LETTRE VUI
Veretz , la février i8ao.
Monsieur ,
Vous vous fâches contre M. Decazes , et je crois que tous avez tort. Il nous méprise , dites-vous. Sans doute cela n'est pas bien. Mais d'abord , je tous prie , d'où le pouvez-vous savoir , que M. Decazes nous méprise ? quelle preuve en avez- vous? U l'a dit. Belle raison ! Vous jugez par ce qu'il dit de ce qu'il pense. En vérité tous êtes simple. Et s'il disait tout le contraire , tous l'en croiriez. Il n'en faudrait pas davantage pour vous persuader queM. le comte nous honore , nous estime et révère , et n'a rien tant a cœur que de nous voir contents. Un homme de cour agit-il , parle-t-il d'après sa pensée ? U l'a dit , je le veux , plusieurs fois , publiquement et en pleine assemblée , à la droite, i la gauche; eh bien! que prouve cela? qu'il entre dans ses vues, pour quelque combinaison de politique profonde que nous ignorons vous et moi , de parler de la sorte , de se donner pour un homme qui fait peu de cas de nous et de nos députés ; qui craint Dieu et le congrès et n'a point d'autre crainte ; se moque également de la noblesse et du tiers , n'ayant d'égard que pour le clergé. Voilà certainement ce qu'il veut qu'on croie de lui ; mais de là à ce qu'il pense , vous ne pouvez rien conclure , ni même former de conjectures , fussiez-vous son intime ami , son confident , ou mieux , son valet de
(586) chambre. Car il n'es* pas donne à l'homme de savoir ce que pense on courtisan, ni s'il pense. O ahitmJo .'
Yods n'avez donc nulle preuve , et n'en sauriez avoir , de ces sentiments que vous attribues au premier ministre; mais quand vous en auriez, quand nous serions certains ( comme à vous dire vrai , j'y vois de l'apparence ) que M. Decaxea au fond n'a pas pour noua beaucoup de eonaidératioa , faudrait-il nous en plaindre et noua en étonner. Il nous voit si petits de cas hautes régions on la faveur l'emporta , qu'a peine il nous distingue ; One noua connaît plus; il ne se sourient proa des choses d'kâ-bes, ni d'avoit joué a la fossette. Et , en un autre aens , M. Déesses est de la cour; par exemple, nous sommes de notre pava, chacun de son village, et tous Français ; mais hri :*sesue- est sue* jaaut ,/■**#•> oawiaMswàaf sTea«vw;et t défait, venat-O d'autre? On la sait ; dans l'idée de tous les courtisans , la cour est l'univers; leur coterie, c'est le aaonde ; hors de lé , c'est néant. La nature, pour eux , se borne a l'ouï de boeuf. La faveur , la disgrâce , le lever, le débotter, voua les phénomènes. Tout roule la-dessus. DibusimIis liii h cause du retour des saisons , dn flux de l'Océan , du mouvement des sphères ; c'est le petit co u ch er. Ainsi M. Decases , absorbe tout entier dans la contemplation de l'étiquette , des présent a tions, du tabouret, des pr ésé an ces , ne nous méprise pas a prantuuunt parier. D nom
s. dit sa
détour, aiiq^qu'il eût pu faire ayant d'être ce qu'il est; qu'enfin , il nous méprise , ayant pour noua ce dédain qu'à sa place montrèrent pour la gent gouvernée, Mazarin, Bonaparte , Alberoni , Dubois : je lui pardonne encore , et comme moi, Monsieur, vous lui pardonnerez, si tous faites attention 4 ce que je Tais tous dire. On juge par ce qu'on voit, de ce qu'on ne voit pas; du tout, par la partie que l'on a sous les yeux» Faiblesse de nos sens et de l'entendement humain I on juge d'une nation , d'une génération , de tous les hommes, par ceux avec qui on déjeune; et ce voyageur disait , apercevant l'hôtesse : Les femmes ici sont rousses* Ainsi fait M. Decazes, ainsi faisons-nous tous. Cette nation qu'il méprise , nous l'estimons; pour* quoi? C'est qu'à nos yeux s'offrent des gens dont la tîc tout entière s'emploie à des choses louables , et de qui l'existence est fondée sur le travail , les bonnes mœurs , la foi dans les contrats, la confiance publique , l'observation des lois. Je vois des laboureurs aux champs , dés le matin, des mères occupées du soin de leur famille, des enfants qui apprennent les travaux de leur père , et je dis ( supposant qu'ils 'jeûnent le carême), il y a d'honnêtes gens* Vous voyez à la Tille des savants , des artistes , l'honneur
de leur patrie, de riches fabricants, d'habiles artisans, dont l'industrie , chez nous , secondée par la nature , lutte con-
tre les taxes et les encouragements ; une jeunesse passionnée pour tous les genres d'étude et de belles connaissances, instruite, non par ses docteurs, de ce qui plus importeàrhomme de savoir , et mieux inspirée qu'enseignée
sur le véritable devoir. Vous n'avez garde , ^le crois , de mal penser des Français , de mépriser cette nation , la connaissant par-là. Mais le comte Decaxes, par où nous connaît-il ? La cour.
Masarin , étant roi , disait familièrement aux grands qui l'entouraient: « Affe (dans son langage demi-4ru#- » ttwrt*) , vous m'aviez bien trompé , tignori Franeêsi , » avant que j'eusse l'honneur de vous voir, comme je » fais. Qne jesob ônpMo, si je me doutai d'abord de votre » caractère. Je vous trouvais on air de fierté, de courage, » de générosité. Non, je ne plaisante point; je vous croyais » du cœur. Je m'en souviens très-bien , quoiqu'il y ait » long-temps. » Ceci est dit notable, et vient â mon propos. Jules Mmzzmrmi, arrivant de son pays avec peu d'équipage et petit compagnon, estime les Français , par» qu'il voit la nation: devenu cardinal, ministre, il les méprise, parce qu'il voit la cour , et cependant la cour était polie.
Je ne la vois, moi; de ma vie ne l'ai vue, ni ne la verrai, j'espère; mais j'en ai ouï parler a des gens bien instruits. Les témoignages s'accordent, et par tous ces rapports , autant que par calcul , méthode géodésique et trigonometrique, je suis parvenu , Monsieur, à connaître lu cour que ceux qui n'en bougent; comme on dit que Dan- , n'étant jamais sorti , je crois , de son cabinet, connaissait mieux l'Egypte que pus un Égyptien; et d'abord, je vous dirai ce qui va tous surprendre^ et que je pense avoir le premier reconnu: la corn- est un lieu bus, fort
bas , fort au-dessouddu niyeau de la nation. Si le contraire paraît, si chaque courtisan se croit, pas sa place, et semble élevé plus ou moins, c'est erreur delà vue, ce qu'on nomme proprement illusion optique , aisée à démontrer. Soit A le point où se trouve M. Decazes à cette heure (haut selon l'apparence , comme serait un cerf-volant , dont le fil répondrait aux Tuileries , à Londres ou à Vienne , peu importe ) ; B le point le plus bas appelé point de chute , où gît M. Benoît av$e Fobbéde Pure , entendez bien ceci, car le reste en dépend. Le rayon visuel passant d'unmilieu rare et pur, celui où nous vivons, dans un milieu plus dense , l'atmosphère fumeuse et chargée de miasmes de la cour, nécessairement il y a réfraction ; ce qui paraît dessus est en effet dessous. Vous comprenez maintenant; ou, s'il vousdemeurait quelque difficulté, consultez les savants, le marquis de Laplace , ou le chevalier Cçvier ; ces gentilshommes, à moins qu'ils n'aient oublié toute leur géométrie , en apprenant le blason et l'étiquette , vous sauront dire de combien de degrés la cour est au-dessous de l'horizon national; et remarquez aussi, tout notre argent y va , tout , jusqu'au moindre sou ; jamais n'en revient à nous rien. Je vous demande , notre argent chose pesante de soi, tendante en bas! M. Decazes, quelque adroit et soigneux qu'on le suppose de tirer à soi tout , saurait-il si bien faire qu'il ne lui en échappât entre les doigts quelque peu, qui , par son seul poids , nous reviendrait naturellement, si nous étions au-dessous? telle chose jamais n'arrive , jamais n'est arrivée. Tout s'écoule , s'en va toujours
de nous à lui: donc il y a une pente: donc nous sommes en haut, M. Decazesen bas, conséquence bien claire ; et la cour est un trou, non un sommet , comme il parait aux yeux du stupide vulgaire.
Ne sait-on pas d'ailleurs que c'est un lieu fangeux , où la vertu respire toujours un air empoisonné , comme dit le poète , et aussi ne demeure guéres. Ce qui s'y passe est connu j on y dispute des prix de différentes sortes et valeur dont le total s'élève chaque année â plus de huit cent millions. Voilà de quoi exciter l'émulation sans doute ; et l'objet de ces prix anciennement fondés , depuis peu renouvelés, accrus, multipliés par Napoléon- le-Grand, c'est de favoriser et de récompenser avec une royale munificence toute espèce de vice, tout genre de corruption. Il y en a pour le mensonge et toutes ses subdivisions, comme flatterie , fourberie , calomnie , imposture , hypocrisie , et le reste. Il y en a pour la bassesse beaucoup et de fort considérables , non moins pour la sottise, l'ineptie , l'ignorance ; d'autres pour l'adultère et la prostitution , les plus enviés , de tous , dont un seul fait souvent la grandeur d'une famille- Mais pour ceux-là, ce sont les femmes qui concourent; on couronne les maris: du reste, point de faveur, de préférence injuste. La palme est au plus vil, l'honneur au plus rampant , sans distinction de naissance ; ainsi le veut la charte , et le roi l'a jurée. Cest un droit garanti par la constitution , acheté de tout le sang de la révolution; le vilain peut prétendre à vivre et s'enrichir comme le gentilhomme sans industrie , talents , mœurs ni pro-
bité , dont la noblesse enrage ; et sur cela réclame ses an* tiques privilèges.
Tout le monde cependant use du droit acquis comme si on craignait de n'en pas jouir long-temps. Chacun se lance ; non : à la cour , on se glisse, on s'insinue , on se pousse. Il n'est fils de bonne mère qui n'abandonne tout pour être présenté , faire sa révérence avec l'espoir fondé, si elle est agréée , d'emporter pied ou aile , comme on dit , du budget, et d'avoir part aux grâces. Les grâces à la cour pleuvent soir et matin ; et une fois admis, il faudrait être bien brouillé avec le sort, avoir bien peu de souplesse , ou une femme bien sotte , pour ne rien attraper , lorsqu'on est alerte , à l'épreuve des dégoûts , et qu'on ne se rebute pas. Sans humeur , sans honneur ; c'est le mot, la devise. Qmoonque ne sait pas digérer un affront.**
Alerte , il faut l'être. Bien des gens croient la cour un pays de fainéants , où , dès qu'on a mis le pied , la fortune vous cherche , les biens viennent en dormant ; erreur. Les courtisans, il est vrai, ne font rien; nulle œuvre , nulle besogne qui paraisse. Toutefois , les forçats ont moins de peine , et le comte de Sainte-Hélène dit que les galères , au prix , sont un lieu de repos. Le laboureur , l'artisan , qui chaque soir prend somme , et répare la nuit les fatigues du jour ; voilà de vrais paresseux. Le courtisan jamais ne dort , et Ton a calculé mathématiquement que la moitié des soins perdus dans les antichambres, la moitié des travaux , des efforts de la constance , néces-
pour seulement paner a on __ ff — ^ , «__ ,
employée à des objets utiles, pour décuples en Fiance les produits de l'industrie , et porter tons les arts i un point de perfection dont on n'a nulle idée.
Mais la patience surtout ,1a patience an* gens de cor, est ce qu'est ans fidèles la charité , tient lien de tont antre mérite. Jbmrif mvt ^fmtUnàrm, dit l'abbé de Bernis an ministre qui lui criait: Fmu n'anrsr rmrn, et le sait, le po ussai t dehors par les épaules. Jen sais qui cela eussent pris leur parti , cherché quelque moyen de se pas s er de monseigneur , de fine par eux-mêmes, comme le cocher de fiacre ; Lm eimr mm ilâmtje t»W.. ; c 'est i d ire; je trarailleraL Ignoble mot, langage de rotarier né pour toujours l'être. Le gentilhomme de Louis XVI, noble de race, dit/aflencYut. Le gentilhomme de Bonaparte , noMe par grâce , dit j * a ff sw uW u ff .
Et tous deux se prennent la main , s'embrassent ; amis de t
LETTRE XI
Véreti , 10 mars 1820.
Monsieur ,
C'est l'imprimerie qui met le monde à mal. C'est la lettre moulée qui fait qu'on assassine depuis la création; et Caïn lisait les journaux dans le paradis terrestre. Il n^en faut poiqt douter ; les ministres le disent ; les ministres ne mentent pas , à la tribune surtout.
Que maudit soit l'auteur de cette damnable invention , et avec lui , ceux qui en ont perpétué l'usage , ou qui jamais apprirent aux hommes 4 se communiquer leurs pensées ! Pour telles gens l'enfer n'a point de chaudières assez bouillantes. Mais remarquez, Monsieur, le progrès toujours croissant de la perversité. Dans l'état de nature célébré par Jean-Jacques avec tant de raison , l'homme , exempt de tout vice et de la corruption des temps où nous vivons , ne parlait point , mais criait , murmurait ou grognait, selon ses affections du moment. Il y avait plaisir alors à gouverner. Point de pamphlets, point de journaux , point de pétitions pour la charte , point de réclamations sur l'impôt. Heureux âge qui dura trop peu ?
Bientôt des philosophes, suscités par Satan pour le renversement d'un si bel ordre de choses , avec certains mouvements de la langue et des lèvres , articulèrent des
>ou& , prononcèrent des syllabes. Oi étais-tu , Séguier ? Si ou eût réprimé dès le commencement ces coupables excès de l'esprit anarchique, et mis au secret le premier qui s'avisa de dire ba be H bo bu, le monde était sauvé ; l'autel sur le trône , ou le trône sur l'autel , avec le tabernacle affermis pour jamais ; en aucun temps il n'y eût eu de révolutions. Les pensions , les traitements augmente—
raient chaque année. La religion, les moeurs Ah !
que tout irait bien ! Nymphes de l'Opéra , vous auriez part encore à la mense abbatiale et au revenu des pauvres. Mais fait-on jamais rien è temps ? Faute de mesures préventives , il arriva que les hommes parlèrent , et tout aussitôt commencèrent à médire de l'autorité qui ne le trouva pas bon, se prétendit outragée, avilie, fit des lois contre les abus de la parole ; la liberté de la parole fut suspendue pour trois mille ans, et en vertu de cette ordonnance , tout esclave qui ouvrait la bouche pour crier sous les coups ou demander du pain, était crucifié, empalé , étranglé . au grand contentement de tous les honnêtes gens. Les choses n'allaient point mal ainsi et le gouvernement était considéré.
Mais, quand un Phénicien ( ce fut, je m'imagine , quelque manufacturier, sans titre, sans naissance), eut enseigné aux hommes à peindre la parole, et fixer par des traits cette voix fugitive, alors commencèrent les inquiétudes vagues de ceux qui se lassaient de travailler pour autrui , et en même temps le dévouement monarchique de ceux qui voulaient a toute force qu'on travail-
lAt pour eux. Les premiers mots tracés forent liberté , loi , droit, équité, raison ; et dès-lors , on vit bien que cet art ingénieux tendait directement 4 rogner les pensions et les appointements. De cette époque datent les soucis des gens en place , des courtisans.
Ce fut bien pis quand l'homme de Mayenoe ( aussi peu noble | je le crois , que celui de Sidon ) è son tour eut imaginé de serrer entre deux ais la feuille qu'un antre fit de chiffons réduits en pâte ; tant le démon est habile à tirer parti de tout pour la perte des âmes? L'allemand , par tel moyen , multipliant ces traits de figures tracées qu'avait inventés le Phénicien , multiplia d'autant les maux que fait la pensée. O terrible influence de cette race qui ne sert ni Dieu ni le roi , adonnée aux sciences mondaines , aux viles professions mécaniques ! engeance pernicieuse , que ne feraitrelle pas , si on la laissait faire , abandonnée sans frein à ce fatal esprit de connaître, d'inventer et de perfectionner ! Un ouvrier , un misérable ignoré dans son atelier, de quelques guenilles fait une colle , et de cette colle , du papier qu'un autre rêve de gauffirer avec un peu de noir ; et voilà le monde bouleversé , les vieilles monarchies ébranlées , les canonicats en péril. Diabolique industrie ! rage de travailler, au lieu de chômer les saints et de faire pénitence 1 11 n'y a de bon que les moines , comme dit M. de Goussergue , la noblesse présentée , et messieurs les laquais. Tout le reste est perverti , tout le reste raisonne , ou bientôt raisonnera. Les petits enfants savent que deux et deux font quatre. O
tem p o r al 6 a**rt#/OM. ClauaeldeCoussergue, ô Marcassus de Marcellus !
Tant y a qu'il n'y a plus moyen de gommer , surtout depuis qu'un autre émissaire de l'enfer a trouvé cette antre invention de distribuer, chaque matin, à vingt ou trente mille abonnés, une feuille où se lit tout ce que le monde dit et pense, et les projets des go u v er nants et les craintes des gouvernés. Si cet abus continuait, que pourrait entreprendre la cour, qui ne fût contrôlé d'avance , examiné , jugé , critiqué, apprécié ? Le public se mêlerait de tout , voudrait fourrer dans tout son petit intérêt , compterait avec la trésorerie, surveillerait la liante police , et se moquerait de la diplomatie. La nation enfin ferait marcher le gouvernement, comme un cocher qu'on paie , et qui doit nous mener, non où il veut, ni «""» il veut, mais où nous prétendons aller , et par le chemin qui nous convient ; chose horrible a penser , contraire au droit divin et aux capitulaires.
Mais, comme si c'était pende toutes ces mmtkmmiitnt contre les bonnes mœurs, la grande propriété et les privilèges des hautes classes , voici bien autre chose : On mande de Berlin que le docteur Kirkausen , fameux mathématicien, a depuis imaginé de nouveaux caractères , une nouvelle presse mobile, maniable, légère, portative, a mettre dans la poche , expéditive surtout, et dont Tusage est tel, qu'on écrit comme on parle , aussi vite, aisément: c'est une tmcAùypi*. On peut, dans un sakm, sans que personne s'en doute « imprimer tout ce qui se dît, et
sur le lieu même, tirer à mille exemplaires toute la conversation , à mesure que les acteurs parlent. La plume , de cette façon , ne servira presque plus , va devenir inutile. Une femme , dans son ménage , au lieu d'écrire le compte de son linge à laver , ou le journal de sa dépense , l'imprimera, dit-on, pour avoir plus tôt fait. Je vous laisse à penser, Monsieur, quel déluge va nous inonder, et ce que pourra la censure contre un pareil débordement. Mais on ajoute , et c'est le pis pour quiconque pense bien ou touche un traitement , que la combinaison de ces nouveaux caractères est si simple, si claire, si facile à concevoir, que l'homme le plus grossier apprend en une leçon à lire et à écrire. Le docteur en a fait publiquement l'expérience avec un succès effrayant ; et un paysan qui , la veille , savait à peine compter ses doigts , après une instruction de huit à dix minutes, a composé et distribué aux assistans un petit discours , fort bien tourné , en bon allemand, commençant par ces mots : Despotes ko nomos; c'est-à-dire, comme on me l'a traduit : la loi doit gouverner. Où en sommes-nous, grand Dieu ! qu'allonsnous devenir ? Heureusement l'autorité avertie a pris des mesures pour la sûreté de l'état : les ordres sont donnés ; toute la police de l'Allemagne est à la poursuite du docteur avec un prix de cent mille florins à qui le livrera mort ou vif , et l'on attend à chaque moment la nouvelle de son arrestation. La chose, n'est pas de peu d'importance; une pareille invention , dans le siècle où nous sommes, venant à se répandre, c'en serait fait de toutes
les bases de l'ordre social ; il n'y aurait plus rien de caché pour le public. Adieu les ressorts de la politique : intrigues, complots , notes secrètes ; pins d'hypocrisie qui ne f dt bientôt démasquée , d'imposture qui ne fût démentie. Comment gourerner après cela?
LETTRE X
Véreta, 10 avril i8ao.
Jb trouve comme voua, Monsieur, que nos orateurs ont fait merveille pour la liberté de la pieuse. Rien ne ae peut imaginer de plus fort ni de mieux pensé que oe qu'ils ont dit à oe sujet, et leur éloquence me ravit, en même temps que sur bien des choses j'admire leur peu de finesse. L'un , aux ministres qui se plaignent de la licence des écrits , répond que la famille royale ne fut jamais si respectée , qu'on n'imprime rien contre le roi. En bonne foi , il faut être un peu de son département pour croire qu'il s'agit du roi , lorsqu'on crie wngez U roi. Ainsi « bonhomme , au théâtre , voyant représenter le TaïMfo, disait : Pourquoi donc les dévots haïssent-ils tant cette pièce ? il n'y a rien contre la religion. L'autre non moins naïf, s'étonne , trouve que partout tout est tranquille, et demande de quoi on s'inquiète. Celui-là certes n'a point de place , et ne va pas chez les ministres ; car il y verrait que le monde ( le monde, comme vous savea, ce sont les gens i places ) , bien loin d'être tranquille , est au contraire fort troublé par l'appréhension du plus grand de tous les désastres , la diminution du budget, dont le monde en effet est menacé , si le gouvernement n'y apporte remède. C'est à éloigner ce fléau que tendent ses seins paternels, bénis de Dieu jusqu'à ce jour. Car, de-
pais cinq ou six cents ans, le budget, si ce n'est A quelques époques de Louis XII et de Henri IV , a continuellement augmenté , en raison composée , disent les géomètres , de l'avidité des gens de cour et de la patience des peuples.
Hais , de tous ceux qui ont parlé dans cette occasion , le plus amusant, c'est M. Benjamin Constant, qui Ta dire aux^ministres : Quoi? point de journaux libres? Point de papiers publics ( ceux que tous censures sont à tous seuls)? Comment sanres-vous ce qui se passe? Vos agents vous tromperont, se moqueront de tous, tous feront faire mille sottises , comme ils faisaient avant que la presse fàt libre. Témoin l'affaire de Lyon. Car, qu'étaitce, en deux mots ? On vous mande qu'il y a là une conspiration. Eh bien ! qu'on coupe les têtes, répond! tes-TOus datoid, bonnement.L'ordrepart; e tpai» ) parréflexk», vous envoyez quelqu'un savoir un peu ce que c'est. Le moindre journal libre vous ïeftt appris à temps, bien mieux qu'un maréchal et 4 bien moins de frais. Que s&% tes-vous par le rapport de votre envoyé ? peu de chose. A la fin on imprime , tout devient public, et il se trouve qu'il n'y a point eu de conspiration. Cependant les tètes étaient coupées. Voilà un furieux pas de clerc , une bévue qui codte cher, et que la liberté des journaux vous eût certainement épargnée. De pareilles Aneries font grand tort , et voilà ce que c'est que d'enchaîner la presse.
l à-d e ss u s, dit-on, le ministère eut peine à se tenir de rire j et M. Pasquier , le lendemain s'égaya aux dépens de
l'honorable membre , non sans cause. Car on pouvait dire à M. Benjamin Constant, oui , les tètes sont à bas, mais monseigneur est duc; il n'en fout pins qu'autant , le voilà prince de plein droit. Les bévues des ministres coûtent cher, il est vrai , mais non pas aux ministres. Mieux vaut tuer un marquis , disent les médecins, que guérir cent vilains: cela vaut mieux pour le médecin; pour les ministres non ; mieux vaut tuer des vilains , et selon leurs conséquences , les foutes changent de nom. Contenter le public , s'en foire estimer est fort bien ; il n'y a nul mal assurément, et Lafitte a raison de se Conduire comme il fiait, parce qu'il a besoin, lui, de l'estime, de la confiance publique, étant homme de négoce , roturier, non pas duc. Mais le point pour un ministre, c'est de rester ministre ; et, pour cela, il faut savoir, non ce qui s'est foi t à Lyon , mais ce qui s 'est dit au lever , dont ne parlent pas les journaux. La presse étant libre , il n'y a point de conspirations, dites-vous , messieurs de gauche. Vraiment on le sait bien. Mais sans conspirations , comment sauver l'état, le trône , la monarchie? et que deviendraient les agents de sûreté , de surveillance ? Comme le scandale est nécessaire pour la plus grande gloire de Dieu , aussi sont les conspirations pour le maintien de la police. Les foire naître , les étouffer , charger la mine , l'éventer, c'est le grand art du ministère ; p'estle fort et le fin de la science des hommes d'état ; c'est la politique transcendante chez nous , perfectionnée depuis peu par d'excellents hommes en ce genre que l'Anglais jaloux veut imiter et contre-
fait , mais grossièrement. N'y ayant ni complots, ni ma-» chinatione , ni ramifications , que voulea - tous qu'on ministre fasse de son génie et de son atfe pour la dynastie? Quelle intrigue pemVon entamé* arec espoir de la mener A bien, si tout est affiché le même jour? Quelle trame saurait-on mettre sur le métier ? Les journaux ap~ prennent aux ministres ce que le publie dit , chose fort indi ff éren te ; ils apprennent au publie ee que les mûrie* très font, chose fort intéressante} ou ce qu'ils veulent faire , encore meilleur à savoir. U n'y a nulle parité ; le profit est tout d'uùe part» Outre que les ministres , dès qu'on sait ce qu'ils veulent faire , aussitôt ne le veulent eu ne le parant plus faire. Politique connue , politique perdue; afihires d'état, secrets d'état, secrétaires d'état !... . Le secret, en un mot, est Pâme de la politique, et la publicité n'est bonne que pour le pubtic.
Voilé une partie de ce qu'on eût pu répondre eux orsleurs de gauche , admirables d'ailleurs dans tout ee qu'ils ont dit pour la défense de nos droits, et forts sur la logique autant qu'imperturbables sur la dialectique. Lents discours seront des monuments de l'art de discuter, d'édafeir la question, téftiter les eopbiames, analyser, approfondir. Courage, mes amis, murage, les moquent de nous ; mais nous raisonnons bien qu'eux. Ds nous mettent en prison , et noua y mais nous les mettons dans leur tort, et ils y aussi. Que cette poignée de protégea du généful Foynous lie, nous dépouille, nous égorge; il sera toujoute vrai que
nous les avons menés de la belle manière , nous leur avons bien dit leur fait , sagement toutefois , prudemment, décemment. La décence est de rigueur dans un gouvernement constitutionnel.
Mais ce qui m'étonne de ces harangues si belles dans le Moniteur , si bien déduites , si frappantes par le raisonnement , qu'il ne semble pas qu'on puisse répliquer un mot ; ce qui me surprend , c'est de voir le peu d'effet qu'elles produisent sur les auditeurs. Nos Cicérons , avec toute leur éloquence, n'ont guéres persuadé que ceux qui, avant de les entendre , étaient de leur avis. Je sais la raison qu'on en donne : ventre n'a point d'oreilles, et il n'est pire sourd.... Vous dirai-je ma pensée ? Ce sontd*babiles gens, sages et bien disants, orateurs, en un mot ; mais ils ne savent pas faire usage de l'apostrophe , une des {dus puissantes machines de la rhétorique , ou n'ont pas voulu s'en servir dans le cours de ces discussions , par civilité , je m'imagine, par ce même principe de décence, preuve de la bonne éducation qu'ils ont reçue de leurs parents ; car l'apostrophe n'est pas polie j j'en demeure d'aocord avec M. de Gorday, Mais aussi trouves-moi une tournure plus vive , plus animée , plus forte , plus propre à remuer une assemblée , à frapper le ministère , à étonner la droite, à émouvoir le ventre? L'apostrophe , Monsieur , l'apostrophe c'est la mitraille de l'éloquence. Vous l'avez vu , quand Foy , artilleur de son métier Sans l'apostrophe , je vous défie d'ébranler une majorité lorsque son parti est bien pris. Essayes un peu d'employer , avec des
gens qui ont dîné cher M. Pasquier , le syllogysme el l'enthyméme. Je vous donne tontes les figures de Quintîlien, tons les tropes de Dumarsais et tout le sublime de Longin ; allez attaquer avec cela un M. Poyféré de Cerre. Poussez à Marcassus , poussez é Marcellus la métaphore , l'antithèse , l'hypotypos , la catachrèse ; polissez votre style et choisissez vos termes ; i la force du sens unissez l'harmonie infuse dans vos périodes , pour charmer l'oreille d'un préfet , ou porter le cœur d'un ministre i prendre pitié de son pays ,
Vous serez étonné, quand vont serez au bout, De ne leur avoir rien persuadé du tout.
Pas un seul ne vous écoutera ; vous verrez la droite bâiller, le ministère se moucher , le ventre aller i ses affaires. Mais que Foy , dans ce moment de verve applaudi de toute la France , prélude une espèce d'apostrophe , sans autrement , peut-être , y penser, on dresse l'oreille aussitôt , l'alarme est au camp, les muets parlent, tout s'émeut ; et s'il eût continué sur ce ton (mais il aima mieux rendre hommage aux classes élevées), s'il eût pu soutenir ce style, la scène changeait; M. Pasquier, surpris comme un fondeur de cloches, eût remis ses lois dans sa poche; et moi, petit propriétaire , ici je taillerais ma vigne sans crainte des honnêtes gens. O puissance de l'apostrophe !
C'est comme vous savez, une figure au moyen de laquelle on a trouvé le secret de parler aux gens qui ne sont pas là , de lier conversation avec toute la nature , interroger au
loin les morts et les vivants. Ou ma tout en Maroihâni, s'écrie Démosthène en fureur. Cet ou ma tous est d'une grande force, etFoy l'e&tpu traduire ainsi: Non, par les morts de Waterloo, qui tombèrent avec la patrie ; non , par nos blessures d'Austerlitz et de Marengo , non jamais de tels misérables.... Vous concevez l'effet d'une pareille figure poussée jusqu'où elle peut aller , et dans la bouche d'un homme comme Foy ; mais il aima mieux embrasser les auteurs des notes secrètes.
Moi , si j'eusse été là ( c'est mon fort que l'apostrophe , et je ne parle guéres autrement ; je ne dis jamais : Nicole , apporto^moi nus pantoufle* ; mais je dis , 6 mss pantoufles: st toi Nieole, et toi /....) si j'eusse été là, député des classes inférieures de mon département , quand on proposa cette question de la liberté de la presse , j'aurais pris la parole ainsi :
Mylord Castolrsagh, mêlez-vous de vos affaires; pour Dieu , Horr Mettemieh, laissez-nous en repos ; et vous , mien lieber Hardemberg , songez à bien cuire vos saur hraut.
Ou je me trompe , ou cette tournure eût fait effet sur l'assemblée , e&t éveillé son attention , premier point pour persuader, premier précepte d'Aristote. Il faut se faire écouter , dit-il , et c'est à quoi n'ont pas pensé nos députés de gauche ; à employer quelque moyen tel qu'en fournit l'art oratoire pour avoir audience de l'assistance. Autre chose ne leur a manqué; car du langage , ils en avaient, et des raisons, ils l'ont fait voir , de l'invention et du débit ,
et avec tout cela n'ont su se faire écouter, faute de quoi? d'apostrophes , de oea vives apostrophes aux hommes et aux dieux» dans le goût des anciens. Sans laisser au ventre le temps de se rendormir, j'aurais continué de la sorte :
Excellente ministres des hautes puissances étrangères , ne tous fies point trop à vos amis de deçà. Ils tous en font accroire avec leurs notes secrètes ; non que je les soupçonne de vouloir trahir. Ce sont d'honnêtes gens, fidèles , sur lesquels vous pouvez compter , dont les services vous sont acquis, et la reconnaissance assurée pour jamais, incapables de manquer i ce qu'ils vous ont promis , d'oublier ce qu'ils vous doivent. J'entende par-là, seulement , qu'ils s'abusent et vous trompent avec le cèle le plus pur pour vos excellences étrangères. Venez , il y fait bon; accoures , vous disent-ils. Cette nation est lâche. Ce ne sont plus ces Français , la terreur de l'Europe , l'admiration du monde. Us furent grands, fiers, généraux. Mais domptés aujourd'hui , abattus, mutilés, bistournés par Napoléon , ils se laissent ferrer et monter à tous venants ; il n'est bit qu'ils refusent , coups dont ils se ressentent, ni joug trop humiliant pour eux. Quand d'abord nous revînmes derrière vous dansée pays, nous les appréhendions; ce nom, cette gloire , nous en imposaient , et long-temps nous n'osâmes les regarder en face. Hais â présent nous les bravons , chaque jour nous les insultons , et non -seulement ils le souffrent, mais, le croiriez- vous, ils nous craignent; nous, que vous avez vusdansl'opprobh*, la fange , rebutés partout , signalés parmi les espions, les escrocs, â toutes
les polices de l'Europe , naos tommes ici l'épouvantail de ceux qui vous firent trembler, et c'est de noua qu'on les menace lorsqu'on vent qu'ils obéissent. Vents donc , accourez $ butin sûr, proie facile et tributs tous attendent; ou ne bouge*; fie**ous à nous. Avec sept hommes , nous nous chargeons de. tondre et d'écorcber les Français pour votre compte , moyennant put dans la dépouille , et récompense , comme de raison.
Voila ce qu'ils vous mandent par ML. de Montlûaier. Gardee-vous de le croire, puissance* étrangères, ne les écoutée mi , car ils vous mèneraient loin. Leurs notes ne sont pas mot d'Evangile. Pemande* à Fauché ce qufil an pense , et combien de fois lui-même a été pris pour dupe , lorsqu'il croyait , par leur moyen , en attraper d'autres. U faut l'avouer néanmoins , il y a du vrai dans ce qu'ilswus
disent. Nous souffrons des choses , des gons. .. . Qcpaae
ans de galère , tranchons la mot, ont abaissa notre bur menr fiére et sont cause que nous endurons vos oorrespOindants; ee qui à bop droit les étonne. Cependant, jpp bonheur, écbappésda bagnede Napoléon, nous aiqpstdes hommes encore , et ne sommes pas sans quelque vigueur; témoin tant de machines qu'on emploie ppur nous empêcher de faire acte de virilité, à quoi même on ne réussit pas. Préfets, télégraphes, gendarmes, censure , loi. des suspects ,rienn'y sert ; missionnaires , jésuites , anmAniers y perdent leur peu 4a latin: et l'on a beau prêcher, menacer , caresser , promettre , destituer , dés qu'il s'agit d'élire , les choix tombent sur des hommes* Soit hasard
ou malice , en voilà cent quinze de compte lait dans une seule chambre où il 7 en aurait bien plus, n'était ce qui s'y introduit de la cour et des antichambres ministérielles. Anglais, dont on nous vante ici lêêprit publie, ajnnl fait ce mot, vous avez la chose sans doute ; mais, en bonne foi, croyez-vous vos ministres fort empêchés à écarter de leur chemin les citoyens incorruptibles , àse débarrasser de ces gens que rien ne peut gagner , qui ne composent point, ne connaissent que leur mandat, et ne voient de bien pour eux que dans le bien commun de tous , préférant l'estime publiqueauxplacesoffertesou acquises, auxrangs, aux honneurs , i l'argent , et , que sert de le dire ? i la vie, moins chère , moins nécessaire aux hommes , sans quoi les verrait-on en faire si bon marché? Aurions-nous vu, dans le cours de nos révolutions, tant d'ames à l'épreuve du péril, si peu à l'épreuve de l'or et des discussions , et souvent le plus brave soldat être le plus lâche courtisan, s'il n'était vrai qu'on aime les biens et les honneurs plus que la vie? Celui qui meurt pour son pays, fait moins que celui quirefusede gourverner contre les lois. Or , de telles gens nous en avons ; nous avons de ces hommes qui savent rendre un portefeuille , mépriser une préfecture , une direction de la Banque , et qui, avant de vous livrer , messieurs du congrès , cette terre , soit à vous , soit à vos féaux, 7 périront eux et bien d'autres: car tout le peuple est avec eux, non tel qu'on vous le dépeint, faible, abattu, timide. Cette nation n'estpointavilie : par vous provoquée au combat, usant de la victoire , elle vous fit esclave et le
fut avec vous , parce qu'autrement ne se peut. Insensé qui croit asservir et se dispenser d'obéir : mais, rompue la chaîne commune, ils tous en reste plus qu'A nous.
Ne tous hâtez donc point, n'accourez pas si vite, ne cédez pas sitôt aux vœux qui vous appellent > et ne croyez point trop, aux promesses qu'on tous fait, de peur, en arrivant, de trouver du mécompte; car voici , en peu de mots, comment vous serez reçus, si vous venez iciause»* cours du parti habile , fort et nombreux.
Les missionnaires prêcheront pour vous ; les religieuses du Sacré-Cœur prieront Dieu, non de vous convertir, mais de vous amener A Paris , et lèveront au ciel leurs innocentes mains en faveur des Pandours', supplieront en mauvais latin le Seigneur infiniment miséricordieux d'exterminer la race impie, de livrera la fureur du glaive les ennemis de son saint nom , c'est-a-dire ceux qui refusent la dîme , et d'écraser contre la pierre les tètes de leurs enfants. Mais malheureusement tout n'est pas moine chez nous.
La nation ( laissons là cette classe élevée pour qui le général Foy a tant d'estime depuis qu'il ne la protège plus, poignée de fidèles toute à vous, qui ne peut se passer de vous et n'a de patrie qu'avec vous) , la nation se divise en nobles et vilains : des nobles, les uns le sont par la grâce de Dieu, les autres par le bon plaisir de Napoléon. Lequel vaut mieux ? on ne sait. Ce sont deux corps qui s'estiment , dit Foy, réciproquement, s'admirent et volontiers prennent des airs l'un de l'autre. La Tulipe ,
homme de cour, a quitté son briquet pour aefaiie talon rouge : c'est maintenant , on le peut dire, un cavalier parfait , rempli de savoir-vivre et de déttcatesae, on n'a pas meilleur ton que monsieur ou monseigneur le comte de la Tulipe. Et voilà Dorante hussard ; depuis quand? depuis la paix. Sentant la caserne, ai 09 n'est peut-être le bivouac ; sous le fardeau de deux énormes épanlettes , il Jure comme Lannes, bat sas gêna comme Junot, et, faute de blessures , il a des rhumatismes , fruit de la guerre, entendea-vous , de ses campagnes de Hyde-Park et de Bond-Street; éperoamé, botté, prêt i monter A cheval , il attend le boute-selle. L'esprit de Bonaparte n'est pas i Sainte-Hélène , il est ici dans les hautes clauses. On ié?e , non les conquêtes, mais la grande parade» on donne le mot d'ordre, on passe des revues , on est fort
satisfait. Un grand ne va point p r sans son état -ma-
for, et le p d. M couche en bonnet de police, la
vieille garde cependant grasseie et porte des odeurs.
Telle est l'admiration qu'ont les uns pour les autres ces gens de deux régimes en apparence contraires. Il a'iau- $ent , ae copient. Mi les uns ni les antres ne vous donneront d'embarras. Vous trouver» des mamtees dans l'ancienne noblesse , et dans la nouvelle des formes. Les seigneurs vous accueilleront avec cette grâce vraiment française et cette politesse chevaleresque, apanage de la hante naissance. Nos aimables barons, formée sur le modèle d'Elleviou , vous enseigneront la belle tenue de l'état-major de Berthier et l'étiquette des maréchaux.
( *» ) sans oublier le dévouement, l'enthousiasme t le fau «wré. Tout ce qui est issu de race, ou destiné à fifre noe , a'aocommode sans peine avec voua. Ces gens qui tant de foie ont juré de mourir ; ras gens , toujours prêta é verser leur sang jusqu'à la dernière goutte pour un mettre chéri, une famille auguste , nue personne sacrée ; oes gens , qui meurent et ne se rendent p» , sont de facile composition, et ypos le savez bien.
Mais il y a chez nous une classe moins élevée, qui ne meurt pour personne et qui , sens dévouement, fait tout ce qui refait: bât H, cultive, fabrique, autant qu'il est permis; lit, médite, calcule, invente, perfectionne les arts , sait tout ce qu'on sait à présent et sait anpsâ se battre, si se battre est une science. 11 n'est vilain qui n'en ait fut son apprentissage et qui lA*dessus n'en remontre aux descendants des Duguesolin. Georges le laboureur , André le vigneron , Pierre , Jacques le bon-homme et Charles qui cultive ses trois cents arpenta de terre, et le marchand , l'artisan , le juge , l'avocat , et notre digne vicaire, tous ont porté les armes , tous voua ont fait la guerre. Ah ! s'ils n'eussent jamais eu de grand homme à leur tête,.... sans la troupe dorée , les comtes, les ducs., les princes , les officiers de marque. ... si la roture en France n'eût jamais dérogé , ni la -valeur dégénéré en gentilhommerie , jamais nos femmes n'eussent entendu battre vos tambours.
Or, oes gens-là et leurs enfants, qui sont grandis depois Waterloo , ne font pas chez nous si peu de monde ,
qu'il n'y en ait bien quelques militons n'ayant ni manières de Versailles , ni formée de la Malmaison , et qui , an premier pas que vous ferez sur leurs terres, vous montreront qu'ils se souviennent de leur ancien métier. Car, il n'est alliance qui tienne , et si vous venez les piller an nom de la très sainte et très indivisible Trinité, eux, au nom de leurs familles, de leurs champs, de leurs troupeaux , vous tireront des coups de fusil. Ne comptant plus pour les défendre sur le génie de l'empereur , ni sur l'héroïque valeur de son invincible garde, ils prendront le parti de se défendre eux-mêmes ; fâcheuse résolution , comme vous savez bien , qui déroute la tactique, empêche de faire la guerre par raison démonrtrathê , et suffit pour déconcerter les plans d'attaque et de défense le plus savamment combinés. Alors , si vous êtes sages , rappelez-vous l'avis que je vais vous donner. Lorsque vous marcherez en Lorraine, en Alsace, n'approchez pas des haies, évitez les fossés, n'allez pas le long des vignes, tenez-vous loin des bois , gardez-vous des buissons , des arbres , des taillis , et méfiez-vous des herbes hautes ; ne passez point trop près des fermes , des hameaux, et faites le tour des villages avec précaution ; car les haies , les fossés , les arbres, les buissons , feront feu sur vous de tous côtés , non feu de de file ou de peloton, mais feu qui ajuste, qui tue; et vous ne trouverez pas, quelque part que vous alliez , une hutte , un poulailler qui n'ait garnison contre vous. N'envoyez point de parlementaires , car on les retiendra; point de détachements, car on les détruira; point de
commissaires , car.... A pportez de quoi vivre; amenez des mouton*, des Taches, des cochons , et pois n'oubliez pas de les bien escorter ainsi que tos fourgons. Pain , viande, fourrage et le reste , ayez provision de tout; car tous ne trouverez rien où tous passerez, si tous passez, et tous coucherez i l'air , quand tous tous coucherez ; car nos maisons , si non» ne pouvons tous en écarter, nous savons qu'il Tant mieux les rebâtir que les racheter. Cela est plus tôt fait, coûte moins. Ne tous rebutez pas d'ailleurs, si tous trouviez , dans cettç façon de guerroyer , quelques inconvénients. Il y a peu de plaisir à conquérir des gens qui ne veulent pas être conquis , et nous en savons des nouvelles. Rien ne dégoûte de ce métier comme d'avoir affaire aux classes inférieures. Mais ne perdez' point courage. Car si vous reculiez! s'il vous fallait retourner sans avoir fait la paix ni stipulé d'indemnités, alors , alors , peu d'entre vous iraient conter A leurs enfants ce que c'est que la France en tirailleurs, n'ayant ni héros ni péquins.
Apprenez, dit le prophète, apprêtiez , grande dû la terre ; c'est-à-dire , messieurs du congrès , renoncez aux vieilles sottises. Inetruieez-vous , arbitre* du mande ; c'est-é-dire , Excellences, regardez ce qui se passe , et faites-vous sages, s'il se peut. L'Espagne se moque de vous, et la France ne vous craint pas. Vos amis ont beau dire et faire , nous ne sommes pas disposés à nous gouverner par vos ordres. Et ni eux , avec leurs sept hommes , ni vous , avec vos sept cent mille , ne nous fiâtes la moin-
dre peur ) partant , je ne vow nulle raison de changer notre allure pour joub plaire , et je cooclns A rejeter tonte loi menant d'eux on de tous.
Yoili te qm j'aurais dit après le général Fqjr pn, dépoté indigne , hri snooéder i la tribune .
LETTRE