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répugnance qu'elle en eût , toute la gauche, et par là de se montrer aux yeux du peuple comme le chef de la révolution, puisqu'il était d'accord avec les révolutionnaires ; — le second, de placer la majorité dans la triste alternative ou d'être entièrement subalternisée, déconsidérée, si elle suivait le président, ou de donner elle-même le signal de la guerre civile , si elle persistait. A lui le beau rôle , à elle le personnage odieux. Ce dernier parti était le pire, puisque la majorité se prononçant pour le maintien de la loi, sacrifiant à une question de dignité toutes les chances de sa cause, et le président refusant de prêter main-forte à. ses décrets, dans ce conflit entre la monarchie et la démocratie, Louis Bonaparte apparaissait à la fois, au peuple, comme le défenseur de son droit, à la bourgeoisie, comme le protecteur de ses intérêts.
Ce fut pourtant ce parti que choisit la majorité. L'histoire flétrira ces intelligences décrépites, ces consciences impures, qui préférèrent à une réconciliation avec la gauche le risque des libertés, et qui, dans une situation aussi nette, pouvant d'un mot annuler la fortune de Bonaparte, travaillèrent de tout leur pouvoir, de toutes leurs roueries, au triomphe de l'homme qu'elles haïssaient.
Du 4 au 30 novembre 1851, l'action marche avec une prestesse militaire. L'Elysée propose, dans son message, le rappel de la loi du 31 mai : la Montagne appuie. L'Elysée s'abstient de voter sur la loi municipale : la Montagne l'imite. L'Elysée, s'emparant du système d'abstention, recommande aux électeurs de ne se pas présenter aux comices de Paris : la démocratie, engagée par ses précédents, s'abstient également. L'Elysée enfin repousse la proposition des questeurs : la Montagne vote comme lui. La Montagne et l'Elysée font corps, la fusion paraît complète.
On a critiqué ce dernier vote des montagnards : à mon avis, c'est sans justice. Déjà ils étaient dominés, absorbés : une voltefece du côté de la majorité n'eût servi qu'à rendre la situation plus compliquée, plus périlleuse , sans rien enlever de ses avantages au président.
Par la proposition de rappel, ne l'oublions pas, Bonaparte était devenu le défenseur armé du suffrage universel ; la faveur du peuple pour lui, en ce moment, était au niveau du 10 décembre 1848. Lui ôter le commandement de l'armée, et livrer
ce commandement au général Changamier, à la eontre-révolution, c'était pour la Montagne une inconséquence qu'expliquait sans doute la haine de l'homme, mais inexcusable devant la logique. Or, c'est la logique qui mène les affaires ; le sentiment n'y est qu'une cause de déception. On a dit que, le président renversé, la Montagne aurait eu bon marché d'ime majorité impopulaire. Peut-être : le 2 décembre a fait voir comment l'armée observe la discipline, et Changamier, armé d'un décret de l'Assemblée, n'eût pas moins fait de besogne que Saint- Arnaud. Mais qui ne voit que , si la Montagne se fût tournée contre le président, le président, résolu à ne pas céder, se serait insurgé au nom du suffrage universel contre l'Assemblée, que le peuple se serait joint à celui qui portait le drapeau de ses droits, que la Montagne n'aurait pu suivre jusqu'au bout les conséquences de son vote et aurait fini par se rallier ^ Bonaparte, qu'alors son inconséquence eût éclaté au grand jour, et que, victorieuse ou vaincue en compagnie de FÉlysée, elle perdait, avec sa dignité, le fruit du sa tactique î
Pour moi, je partage entièrement l'opinion exprimée par Michel (de Bourges) et Victor Hugo. Ils ne pouvaient pas, comme ils l'ont dit, armer la loi du 31 mai, la contre-révolution ; ils ne pouvaient , sans abandonner la politique des principes pour celle des personnalités, mettre à ce point leur conduite en opposition avec leurs paroles. Le rejet du rappel de kL loi du 31 mai et la proposition des questeurs étaient deux actes solidaires, que le bon sens défendait de scinder. Autant, par la proposition de l'Elysée, on rentrait dans la constitution, autant, par celle des questeurs, vraie escobarderie, on en sortait. Voter aujourd'hui pour le suffrage universel, c'était prendre l'engagement de voter demain contre l'érection d'une dictature en opposition à la présidence : tout le malheur de la Montagne, dans cette occasion, a été de ne pas embrasser résolument la situation qui lui était faite, d'accepter, telle quelle, son alliance du moment avec l'Elysée, et d'en poursuivre jusqu'au bout les conséquences.
Mais les passions trop animées, les ressentiments trop acres ne laissaient plus de place à la réflexion. A partir du 17 novembre, les rôles sont complètement intervertis, au détriment ! de la majorité et sans bénéfice pour la Montagne. Au lieu de .îBub^ltepnisef la première, l'Elysée traîne à ^a remorque la
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leconde, et comme il n'est l'allié d'aucune, il les domine toutes deux. La gauche sentait parfaitement ce qu'avait de fâcheux pour elle son attitude : ses orateurs et ses journaux n'épargnèrent rien pour établir leur indépendance , se séparer de la politique présidentielle, etc. Ces apologies récriminatoires ébdent, dans la circonstance, fort inutiles, par conséquent elles étaient une faute de plus. Les démocrates, suivant leur habitude, par excès de scrupules, se perdaient. En politique , alors surtout qu'on opère sur l'intelligence bornée des masses, alors que les questions multiples et complexes tendent à se résumer en une formule simple , il n'y a que les faits qui comptent, le mérite des individualités est zéro. La Montagne tombait dans le piège où s'était prise la majorité. Au lieu de faire une opposition toute personnelle à Louis Bonaparte, elle n'avait qu'à se taire et se tenir prête à partager avec lui le fruit de la victoire. Ne valait-il pas mieux, je raisonne ici, comme Thémistocle ou Machiavel, au point de vue de l'utile, que Michel (de Bourges) fut ministre d'État ou président du conseil le 4 décembre, que d'aller à Bruxelles, dans un exil sans gloire, pleurer l'erreur de ^invisible souverain?* Je sais bien que le peuple, sarcastique et goguenard, commençait de traiter les montagnards de sénateurs ^ et qu'ils ne pouvaient, sans se démentir, tolérer de si injurieuses suppositions. Leur susceptibilité sera un trait de plus de la bonhomie de notre époque. César s'inquiétait peu des plaisanteries de ses soldats. Restez chez vous, âmes vertueuses ; donnez à vos femmes et à vos enfants l'exemple quotidien de la modestie et du parfait amour ; mais ne vous mêlez pas de politique. Il faut, demandez à ceux de 93, une conscience large, que n'effarouche point à l'occasion une alliance adultère , la foi publique violée, les lois de l'humanité foulées aux pieds, la constitution couverte d'un voile , pour faire la besogne des révolutions...
Si la pensée du 24 février fut sans comparaison plus grandiose, plus généreuse, plus élevée que la fatalité du 2 décembre, il s'en faut qu'elle portât avec elle un aussi profond enseignement. Qu'un gouvernement s'affaisse sous Je dégoût public; qu'une démocratie se montre à son début pacifique, conciliatrice, pure de violence, de mensonge et de corruptior qu'elle pousse la délicatesse jusqu'à la minutie, le respect IpprsQnnes, de^ ppiniqns pi des iiitérèta jusqu'au sacrifice d'
même ; tout cela , produit d'une civilisation déjà avancée, ma- j tiére à poésie et éloquence, comme dit Juvénal : Ut pueris placeas et declamatio fias, très-bon à rapporter dans la Morale en action^ n'a rien de grave pour l'esprit, rien de philosophique.
Mais qu'un homme, dans l'état de délabrement où était tombé Louis-Napoléon avant le 2 décembre, président en partance, n'ayant depuis son élection, absorbé qu'il était ou couvert par ses ministres , rien fait qui fît valoir sa personne, contrarié, contredit, abandonné par ses fidèles , surveillé par tous les partis, n'ayant de recommandation que celle d'un oncle mort aux îles, il y avait de cela trente -deux ans! que cet homme, dis-je , seul et contre tous, avec des moyens connus, et l'aide de deux ou trois affidés jusqu'alors profondément obscurs, tente un coup d'État et réussisse : voilà ce qui, mieux qu'aucun événement, montre la force des situations et la logique de l'histoire. Voilà sur quoi nous devons, républicains, profondément réfléchir, et qui doit nous mettre en garde pour la suite contre toute politique subjective et arbitraire.
Qu'on répète tant qu'on voudra que le 2 décembre a été un guet-apens, un acte de brigand, où l'armée s'est montrée féroce, le peuple lâche, le pouvoir scélérat, tout cela ne fait qu'embrouiller l'énigme. Certes, il fallait être un peu l'homme de Strasbourg et de Boulogne pour accomplir le 2 décembre; mais, en accordant à l'événement tous les caractères qu'on lui donne, il reste toujours à expliquer ceci : Gomment celui qui échoua si misérablement à Boulogne et à Strasbourg, dans des circonstances qui, d'après nos mœurs insurrectionnelles, ne pouvaient que lui concilier une certaine estime, réussit à Paris dans des conditions odieuses; comment, à point nommé, le soldat, si sympathique à l'ouvrier, sous prétexte de discipline, s'est montré impitoyable ; comment le peuple a été lâche, plus lâche que le gouvernement renversé par lui en 1848; comment, un matin, il s'est pris de haine pour la liberté, de mépris pour la constitution et d'adoration pour la force!
Il est certain, quoi qu'on ait dit du courage de l'année au 2 décembre, que ce courage a été singulièrement excité par la défection complète, disons mieux, par l'adhésion formelle du peuple. Il est certain qu'un moment, le 3 et 4, il suffit d'une poignée d'insurgés pour rendre douteux le coup d'État, et que si, à cette heure, le peuple, remplissant les rues, avait magné-
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tisé le soldat, la chance tournait contre Louis Bonaparte*
La masse, il faut Tavouer, parce que cela nous est encore plus honorable que de le taire, la masse, en haut et en bas, a été complice, ici par son inaction, là par ses applaudissements, ailleurs par ime coopération effective au coup d'État du 2 dé* cembre. Je l'ai vu, et mille autres, aussi peu suspects de bonapartisme, l'ont vu aussi : ce n'est pas la force armée, c'est le peuple, indifférent ou plutôt sympathique, qui a décidé le mouvement en faveur de Bonaparte.
La bataille était gagnée avant d'être livrée. Depuis trois ans la révolution méconnue, outragée, mise en péril, appelait un chef, je veux dire par là, non plus un écrivain, un tribun, elle en avait de reste; mais un homme en position de la défendre. Bonaparte n'avait à répondre que ces deux mots : Me voila I £h bien, ces deux mots , il les a dits , et comme en politique les intentions ne sont rien, les actes tout; comme depuis un mois, Bonaparte faisait acte révolutionnaire, la révolution l'a pris au mot. Elle lui a donné la victoire, sauf plus tard à compter avec lui.
Comment, direz-vous, le peuple, au lieu de de crier : Vive le roi! ou Vive la ligue! n'a-t-il pas crié: Vive moirmême? comment, en soutenant d'une main le suffrage universel avec Bonaparte, n'a-tril pas défendu, de l'autre, contre Bonaparte, la constitution t — Comment? Vous connaissez peu la multitude; l'histoire ne vous a point initié à sa psychologie.
Rien n'est moins démocrate, au fond, que le peuple. Ses idées le ramènent toujours à l'autorité d'un seul , et si l'antiquité et le moyen âge nous ont transmis le souvenir de quelques démocraties, on trouve, en y regardant de près, que ces démocraties résultaient bien plus de la difficulté de poser le prince que d'une intelligence véritable de la liberté.
A Athènes et dans toute la Grèce, les annales de la démocratie ne présentent guère qu'une série d'usurpations, qui, ne parvenant jamais à se légitimer, à fonder des royautés, basiléiaSy comme en Orient, étaient appelées tyrannies, dominations.
A Rome , lorsque l'institution antique des patronages et des clientèles eut été anéantie, et que la plèbe, sous la conduite des tribuns, eut triomphé du patriciat, personne n'eut garde de comprendre que ce qui restait à faire pour assurer la liberté, c'était, après une loi agraire et une autre sur l'usure, une insti-
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tution de garantie contre le cumul et la centralisation des pouvoirs. Une telle idée était prématurée pour Pépoque; l'humanité était réservée pour d'autres destins. Jules-César, héritier des Gracques, fut donc créé dictateur perpétuel, et la même dignité continuée, sous le nom de principat, à Octave et à ses succès* seurs ; la constitution de la république fut remplacée par la constitution impériale. Le peuple eut du pain et des jeux; mais ce fut fait de la liberté...
Dix-huit siècles se sont écoulés depuis cette révolution, lorsque le peuple français, ayant aboli ses institutions féodales, se trouve dans la même situation que celui de Rome. Que font alors les chefs populaires ! Toujours pleins du même préjugé, ils font décréter, sous le nom de république une et indivisible, un gouvernement plus savamment concentré que l'ancien, et qui faisait dire aux émigrés : « La royauté existe toiyours en France : il n'y manque que le roi. » Aussi la royauté ne se fit pas attendre : après quelques années d'agitation, le pouvoir tomba, aux acclamations de la foule , aux mains de Napoléon...
En 1848 , la centralisation créée par la république , l'empire et la monarchie constitutionnelle, tendait à se dissoudre, quand tout à coup la dénfocratie âe trouva de nouveau maîtresse des choses. Alors, comme si l'analogie des situations devait ramener perpétuellement les mêmes antinomies, l'influence rendue au peuple eut de nouveau pour résultat, non pas de remplir le vœu des classes moyennes, en poussant à la décentralisation, mais de réveiller la pensée d'une dictature. Les journées des 17 mars, 16 avril, 15 mai n'eurent pas d'autre but; enfin, aux journées de juin, la dictature fut instituée en la personne du général Cavaignac, l'homme qui l'ambitionnait le moins, contre ceux qui la voulaient le plus. L'exemple, couvert du prétexte de salut public, ne fut pas perdu : en 1849, nouvel essai de dictature, et toujours contre la démocratie, qui, dès ce moment, préparant sa revanche pour 1852, ne caressa plus d'autre idée.
A la date du 2 décembre, les masses, fatiguées, aussi incapables de délibération que d'initiative; la bourgeoisie inquiète, aimant à se reposer sur un chef complaisant de la garde de ses intérêts ; tous les partis étaient préparés pour cette grande mesure, dont on espérait des résultats décisifs. Du côté des répu« bUcains, ce qui distinguait les hommes d'action des endorme^T^t