‹ Œuvres complètesChapitre 11 sur 39 · LB 2 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LB 2 DÉCEMBRE

c'est que les premiers voulaient procéder par une dictature énergique^ tandis que les seconds prétendaient qu'on se renfermât quand même dans la constitution.

Ajoutons que les idées monarchiques, reproduites chaque jour avec une publicité insultante, aidaient singulièrement à la marche de l'opinion dictatoriale. Le principe d'autorité admis par les royalistes comme nécessaire, par la démocratie comme transitoire, la pensée en ce moment était une : on ne différait que sur les mots. Des deux côtés, le pouvoir personnel, l'auto* rite d'un seul apparaissait comme organe logique et moyen indispensable de solution. Aussi bien, sur la fin de 1851, n'étaitil plus question de réformes, d'améliorations quelconques. Il s'agissait, avant tout, de se battre. Tous les partis armaient, fabriquaient de la poudre, captaient la faveur des militaires. Pour les uns, le dictateur futur était Changamier, pour les autres Ledru-RoUin ou n'importe qui. La situation, que tout le monde avait faite , mais avec laquelle personne ne comptait, voulut que ce fût Bonaparte.

Le 2 décembre au matin, une proclamation, affichée dans la nuit, apprend aux Parisiens à peine éveillés « que l'assemblée nationale est dissoute, le suffrage universel rétabli, le peuple convoqué dans ses comices à l'effet de déclarer, par oui ou par non, s'il adhère au coup d'État, et s'il autorise Louis-Napoléon à faire une constitution sur les bases de celle de l'an VIII et d'après les principes de 89. » Le tout appuyé d'un nombre de canons et d'une force armée respectable.

Telle est en substance la proclamation. Le surplus, on peut le considérer comme verbiage, eau bénite de cour, phrases de circonstance, parfois même inconsidérées. Le rappel de la constitution de l'an VIII, par exemple, trahissait une préoccupation personnelle, et faisait tache au tableau. Mais n*y a-t-il pas de taches au soleil! Et puis, qu'importait au peuple la constitution de Tan VIII, plutôt que celle de l'an II, plutôt que celle de Tan III î Est-ce que la société écrit ses constitutions! deman» dait M. de Maistre. Le peuple ne les lit pas davantage.

Or, voyez comme tout cela tombe d'à-propos :

Bonaparte dissout l'assemblée par la force : voilà Vhomme d'action, le dictateur!

Bonaparte en appelle au peuple ; voilà le suffrage xjniver^

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