‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 27 · MONSEIGNEUR LE MINISTRE · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR LE MINISTRE

Monseigneur ,

Les persécutions que j'éprouve , dans le département d'Indre-et-Loire , seraient longues à raconter. En voici, les principaux traits.

Le 13 décembre dernier, on coupa et enleva , dans ma forêt de Larçai, quatre gros chênes balivcatfx de quatrevingts ans. Mon garde fit sa plainte légale , et requit le maire de Véretz, de permettre , suivant la loi , la recherche des bois volés. On savait où ils étaient. Le matrç s'y refusa malgré la lecture qu'on lui fit de la loi qui l'oblige , sous peine de destitution, d'accompagner luimême le garde dans cette recherche. Tout cela est constaté par des procès-verbaux.

Quelque temps après , les mêmes gens coupèrent , dans la même forêt, dix-neuf chênes les plus gros et les plus beaux de tous. Procès- verbal fut fait, plainte portée au

(102) maire et an procureur du Roi , qui menaça dé ta surveillance , non les voleurs , maïs le garde et moi.

Dernièrement , on a encore coupé , dans la même forêt, an seul gros baliveau de soixante et quinze ans. On a tenté de mettre le feu en différents endroits. Les auteurs de ces délits sont connus, et non-seulement nulle poursuite n'a été faite contre eux, mais on s'oppose constamment à la recherche légale des bois enlevés.

Le nommé Blondeau , l'un de mes gardes , est chargé par moi , cette année , de différentes exploitations que je fais faire par nettoiement. On l'a laissé abattre et façonner tout le bois , mais au moment de la vente , on le fait condamner , sons les plus absurdes prétextes , à an mois de prison , sans grâce ni délai. Le voila ruiné totalement , et moi , en partie. On l'accuse dans le procèsverbal fait contre lui , en apparence , mais réellement contre moi , d'avoir dit a M. le maire (dont il a une peur mortelle), alliez vont faire f..... C'est là le crime qu'on lui suppose, et pour lequel on va détruire toute l'existence et la fortune d'un père de famille de soixante ans, qui a toujours vécu sans reproche.

Je ne vous parle point, Monseigneur, des procès lisibles qu'on me fait , dans lesquels je succombe toujours. Chaque fois que je suis volé , je paie des dommages et intérêts. Si on me battait, je paierais l'amende. On menace maintenant de me brûler. Si cela arrive, je aérai conilamné a la peine des incendiaires.

Ce n'est pas qu'on me baisse dans le paye. Je vis

seul et n'ai de rapports ni de démêlés avec personne. Tout cela se lait pour faire plaisir à M. le maire et à MM. les juges, i M. le procureur do Roi et à M. le préfet, gens que je n'ai jamais tus et dont j'ignore les noms.

Enfin il est notoire , dans le département, qu'on peut me voler , me courir sus , et chaque jour on use de cette permission. Je suis hors de la loi pour avoir défendu avec succès des gens qu'on voulait faire périr, il y a deux ou trois ans. Voila, disent quelques-uns, le vrai motif du mal qu'on me fait à présent.

Je supplie votre Excellence d'ordonner que tous ceux qui me pillent, ou m'ont pillé , soient légalement poursuivis , et qu'on me laisse en repos i l'avenir. C'est malgré moi que j'ai recours à l'autorité quand les lois devraient me protéger. Mais la chose presse, et je crains que mes^ bob ne soient bientôt brûlés.

Je suis avec respect, Monseigneur ,

de votre Excellence, Le très humble et obéissant serviteur.

Paru , le 30 mars 1819.

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