par exemple , ne put le contraindre à se servir de selle et d'étriers. Jusque dans les parades il chevauchait à la grecque ; et quand son régiment ne se battait point, il lui arrivait ordinairement de le quitter, sans ordre ni per-

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