SITUATION DE LA FRANGE AU 24 FÉVRIER
Le 24 février 1848, une poignée de républicains, franchisit les limites de la protestation bourgeoise , renverse le Ir6iie et dit au peuple. : Sois libre!
C'était hardi, cela aurait été sublime, si, avec moins de moiération et d'honnêteté, je le ferai voir tout à Theure, avec ^oins d'égards pour les préjugés du pays, avec moins de reli- Igion démocratique, les auteurs de ce coup de main, tenant ^us de compte de leur position que de leur principe, avaient toulu profiter de leur succès pour engrener la Révolution, du'ils sachent tous, néanmoins, qu'en rappelant ici leur timi* dite, je ne leur en fais aucun reproche, et puissent-ils euxmêmes n'en éprouver pas plus que moi de regret ! Au lieu de iprésumer, comme d'autres, la vcdonté nationale, ils ont préféré l'attendre ; leur premier acte a été de mettre en pratique la théorie qu'ils venaient de faire triompher, au risque d'en perdre bientôt, par l'incapacité de la multitude, tout le fruit : aucun blâme ne peut les frapper. Et si, en présence des faits qui ont suivi, on se prend à regretter, par moments, que des chefs populaires aient poussé aussi loin la foi politique, ces mêmes faits, nécessaires d'ailleurs à l'éducation nationale, ne font que relever davantage leur vertu.
Que signifiait cependant dans la bouche des hommes de février cette parole si vaste, adressée au peuple, Sois libre ? \ quelles étaient les chaînes que nous avions à rompre, le joug , qu'il fallait briser, l'oppression dont nous devions disperser les I ressorts! sur quoi portait enfin cette effusion de liberté qu'on umonçaiti
Car toute révolution est, par essence, négative : nous verrons même qu'elle ne peut ni ne doit être jamais que cela. Celle de 89, dans ce qu'elle a eu de décisif, de réel et d'acquis, n'a pas été autre chose. Y avait-il donc pour nous matière à négation, en février! restait-il quelque chose à abolir, ou bien n'avions-nous qu'a améliorer! Dans le premier cas, pourquoi cette abstention du Gouvernement provisoire! dans le second, pourquoi avoir chassé Louis-Philippe, et que signifiait la Répu-^ blique! Ou les chefs de la Démocratie trahissaient, en gardant \ le statu que, leur mandat; ou bien ils avaient agi sans mandat, et il ne fallait voir en eux que des usurpateurs : impossible, ce semble, d'échapper à ce dilemme. ...^...Googlç ^^ "^
C est ici que commence le martyre des fondateurs de la Ké-
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publique : car, comment supposer qu'ils aient ignoré le but de leur entreprise! Mais ils n*ont pas osé, ils ne pouvaient pas oser!... De là, Fappel au peuple, et ses tristes résultats.
Il existait en France, au 21 février :
1» Un cUvgè organisé, comprenant environ 60,000 prêtres et autant d'individus des deux sexes répartis dans les maisons religieuses; disposant de 300 millions de propriétés, sans compter les églises, biens curiaux, le casuel, le produit des dispenses , indulgences , collectes , etc. ; organe , présumé indispensable, de la morale publique et privée, exerçant à ce titre sur tout le pays une influence occulte, d'autant plus redoutable par cette raison, et en bien des cas irrésistible.
2« Une armée de 400,000 hommes, disciplinée, dépaysée, sans relation avec les gardes nationales, qu'on lui apprenait à mépriser, et à la dévotion entière du pouvoir, seul jugé capable de garder le pays et de le défendre.
8* Une centralisation administrative, maîtresse de la police, de l'instruction publique, des travaux publics, de l'impôt, de la douane, des domaines; occupant au delà de 500,000 fonctionnaires, salariés des communes ou de l'État ; tenant dans sa dépendance, directe ou indirecte, toute propriété, toute industrie, tout art mécanique ou libéral; ayant partout la haute main sur les personnes et sur les choses ; gouvernant tout, et ne laissant aux contribuables que la peine de produire et de payer l'impôt.
40 Une magistrature fortement hiérarchisée, étendant à son tour, sur les rapports sociaux et les intérêts privés, son inévitable arbitrage : Cour de cassation, Cour d'appel, Tribunaux de première instance et de Commerce, Justices de paix, Conseils de prud'hommes, ete. : le tout en parfaite intelligence avec l'église, l'administration, la police et l'armée.
5* Cet immense organisme, servant à la fois de moteur et d'instrument à l'action collective, attirant sans cesse à lui la force et la richesse du pays, trois grands pâbtis s'en disputaient la direction, et jaloux de procurer le bonheur de la patrie, troublaient, déchiraient son sein de leur ardente compétition. C'étaient : le parti légitimiste, représentant la branche aînée de Bourbon, et jusqu'à certain point l'ancien régime ; le parti orléaniste, représentant des idées constitutionnelles; le