LETTRE PREMIERE
Veretz, le 10 juillet 181g.
Vous vous trompez , Monsieur , tous avez tort de croire que mon placet imprimé, dont tous faites mention dans une de vos feuilles, n'a produit nul effet. Ma plainte est écoutée. Sans doute, comme vous le dites, il est fâcheux pour moi que l'innocence de ma vie ne puisse assurer mon repos ; mais c'est la faute des lois , non celle des ministres. Us ont écrit à leurs agents comme je le pouvais désirer, et plût à Dieu qu'ils eussent écrit de même aux juges , quand j'avais des procès , et à l'académie, quand j'étais candidat. Cela m'e&t mieux valu que tous les droits du monde pour avoir le fauteuil et pour garder mon bien. Il faut en convenir, de trois sortes de gens auxquels j'ai eu affaire depuis un certain temps , savants, juges, ministres, je n'ai pu vraiment faire entendre raison qu'à ceux-ci. J'ai trouvé les ministres incomparablement plus amis des bellet-lêttres que l'académie de 1. a3
ce nom, et plus justes que la jmstk*. Ceci soit dit sans déroger à mes principes d'opposition.
Vous nous plaignez beaucoup, nous antres paysans- çt tous avez raison, en ce sens que notre sort pourrait être meilleur. Nous dépendons d'an maire et d'une garde champêtre , qui se fâchent aisément. L'amende et la prison ne sont pas des bagatelles. Mais songez donc Monsieur , qu'autrefois on nous tuait pour cinq sous pmisu. C'était la loi. Tout noble ayant tué un vilain devait jeter cinq sous sur la fosse du mort. Mais les lob libérales ne s'exécutent guéres, et la plupart dn temps on nous tuait pour rien. Maintenant , il en conte à on maire sept sous et demi de papier marqué pour seulement mettre en prison l'homme qui travaille, et les juges s'en mêlent. On prend des conclusions , puis on rend un arrêté conforme an .bon plaisir du maire ou du préfet. Vous parait-il, Monsieur , que nous ayons peu gagné en cinq on six cents ans? Nous étions la gent corvéable, uMabU et tuabU à volonté , nous ne sommes plus qu'incarcérai/**. Est-ce assez , direz- vous? Patience ; laissez faire ; encore cinq ou six siècles , et nous parlerons au maire tout comme je mous paris; bous pourrons lui demander de l'argent s'il nous en doit , et nous plaindre s'il nous en prend , sans encourir peine de prison.
Tontes choses ont leur progrés. Du temps de Montaigne, un vilain, son seigneur le voulant tuer, s'avisa de se défendre. Chacun en fut surpris, et le seigneur surtout, qui ne s'y attendait pas, et Montaigne qui le ra-
conte. Ce manant devinait les droits de d'homme. Il fut pendu, cela devait être. Il ne faut pas devancer son siècle.
Sous Louis XIV , on découvrit qu'un paysan était un homme , ou plutôt cette découverte , faite depuis longtemps dans les cloîtres, par de jeunes religieuses, alors seulement se répandit , et d'abord parut une rêverie de ces bonnes sœurs , comme nous l'apprend Labruyère. Pour des fille* olotlréee , dit-H , un paysan est un homme. Il témoigne là-dessus combien cette opinion, lui 'semble étrange. Elle est commune maintenant, et bien des gens pensent sur ce point comme les religieuses , salis en avoir les< mêmes raisons... On tient assez généralement que les paysans sont des hommes. De là à les traiter comme tels, il y a loin encore. Il se passera long-temps avant qu'on s'accoutume , dans la plupart de nos provinces , i tcrir un paysan vêtu , semer et recueillir pour lui , i voir un homme de bien posséder quelque chose. Ces nouveautés choquent furieusement les propriétaires , j'entende ceux qui, pour le devenir, n'ont eu que la peine de naître.
LETTREE.
Projet (F amélioration de l'agriculture , par Jacques Bujault , avocat à Melle, département des Deux^Sivres.
Brochure de cinquante pages , où l'on trouve des calculs , des remarques , des idées dignes de l'attention de tous ceux qui ont étudié cette matière. L'auteur aime son sujet , le traite en homme instruit, et dont les connaissances s'étendent au-delà. D ne tiendrait qu'à lui d'approfondir les choses qu'il effleure en passant; plein de xéle d'ailleurs pour le bonheur public et la gloire de l'état , il conseille au gouvernement d? encourager Fagrieulture. D vent qu'on dirige la nation vers V économie rurale , juen instruise les cuUtpatsurs, et il en indique les moyens. Rien n'est mieux pensé ni plus louable, liais avec tout cela il no contentera pas les gens, en très grand nombre, qui sont persuadés que toute influence du pouvoir nuit A l'industrie, et qui croient gouvernement synonyme à* empêchement, en ce qui concerne les arts. Ils diront à M. Bujault : Laisses le gouvernement percevoir des impôts , et répandre des grâces; mais, pour Dieu, ne l'engages point i se mêler de nos affaires. Souffrez, s'il ne peut nous oublier, qu'il pense à nous le moins possible. Ses intentions i notre égard sont sans doute les meilleures du
monde , ses vues toujours parfaitement sages, et surtout désintéressées; mais, par une fatalité qui ne se dément jamais ., tout ce qu'il encourage languit, tout ce qu'il dirige va mal , tout ce qu'il conserve périt , hors les maisons de jeu et de débauche. L'Opéra , peut-être , aurait peine à se passer du gouvernement ; mais nous , nous ne sommes pas brouillés avec le public. Laboureurs , artisans , nous ne l'ennuyons pas même en chantant; à qui travaille il ne faut que la liberté.
Voila ce qu'on pourra dire, et ce que certainement diront à M. Bujault les partisans du libre exercice de l'industrie. Mais les mêmes gens, l'approuvent, lorsqu'il reproche aux oisifs dont abondent la ville et la campagne , aux jeunes gens , et, chose assurément remarquable, aux grands propriétaires de tentes, leur dédain pour l'agriculture , suite de cette fureur pour les places , qui est un mal ancien chez nous, et dont Philippe de Comines , il y a plus de trois cents ans , a fiait des plaintes toutes pareilles. Us n'ont, dit-il, souci de rien, parlant des Français de son temps , sinon d'office s ci états, que trop bien ils savent faire valoir, cause principale de mouvoir guerres et rebellions. Les choses ont peu changé ; seulement cette convoitise des offices et états (curée autrefois réservée à nobles limiers) est devenue plus âpre encore , depuis que tous y peuvent prétendre , et ne donne pas peu d'affaires au gouvernement : quelque multiplié que paraisse aujourd'hui le nombre des emplois , qui ne se compare plus qu'aux étoiles du ciel , et aux sables de la
mer, il n'a pourtant nulle proportion avec celui des demandeurs, et on est loin de pouvoir contenter tout le monde. Suivant un calcul modéré de M, Bujaait » il 7 a maintenant en France , pour chaque place . dix aspirants, ce qui, en supposant seulement deux cent mille emplois, fait un effectif de deux millions de solliciteurs actuellement dans les antichambres, le chapeau dans la main, èe tenant sur leurs membres (ij, comme dit un poète : accordons qu'ils ne fassent nul mal (ainsi la charité nous oblige & le croire ) , ils pourraient faire quelque bien , et par une honnête industrie , fuir les tentations du malin. C'est ce que voudrait M. Bujault, et ce qu'il n'obtiendra pas, selon toute apparence. L'esprit du 3iècle s'y oppose. Chacun .maintenant cherche à se placer, ou, s'il est placé, . à se pousser. On veut être quelque chose. Dès qu'un jeune homme sait faire la révérence, riche ou non, peu importe , il se met sur les rangs ; il demande des gages , en tirant un pied derrière l'autre : cela s'appelle se présenter; tout le monde se présente pour être quelque chose. On est quelque chose en raison du mal qu'on peut faire. Un laboureur n'est rien ; un homme qui cultive , qui ha*» tit , qui travaille utilement', n'est rien. Un gendarme est quelque chose; un préfet est beaucoup; Bonaparte était tout. Voilà les gradations de l'estime publique , l'échelle de la considération suivant laquelle chacun veut être Bonaparte , sinon préfet , ou bien gendarme. Voilà la di-
(1) Régnier. Satires,
rection générale des esprits , la même depuis long-temps, et non prête à changer. Sans cela, qui peut dire jusqu'où s'élancerait le génie de l'invention, où atteindrait avec le temps l'industrie humaine , à laquelle Dieu sans doute voulut mettre des bornes , en la détournant vers cet Art de se faire petit pour complaire , de s'abaisser , de s'effacer devant un supérieur , de s'ôter soi-même tout mérite , toute vertu, de s'anéantir, seul moyen d'être quelque chose.
LETTRE m.
Vereti, 10 septembre 1819.
Monsieur.
Quelqu'un se plaint dans une de yos feuilles , que sous prétexte de vacances , on lui a refusé l'entrée de la bibliothèque du roi. Je vois ce que c'est; on l'a pris pour un de ces curieux comme il en vient là fréquemment, qui ne veulent que voir des livres , et gênent les gens studieux. Ceux-ci n'ont point à craindre un semblable refus, et la bibliothèque pour eux ne vaque jamais. Aux autres, on assigne certains jours , certaines heures, ordre fort sage ; votre ami , pour peu qu'il y veuille réfléchir, luimême en conviendra. S'il m'en croit, qu'il retourne à la bibliothèque, et, parlant à quelqu'un de ceux qui en ont le soin , qu'il se fasse connaître pour être de ces gens auxquels il faut, avec des livres, silence, repos, liberté; je suis trompé , s'il ne trouve des gens aussi prompts à le satisfaire , que capables de l'aider et de le diri ger dans toutes sortes de recherches. J'en ai fait l'expérience; d'autres la font chaque jour à leur très grand profit. Après cela , s'il a voyagé , s'il a vu en Allemagne les livres enchaînés , en Italie , purgés , c'est-à-dire* biffés, raturés,. mutilés par la cagoterie, enfermés le plus souvent, ne se communiquer que sur un ordre d'en haut, il cessera de se plaindre de nos bibliothèques, de celle-là surtout; enfin
avouera , s'il est de bonne foi , que cet établissement n'a point de pareil au monde pour les facilités qu'y trouvent ceux qui vraiment veulent étudier.
Quant an factionnaire suisse qu'il a vu à la porte , ce n'étaient pas sans doute les administrateurs qui l'avaient placé là. Rarement les savants posent des sentinelles, si ce n'est dans les guerres de l'École de Droit. Je ne connais point messieurs de la bibliothèque assez pour pouvoir vous rien dire de leurs sentiments ; mais je les crois Français , et je me persuade que s'il dépendait d'eux , on ferait venir d'Amiens des gens pour être suisses , puisque enfin il en faut dans la garde du roi.
LETTRE IV
Véretz, 16 octobre 1819.
Monsieur.
Le hasard m'a fait tomber entre les mains un* lettre d'un procureur du roi à un commandant de gendarmes. En voici la copie , sauf les noms. <pie je supprime. ' Monsieur le commandant , veuillez faire arrêter et conduire en prison un tel de tel endroit.
Voilà toute la lettre. Je crois , si vous l'imprimes, qu'on vous en saura gré. Le public est intéressé dans une pareille correspondance ; mais il n'en connaît d'ordinaire que les résultats. Ceci est bref, concis; c'est le style impérial , ennemi des longueurs et des explications. Veuillez mettre en prison, cela dit tout. On n'ajoute pas : car tel est notre plaisir. Ce *secait sandre raison, alléguer un motif; et en style de l'empire , on ne rend raison de rien. Pour moi ,Je suis charmé de ce petit morceau.
Quelqu'un pourra demander (car on devient curieux , et le monde s'avise de questions maintenant qui ne se faisaient pas autrefois), on demandera peut-être combien de gens en France ont le droit ou le pouvoir d'emprisonner qui bon leur semble sans être tenus de dire pourquoi. Est-ce une prérogative des procureurs du roi et de leurs substituts? Je le croirais , quant à moi. Ces places sont recherchées ; ce n'est pas pour l'argent. On en don-
naît jadis * on en donnait beaucoup pour être procureur du roi. Fouquet vendit sa charge dix-huit cent mille francs, cinq millions d'aujourd'hui, et elles coûtent à présent bien plus que de l'argent. Ce qu'achètent si cher d'honnêtes yens , c'est l'honneur ( l'honneur seul peut flatter un esprit généreux) , ce sont \es privilèges attachés Aces places. En est-il en effet de plus beau , de plus grand que celui de pouvoir dire : Gendarmes, qu'on l'arrête,
qu'on le mène en prison. Cela ne sent point du tout le robin , l'homme de loi. On ne voit rien là-dedans de ces lentes et pesantes formalités de justice que le cardinal de Retz reproche , avec tant de raison , à la magistrature , et qui, tant de fois, le firent enrager, comme lui-même le raconte.
Il ne se plaindrait pas maintenant : tout a changé audelà même de ce qu'il eût pu désirer alors. Notre jurisprudence, nos lois sont prévôtales; nos magistrats aussi doivent être expéditifs, et le sont. Vite, tôt; emprisonnez, tuez, on n'aurait jamais fait, s'il fallait tant d'ambages et de circonlocutions. Tout chez nous porte empreint le caractère de ce héros , le génie du pouvoir , qui faisait en une heure une constitution, en quelques jours un code pour toutes les nations, gouvernait à cheval, organisait en poste, et fonda, en se débottant, un empire qui dure encore.
Tout bien considéré, le parti le plus sur, c'est de respecter fort les procureurs du roi et leurs clercs \ de fuir toute rencontre avec eux, tout démêlé ; de leur céder non
seulement le haut du pavé, mais tout le pavé, s'il m peut. Car enfin , on le sait , ce sont des gens fort sages qui ne mettent en prison que pour de bonnes raisons , exempts dépassions, calmes, imperturbables, des hommes éprouvés sous le grand Napoléon , qui , cent foie dane le coure de ea gloire paeeée , ténia leur patience et ne Fa point laeeée. Mais ce ne sont pas des saints ; ils peuvent se fltcher . Un mot , avec paraphe , le commandement est
là. Veuillez et aussitôt gendarmes de courir, prison
de s'ouvrir; quand vous 7 serez, la charte ne vous en tirera pas. Vous pourrez rêver à votre aise la liberté individuelle. Non , respectons les gens du roi , ou les gens de l'empereur, qui happent au nom du roi. C'est le conseil que je prends pour moi , et que je donne A mes amis.
Mais je me suis trompé , Monsieur, je m'en aperçois; ce n'est pas 14 toute la lettre du procureur du roi : avec ce que je vous ai transcrit, il 7 a quelque chose encore. Il 7 a d'abord ceci : Le procureur du roi, à M. le commandant de la gendarmerie. Moneieur le commandant; et puis, J'ai F honneur d'être , Moneieur le commandant, avec coneidération, votre trie humble et trie obéieeant eerviteur.
Le tout s'accorde parfaitement avec veuillez mettre en prieon. Veuillez, c'est comme on dit : faites-moi l'amitié, obligec-moi de grâce, rendez-moi ce service, à la charge d'autant. Je euie votre eerviteur, cela s'entend. D est serviteur du gendarme, qui , au besoin , sera le sien ;
ils sont serviteurs l'un de l'autre contre V administré qui les paie tous deux ; car l'homme qu'on emprisonne est un cultivateur. C'est un bon paysan qui a déplu au maire en lui demandant de l'argent. Celui-ci . par le moyen du procureur du roi, dont il est serviteur, a fait juger et condamner l'insolent vilain , que ledit procureur du roi , par son serviteur le gendarme , a fait constituer es prisons. C'est l'histoire connue ; cela se voit partout.
Oh ! que nos magistrats donnent de grands exemples! quelle sévérité ! quelle rigidité ! quelle exactitude scrupuleuse dans l'observation de toutes les formes de la civilité? Celui-ci peut-être oublie dans sa lettre quelque chose , comme de faire mention d'un jugement ; mais il n'oublie pas le très-humble serviteur, l'honneur d'être , eti le reste , bien plus important que le jugement , et tout , pour monsieur le gendarme. Au bourreau, sans doute , il écrit : Monsieur le bourreau , veuillez tuer, et je suis votre serviteur. Les procureurs du roi ne sont pas seulement d'honnêtes gens , ce sont encore des gens fort honnêtes. Leur correspondance est civile comme les parties de monsieur Fleurant. Mais on pourrait leur dire aussi comme le malade imaginaire ; ce n'est pas tout d'être civil, ce n'est pas tout pour un magistrat d'être serviteur des gendarmes ; il faudrait être bon , et ami de l'équité.
LETTRE V
Véretz , ia novembre 1819.
Monsieur.
Dans ces provinces, nous ayons nos handêê nôtres, comme vous à Paris , A ce que j'entends dire, Ce sont des gens qui n'assassinent point , mais qui détruisent tout. Ils achètent de grands biens pour, les revendre en détail , et, de profession, décomposent les grandes propriétés. C'est pitié de voir quand une terre tombe dansées mains de ces gena-lâ; elle.se perd, disparaît. Château, chapelle, donjon, tout s'en va, tout s'abîme. Les avenues rasées , labourées de çà , de là, n'en reste pas trace. Oè était l'orangerie s'élève une métairie , des granges , des étables pleines de vaches et de cochons. Adieu bosquets , parterres , gazons, allées d'arbrisseaux et de fleurs; tout cela morcelé entre dix paysans ; l'un y va fouir des haricots , l'autre de la vesce. Le château, s'il est vieux, se fond en une douzaine de maisons qui ont des portes et des fenêtres , mais ni tours , ni créneaux , ni ponMevis , ni cachots, ni antiques souvenirs. Le parc seul demeure entier, défendu par de vieilles lois qui tiennent bon contre l'industrie. Car on ne permet pas de défricher les bois, dans les cantons les mieux cultivés de la France, de peur d'être obligé d'ouvrir ailleurs des routes et de creuser des canaux , pour l'exploitation des forêts. Enfin , les gens
dont je tous parle se peuvent nommer les fléaux de la pio~ priété. Ils la brisent, la pulvérisent, TéparpillentencoiB après la révolution, mal vus pour cela d'un. chacun» On leur prête , parce qu'ils rendent , et passent pour exacts ; mais d'ailleurs on les hait, parce qu'ils s'enrichissent de ces spéculations : eux-mêmes paraissent en avoir honte, et n'osent quasi se montrer» De «tous côtés on leur crie hepp I hêpp! Il n'estai mince autorité qui ne triomphé de les surveiller. Leurs procès ne sont jamais douteux ; les juges se font parties contre eux. Ces gens me semblent bien â plaindre , quelque* succès qu'aient , dit-on , leurs opérations, quelques profits qu'ilç *puisfle»t4fcire« ' " > ! Un de mes voisins , homme bizarre, qui se mêlé de rai* sonner, parlant d'eux l'autre jour disait t Ils ne font de mal à personne, et font du bien à tout le monde; car ils donnent â l'un de l'argent pour sa terre , & l'autre de la terre pour son argent; chacun a ce qu'il lui faut, et le pu** Hic y gagne. On travaille mieux et plus. Or , avec plus de travail, il 7 a plus de prodoits, c'est-à-dire plus de richesse, plus d'aisance commune, et, cotez ceci, plus de -. mœurs, plus d'ordre dans l'état comme dans les familles. Tout vice vient d'oisiveté , tout désordre publie vient du manque de travail. Ces gens donc, chaque fois que simplement ils achètent une terre et la revendent , font bien, font une chose utile, très utile et très bonne quand ils achètent d'un pour revendre à plusieurs ; car aecommodantplus de gens, ils augmentent d'autant plus le travail , les produits , 4a richesse , le bon ordre , le bien de
tous et de chacun. Mais lorsqu'ils revendent et partagent cette terre à des hommes qui n'avaient point de terre , alors le bien qu'ils font est grand ; car ils font des propriétaires , c'est à dire , d'honnêtes gens , selon Côme de Médicis. Jlveo troie aunes de drap fin, disait-il ,je foie un homme de bien $ avec trois quartiers de terre il aurait fait un saint. En effet, tout propriétaire veut l'ordre, la paix , la justice, hors qu'il ne soit fonctionnaire où pense A le devenir. Faire propriétaire, sans dépouiller personne, l'homme qui n'est que mercenaire , donner la terre au laboureur, c'est le plus grand, bien qui se puisse faire en France , depuis qu'il n'y a plus de serfs à affranchir. C'est ce que font ces gens.
Mais une terre est détruite ; mais le château, les souvenirs, les monuments, l'histoire Les monuments se
conservent où les hommes ont péri , A Balbek , i Palmyre, et sous la cendre du Vésuve j mais ailleurs, l'industrie, qui renouvellent tout, leur fait une guerre continuelle. Rome elle-même a détruit ses antiques édifices , et se plaint à tort des Barbares. Les Goths et les Vandales voulaient tout conserver. Il n'a pas tenu A eux qu'elle ne demeurât et ne soit aujourd'hui telle qu'ils la trouvèrent. Mais malgré leurs édita portant peine de mort contre quiconque endommageait les statues et les monuments , tout a disparu , tout a pris une forme nouvelle. Et où en serait-on? que deviendrait le monde, si chaque âge respectait , révérait , consacrait , i titre d'ancienneté , toute œuvre des âges passés , n'osait toucher i
rien, défaire ni mouvoir quoi que ce soit; scrupule de Madame de Harlai , qui , plutôt que de remuer le fauteuil et les pantoufles du feu chancelier son grand-père , toute aa vie vécut dans sa vieille , incommode et malsaine maison. M. de MarceUus chérit, dans les forêts, le souvenir des druides, et, pour cela , ne veut pas qu'on exploite aucun bois , qu'on abatte même un arbre, le plus creux , le plus caduc, tout, de peur d'oublier les sacrifices humains et les dieux teints de sans; de cas bons Gaulois nos aïeux. Ii défend tant qu'il peut , en mémoire du vieux âge , les ronces, les broussailles ,ks landes féodales , que d'ignobles guéréts chaque jour envahissent. Les souvenirs , dit-K>n? est-ce par les souvenirs que se recommandent ces châteaux et ces cloîtres gothiques ? Autour de noua , Chenonceenx, le Plessis*-léir-Tours, Blois, Amhoise, Mattnoutiers * que retracent-ils à l'esprit? de honteuses débauches, d'infâmes trahisons, des assassinats, des massacres , dessupplices, des tortures, d'exécrables forfaits , le luxe et la luxure , et la crasse ignorance des abbés et des moines, et pis encore l'hypocrisie. Les monuments, il faut l'avouer, pour la plupart ne rappellent guère» que des crimes ou des superstitions, dont la mémoire , sans eux , dure toujours assez , et s'ils ne sont utiles aux arts comme modèles , ce qui peut se dire d'un petit nombre , que gagne-t-on à les conserver, lorsqu'on en peut tirer parti pour l'avantage de tous ou de quelqu'un seulement? Les pierres d'un couvent sont-elles profanées , ne sont-elles pas plutôt purifiées , lorsqu'elles i. 24
servent à élever les mors d'une maison de paysan , d'une sainte et chaste demeure , où jamais ne cesse le travail , ni par conséquent la prière? Qui travaille prie.
Une terre non plus n'est pas détruite; c'est pure façon de parler. Bien le peut être un marquisat, un titre noble , quand la terre passe à des vilains. Encore dit-on qu'il se conserve et demeure au sang, i la race , tant qu'il y a race ; je m'en rapporte Prenez h titré, a dit la Fontaine, $t laUssz-moilarsntê. C'est, je pense, é peu pies le partage qui a lieu lorsqu'un fief tombe en roture , malheur si commun de nos jours I Le gentilhomme garde son titre , pour le faire valoir â la cour. Le vilain acquiert seulement le sol , et n'en demande pas davantage , content de posséder la glèbe à laquelle il fut attaché ; il la fait valoir à sa mode, c'est-à-dire par le travail. Or, plus la glèbe est divisée , plus elle s'améliore et prospère. C'est ce que l'expérience a prouvé. Telle terre vendue il y a vingt-cinq ans, est à cette heure partagée en dix mille portions , qui vingt fois ont changé de mains, depuis la première aliénation , toujours de mieux en mieux cultivée ( on le sait : nouveau propriétaire , nouveau travail , nouveaux essais); le produit d'autrefois ne paierait pas l'impôt d'aujourd'hui. Recomposez un peu l'ancien fief, par les procédés indiqués dans le Conssrvmtéur , et que chaque portion retourne du propriétaire laboureur à ce bon seigneur adoré de ses vassaux dans son château , pour être substitua à lu* et à se* hoirs , démêlé *n mâb , à perpétuité; ses hoirs ne laboureront pas, ses vassaux peu.
Plus d'industrie. Tout ce qui maintenant travaille se fera laquais, ou mendiant, ou moine, ou soldat, ou voleur. Monseigneur aura ses pacages et aea Iods et ventes , avec les grâces de la cour. Bientôt reparaîtront les créneaux , puis les ronces et les épines , et puis les forêts, les druides de M. de Marcellus; et la terre alors sera détruite.
Ils ne songent pas , les bonnes gens qui veulent maintenir toutes choses intactes , qu'à Dieu seul appartient de créer ; qu'on ne fait point sans défaire ; que ne jamais dé» traire, c'est ne jamais renouveler. Celui-ei, pour conserver les bois, défend de couper une solive; un autre conservera les pierres dans la carrière; à présent, bâtissez. L'abbé de la Mennais conserve les ruines , les restes de donjons, les tours abandonnées, tout ce qui pourrit et tombe. Que l'on construise un pont du débris délaissé de ces vieilles masures, qu'on répare une 'usine, il s'emporte, il s'écrie : L'esprit do la révolution est émmêm*mont destructeur. Le jour de la création , quel bruit n'e&t» il pas fait? il eût crié : Mon Dieu, conservons le chaos.
En somme , ces gens-ci , ces destructeurs de terres , font grand bien à la terre , divisent le travail , aident à la production , et , faisant leurs affaires , font plus pour l'industrie et pour l'agriculture que jamais ministre , ni préfet, ni société d'encouragement, sous l'autorisation du préfet. Le public les estime peu. En revanche, il honore fort ceux qui le dépouillent et l'écrasent ; toute fortune faite à ses dépens lui paraît belle et bien acquise.
Voilà ce que me dit mon voient. Mais , moi, tous ces discours me persuadent peu. Je ne suis pas né d'hier, et j'ai mes souvenirs. J'ai tu les grandes terres, les riches abbajes ; c'était le temps des bonnes œuvres. J'ai tu mille pauvres recevoir mille écuelles de soupe i la porte de Mar» moutiers. Le couvent et les terres vendues , je n'ai plus vu ni écuelles , ni soupes , ni pauvres , pendant quelques années , jusqu'au régne brillant de l'empereur et roi qui remit en honneur toute espèce de mendicité. J'ai vu jadis 9 j'ai vu madame la duchesse, marraine de nos cloches, le jour de Sainte-Andoche, donner i la fabrique cinquante louis en or , et dix écus aux pauvres. Les pauvres ont acheté aes terres et son château, et ne donnant rien A personne. Chaque jour la charité s'éteint , depuis qu'on songe à travailler , et se perdra enfin , ai la Sainte*» Alliance n'y met ordre.
LETTRE VI
Vérstz , 3o norembre 1819.
Monsieur ,
Il faut mettre de l'encre et tirer atoc soin. Dites cela , je tous prie de ma part , â votre imprimeur, s'il a quelque envie que ses feuilles sortent Ksibles de la presse. Je déchiffre à peine la moitié d'un de voit paragraphes du 2*2 , dfetts lequel je vois bien pourtant que vous louez les Français comme un peuple rempli de sentiments chWtienfc 9 et faites un jtiste éloge de notre dévotion , bonne conduite', soumission aux pasteurs de l'église. Nous vous en som^ mes bien obligés; delà est généreux à vous, dans' Un mô-^ ment où tant de gens nous traitent de mauvais sujet», et appellent pour nous corriger les puissances étrangères Votre dessein , si je ne me trompe , est de faire voir qtlé nous pouvons nous passer de missions , et que,; chez nous, les bons pères prêchent des convertis. Vous dites d'abbrd excellemment : La religion est honorée ; puis vous ajoutez quelque chose que j'eusse voulu pôuVoir lifce , car là matière m'intéresse. Mais dans mon exemplaire , je dis-^ tingue seulement ces lettres, h p. .p. e cro.J 4 p..o ; U~dessus , quoique nous ayons pu faire , moi et tous mëà amis, à grand renfort de kérieleo, comme dit maître Frariçois nous sommes encore à 1 dfevitter si Vous avez; écrit en style d'Atala , le peuple droit et prie y ou , moins poéti-
quement, h peuple croît ( circonflexe) et paie. Voilà sur quoi nous disputons , moi et ces messieurs, depuis deux jours. Ils soutiennent la première leçon ; je défends la seconde y sans me fâcher néanmoins , car mon opinion est probable ; mais , comme disent les jésuites , le contraire est probable aussi.
Mes raisons y cependant, sont bien bonnes. Biais je Yeux premièrement vous dire celles de mes adversaires , sans vous en rien dissimuler ni rien diminuer de leur force. Le peuple croit, disent-ils, cela est évident. U croît qu'on songe à tenir ce qu'on lui a promis ; que tout i l'heure on va exécuter la charte, et il prie qu'on se hâte , parce qu'il se souvient de la poule au pot qu'on lui promit jadis , et qui lui fut ravie par un de ces tours que t agneau enseigne à ceux de la eoeUté (belle expression du père Garasse). Or, le peuple, en même temps qu'on lui présente la charte , aperçoit dans un coin la société de l'agneau et cela l'inquiète.
Il croit que des mandataires vont faire aes affaires. croit bien d'autres choses , car il est fort crédule. D prie les gouvernants de l'épargner un peu , et il croit qu'on l'écoute. En un mot, le peuple est toujours priant et croyant. Croire et prier , c'est son état , sa façon d'être de tout temps; et le journaliste, homme d'esprit, ne peut avoir eu d'autre idée. C'est ainsi qu'ils expliquent et commentent ce passage. Doctement!
Mais je dis : le peuple croit ( avec un accent circonflexe). H croît â vue d'œil , comme le fils de Gargantua
et paie. Ce sont deux rentes que le journaliste , en ce peu de mots , a heureusement exprimées. Le peuple croit et multiplie; se peut-il autrement? tout le monde se marie. Les jeunes gens prennent femme dés qu'il pensent savoir ce que c'est qu'une femme. Peu font vœu de chasteté , parce qu'un pareil vœu eeni le libertinage , ou plutôt , on sait aujourd'hui qu'il n'y a de chasteté que dans le mariage. Aussi les filles n'attendent guéres. Autrefois , dans ce pays , une mariée de village avait rarement moins de trente ou trente-cinq ans. A cet âge maintenant elles sont toutes grand'méres , et fort éloignées de s'en plaindre. On ne craint plus d'avoir des enfants , depuis qu'on a de quoi les élever, et même de quoi les racheter quand le gouvernement s'en empare. Chaque paysan presque possède ce que nous appelons gaulée de benaee , un ou deux arpents de terre en huit ou dix morceaux , qui , labourés , retournés , travaillés sans relâche , font vivre la famille. C'est un grand mal que cela. Mais on y va remédier. On va recomposer les grandes propriétés pour les gens qui ne veulent rien faire. La terre alors se reposera. Chaque gentilhomme ou chanoine aura, pour sa part, mille arpents, i charge de dormir; et s'il ronfle, le double.
Ce qui fait aussi que le peuple croit , c'est qu'en tout , on vit mieux à présent qu'autrefois. On est nourri , vêtu, logé bien mieux qu'on ne l'était , et les mœurs s'améliorent avec le vivre physique. Moins de célibataires , moins de vices, moins de débauche. Nous n'avons plus de couvents : détestable sottise qui se pratiquait jadis , de tenir
eAsemble enfermés, contre tout ordre de nature, des maies sans femelles, des femelles sens mâles , dans l'oisiveté du eloifcre, où fermentait une corruption qpi , se répandant an dehors, de proche en proche, infectai* tout. Dieu sans doute ne permettra pas que ceux qui , chea pous, veulent rétablir de pareils lieux d'impureté, réussissent dans leurs desseins. Nos péchés , quelque grands qu'il soient, n'ont pas mérité ce châtiment; notre orgueil , cette humiliation. Il en faut convenir pourtant ; os savait une chose curieuse à voir parmi ce peuple actif, laborieux, dont chaque jour l'industrie augmente, les travail* se multiplient , et dont par conséquent la morale s'épure, car l'un suit l'autre; ce serait un bizarre contraste, qu'au milieu d'un tel peuple, un3 société de gens faisant vœu publ iquement de fainéantise et de mendicité, si l'on ne veut dire encoure , et d'impudicité.
Parmi les causes d'accroissement de la population , il ne faut pas compter pour peu le repos de Napoléon. Depuis que ce grand homme est là où son rare génie l'a oon* duit, s'il eût continué de l'exercer , trois millions de jeunes gens seraient morts pour sa gloire , qui ont femme et enfants , maintenant ; un million seraient sous les armes, sans femme, corrompant celles des autres. Il est donc force, en toute façon, que le peuple croisse; ainsi fait-il , ayant repos , bien* et ch*wmoe+, peu de soldatset point de moines.
À présent, je dis le peuple paie , et nul ne me eon» tredira. Si ce n'est là , Monsieur , ce que vous avec
écrit , c'est oc qu'il fallait écrin , pour n'avoir point de dispute. Le peuple prie, est .une thèse im<peu sa*jette à eocameru Le peuple paie r est un axiome de tomrteinps r ds tous pays * de tant gouvernement. Mais le peuple français sur ce point se distingue entre tous , et se pique'de payer largement? d'entretenir magnifiquement cou qui prennent soin de ses affaires, de quelque nation , condition, mérité on qualité qu'ils soient; audn n'en niai** qno^^il jamais. Quand tous ses gouvernants s'en allé* sent un; jour,, croyant hià faire pièce et le laisser en peine , d'autres se présenté vent qu'on ne demandait pas , et s'impatrônâsèrent; puis les premiers revenant comme on y pensait: le moins ( avec quelques voisins ) ,■ grand conflit , gvand débat , que le peuple accommoda , en les payant tons ^ et tous cens, qui s'étaient mêlés de l'affaire; tant il est de bonne nature ; peuple charmant., léger , volage , muable, variable , changeant,. mais toujours paycAt. Qui l'adit? Je ne sais, Bonaparte ou quelque autre : le peuple est fait pour payer; et lises U-dessns, si vous eiu êtes curieux, m* chapitre du testament de ce grand- cardinal de Richelieu, dans lequel il examine , en profond politique et en homme d'état, cette importante question : Jneyu'd fwelpoim on doit permettra que le peqpieooit à son mue Tropdiaiso le rend insolent; il faut lé faire payer pous lui' ôter ce trop d'aise. Trop peu l'empêche de payer ; il font lui- laisser quelque chose , comme aux abeilles on> laisse du miel et de la cire. Il lui faut même encore , sans quoi il ne travaillerait, n'amasserait, ni ne paierait, un
peu de liberté. Nais combien ? c'est-là le priât. IL Deeues nous le dira. En attendant nous hri payons , bon en mal an, neuf cent millions, et s'il payait en tout ce qu'on loi demande, il anmit bien moins de relies.
A Trai dite aussi, on le chicane sur remploi de ces neuf cent millions. Le meilleur usage qu'il en put faire, ce serait, selon moi, de les jouer an biribi, ou d'en entretenir des nymphes d'opéra, à l'insu de madame la comtesse. Gela serait tout-à-fait dans le bel air de la cour, et vaudrait mieux pour nous que de le voir donner notre argent i des soldats qui communient et nous dans les rues, qui escortent la procession et noua pent le nez en passant; i des juges qui appliquent kt loi si rudement aux uns, si doucement aux antres; i des prêtres qui ne nous enterrent que quand nous mourrons à leurfuise et en restituant. Il arriverait que bientôt, ne comptant plus sur ces gens-là, nous essaierions de nous en passer, de nous garder, de nous juger, de nous enterrer les uns les autres, et, en un besoin, de nous défendre nous-mêmes sans soldats; seul moyen, ce dit-on, d'être bien défendus, et tout en irait mieux. La cour passerait le temps gaiement;, sans s'embarrasser de contenter les puissances étrangères. Voilà le conseil que je donne à M. Decases , par la voie de votre journal. Mais M. Decases ne vous lit point} il travaille avec Mademoiselle.
Au reste, il est bien vrai , Messieurs , et tous avex rai-
son de le dire, que nous sommes un peuple religieux r et plus que jamais aujourd'hui. Nous gardpns les commandements de Dieu bien mieux depuis qu'on nous prêche moins. Ne point voler , ne point tuer , ne convoiter la femme ni l'âne , honorer père et mère , nous pratiquons tout cela mieux que n'ont fait nos pères , et mieux que ne font actuellement , non tous nos prêtres , mais quelquesuns revenus de lointain pays. Aortminl à courir le monde devient- on plu* homme de bien $ mais un ecclésiastique , dans la vie vagabonde , prend d'étranges habitudes. Messire Jean Chouart était bon homme , tout à son bréviaire, i ses ouailles 9 il était doux , humble de cœur , secourait l'indigent, confortait le dolent , assistait le mourant ; il apaisait les querelles , pacifiait les familles : le voilà revenu d'Allemagne ou d'Angleterre , espèce de hussard en soutane , dont le hardi regard fait rougir nos jeunes filles , et dont la langue sème le trouble et la discorde ; hardi ,
querelleur , cherchant noise ; c'est un drôle qui n'a pas peur , tout prêt k faire feu sur les bleus , au premier signe de son évêque. Tels sont nos prêtres de retour de l'émigration. Us ont besoin de bons exemples et en trouveront parmi nous. Mais si nous sommes plus forts qu'eux sur les commandements de Dieu , ils nous en remontrent i leur tour sur les commandements de l'Église , qu'ils se rappellent mieux que nous , et dont le principal est , je crois | donner tout son bien pour le Ciel. Voué me demandez y disait ce bon prédicateur Barlette , comment on va en paradis ? les cloches du couvent vous le disent :
( 380 ) donner, donnêt,ditnnex. Le lrtiftdtr moine est joli. Vo* qnaritiéàme , fratrot corùrimi, attontodo ttur ad para- 1 dirum? hoto dioimt àobi* campante montuterU, dando, dando , dando.
LETTRE VH.
Vèretx 9 90 décembre 1819»
Monsieur,
Chacun ici commente à sa manière le discours royal d'ouverture. [Il y a des gens qui disent : On ne restaure [Joint un culte. Les ruines (Tune maison, c'est le mot du bonhomme , se peuvent réparer , non les ruines d'un culte. Dieu à permis que l'église romaine, depuis le temps de Léon X ; déch&t constamment jusqu'à ce jour. Elle ne périra point , parce qu'il est .écrit : Les partes de Fenfkr* .... ; mais sônt-ce nos ministres qui la doivent relever avec le télégraphe , ou M. de Mardellu» tfvèe tjtiéltyiiës gtl L nmoep ? Pow restaurer le paganisme i Rome , les empei*ui* firent tout ce qu'ils pureat, et ils pbuvaieat béau T coup i ils n'en Tinrent poip t à bout.Maxie, en Angleterre,et d autres souverains r essayèrent aussi de restaurai l'ipcien culte ; ils n'y réussirent paa, et «même , compie on sait* mal en prit à quelques-uns. En jpatiéie de relk gion , ainsi que de langage , le peuple fait la toi , le peuplé de tout temps a converti les rois. Il les a faits chrétiens de païens qu'ils étaient,de chrétiens o*tholiques,schi# matiquea , hérétiques $ il les fqra raisonnables, s'il le devient lui-même ; il faut finir par là.
D autres disent : D y aurait moyen , si on le voulait tout de bon , de rallumer le zèle dans les ceaurs un peo tiédea pour la vraie religion , |e moyen qerait de la persécuter : infaillible recette , éprouvée, mille fois, ft même
de nos joins. La religion doit plue uns gens de j^Squ 9 * ceux de i8i5. Si elle languit encore, et s'il finit un pet d'aide an culte dominant, comme l'assurent les ministres, la chose est tonte simple ; an lien de gager les piètres, mettes-les en prison et défendes In messe ; demain le peuple sera dévot, autant qu'il le peut être à présent qu'il travaille; car l'abbé de la Mennais a dit une vérité : Le mal de notre siècle r en fait de religion,. œ n'est pas l'hérésie, Terreur , les busses doctrines ; c'est bien pis, c'est 1' différence, la froide indifférence a gagné toutes sas, tous tes individus , sans même en excepter Fabbé de ai Mennais et d'autres orateurs de la cause ancrée nes'en*oucâmtpesptus,et lelontasscs voir. Ces de l'autel nesen app r ochen t guère : Jm ne
au? JfUms. Quel est le eoeneateurde hL de ? Cettes ceux qui
de passer pour dévots , d'abuser qui ce soit :3s
Cevt toi qui ras nommé , docte abbé: notre mal est le , 1 Indiierence pour la religion. H en a lait un livre, ces médecins qui o maladie dont eux-mêmes sontatteints, et ei dantant mieux. D dit en un endroit, et j'ai
4* mUê yuan ne rfiinarff nlur, eu «I •*• m flw* de sels. Je trouve , y que Ton dispute asscs et que k nèle
pas ; mais depuis quelque temps il a changé d'objet : car même , dans ce qui s'écrit sur la religion maintenant , de quoi est-il question ? De la présence réelle ? en aucune façon. De la fréquente communion ? nullement. De la lumière du Thabor, de l'immaculée conception , de l'accessibilité, de la consubstantialité du père et du fils ? aussi peu. De quoi donc s'agit-il ? du revenu des prêtres , des biens Tendus , de la dîme et des bois du clergé , soit futaies ou taillis : voilà de quoi l'on dispute. Ajoutez-y les donations , les legs par testament , l'argent , l'argent comptant , les espèces ayant cours. Voilà ce qui enflamme le zèle de nos docteurs , voilà sur quoi on argumente ; mais de Canin, pae un moi. Du dogme' , on ne dit rien ; il semble que là-dessus tout le monde soit d'accord ; on s'embarrasse peu que les cinq propositions soient où ne soient pas dans le livre de Jansénius. Il est question de savoir si les évéques auront de quoi entretenir des chevaux, des laquais, et des
On demandait naguères an grand-vicaire de S... : Quels sont vos sentiments sur la grâce efficace, sur le pouvoir que Dieu nous donne d'exécuter les commandements ? Comment accordez-vous , avec le libre arbitre , le mandata impoteibilia volentibu* et eonantitue ? Que pensez-vous de la suspension du sacrement dans les espèces , et croyez-vous qu'il en dépende , comme la substance de l'accident? Je pense, répondit-il en colère , je pense 4 ravoir mon prieuré , et je crois que je le raurai.
C'estun homme à connaître que ce grand vicaire de S...,
homme de bonne maison, d'excellente cnmpagnsa. On dît bien , l'air aisé ne se prend qu'A l'armée. U a tolii le monde ! sa fie est un roman. Ceat loi dont Favenfane, • Londres, fit du brait, quand m jeune pénitente , belle fiUeviaimeiit,époum le comte d***, officier de cavalerie. Au boot de quinze jouis, la voilà qui aceoucue» Le mari se ficha; demandez-moi. pourquoi, et l'abbé s'en alfe,narprudenc*,en Bohême. LA, on le fit d'un xégunent de Croates. Cette vie lui convenait. Si gaillard et dispos, se tenant aussi bien i cneval qu a Me, a disait bravement m mrssri sur un lamliim , et ne pouvait souffrir que de jeunes offi ci a s mstamant sans mitante , lorsqu'il connaissait des filles mite uses qui n'avaient point d'amant; obligeant, bon a tout ; laquarftier-maHre un jour le prend pour secrétaire. Fort peu de temps anses, la caisse se trouva, non comme la péni- Jcnte. Bref, l'abbé s'en alla encore cette fois ; ai de retour en France, depuis quelques années, il ypffêcb nés mesura et la restitution.