‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 102 sur 293 · Avoir sous la main, donner · texte numérisé non relu

Avoir sous la main, donner

178 LA MESNAGERIE

mesnage, faudra il point bien dire que uous sommes bien dcspourveus de sens ? Voj là doncques comment il est bon d'ordonner les meubles, comme il est aysé de leur bailler lieu pour les mettre en la maison , selon la commodité de chasque chose, et combien il est utile d'ainsi le l'aire, pour les garder et trouver promptement. Or quant à la beauté, n'est ce pas belle chose à veoir, quand toute la chaussure de la famille, quelle qu'elle soit, est à rang? Il fait beau veoir les habillemens tous séparez, soient ils bons, soient ils mauvais; les garnitures des licts, les vases d'airain, la vaisselle pour la table, et encores une autre chose (dont se rira, dit il, plus que de tout le reste, non pas quelque homme grave, mais possible quelque brave railleur), avoir mesmes les pots de fer bien ord nnez, cela est beau à l'œil, et k mon gré semble avoir bonne grâce * . Et pour vray, quoj que ce soit paroist plus beau quand il est range bien a poinct. Chasque rang semble un chœui de vases, et l'entredeux mesme des rangs a, selon mon advis, quelque chose de plaisant, (juaud ils sont tous k part et séparez l'un d6 l'autre : comme un chœur en rond - est plaisani

1. Piularque fait allusion à ce passage. Traité de l6 Curiosilc, c. 2.

2. Il est souvent question de chœurs circulaires daoi Aristophane. Les personnages du chœur formaient dam quelques circonstances un cercle autour de Tautel; delà leurs chants s'appelaient aussi circulaires (xvxmoi x^P^^ xûxXta {jLÉÀri). V. les Grenouillcs , v. 36G; les Nuées, v

ilaveuë, non pas luy seulement, mais l'espace inesme, qui est au milieu, semble estre beau etnet*. Si je disvray, ou non, ô ma femme, dis je , nous en pouvons faire l'espreuve sans coust et sans grand'peine 5 et ne faut point que ta sois en grand soucy pour crainte de ne trouver personne qui sçache apprendre l'ordre de DOS meubles , et qui se souvienne de lès y mettre bien k droict. Il n'est pas malaysé d'en recouvrer de tels. Car nous sçavons bien qu'il n'y a ville où il n'y ait mille et mille fois autant de choses que chez nous, et toutesfois au premier serviteur que tu commanderas d'aller acheter quoy que ce soit, il ne marchandera point où il lui faut aller pour en avoir ^ et B'y aura celuy de tous tes valets qui ne sçache où il faut qu'il aille pour en trouver. Et n'y a décela autre raison, si ce n'est que les choses 8e treuvent au lieu qui leur est ordonné. Et souvent quand je cerche un homme, encores îue parfois celuy là mesme me cerche aussi de son costé , toutesfois avant le pouvoir rencontrer, je suis contraint de quiter ma queste^.

333; les Oiseaux , v. 917. Cf. Gallimaque , Hymne à Diaw, Y. 267.

1. «L'ordre agrandit Tespace :« pensée admirablement Triie, inscrite parM.Guizot au début de son Dictionnaire iti synonymes français, 1 (Qassitio) recherche; guetter, chercher. Aucassin ditàia douce amie Nicolete :

Or ne vous sçay où quester,,,

[f/ordene de chevalerie.)

180 LA MESMÂGERIE

Et la cause de cela n'est point autre, si ce n'est qu'il n'y a point de lieu ordonné où les hommes se doibvent attendre. C'est ce dont je pense estre bien souvenant, pour le regard du propos que je tins k ma femme de l'usage de nos meubles et de leur ordre. Adoncques je luy dis : Et lors, ô Ischomache, que te sembla il de ta femme? Cogneus tu point qu'elle preslast l'oreille à ce que tu luy enseignois si sagement? Que penses tu, dit il, qu'elle feist, sinon qu'elle me promeist d'y avoir le cœur? Et se cognoissoit ayseement à la veoir, qu'elle se resjouissoit bien fort , comme ayant trouvé un beau chemin au sortir d'un mauvais pas -, et me pria que je rangeasse tout au plus tost, ainsi que j'avois dit. Et comment le rangeas tu, dis je, ô Ischomache? Comment eusse je fait, dit il? Il me sembla, avant toute autre chose, que je luy debvois mbnstrer les commoditez de mon logis : car ma maison, ô Socrates, n'est point embellie d'ouvrages, ny de peintures, mais tout le bastiment qui y est n'a esté devisé * que pour une demeure commode a ceux qui seront dedans, suivant ce qu'il m'a semblé que chasque chose demande naturellement ce qui luy est le plus séant et convenable : comme les chambres

1. «Derwcr, signifle ores {ianiài) parler ensemble, otti digérer par ordre, comme : Il a proprement devisé le bastiment. » Nicot. Ce verbe était distinct de divisvr; et de sa seconde acception il nous reste le mot devis ^ description ou état détaiUé des parties d*un ouvrage : terme d'architecture.

DE XÊNOPHON. 181

cstans aux lieux les plus forts et les plus seurs appelloient, k mon advis, les choses plus précieuses, les garnitures des licts et les vases -, la plus seiche partie du logis appelloit le blé*, et la plus froide le vin ; la plus claire, l'ouvroir ^ des serviteurs qui ont besoing de clairté ^ et les ontils*. Je luy feis veoir aussi les salles pour manger bien garnies et agencées^, les unes froides pour l'esté, les autres chaudes pour l'iiyver. Encores luy monstray je comment tout mon logis est tourné vers le midy, et par ce moyen il est aysé k veoir que l'hyver il a le soleil fort i propos, et l'ombre l'esté ^. Je luy monstray la porte du quartier des femmes, et celuy des liommes, dont les estuves qui sont entredeux fent la séparation, k fin qu'on n'emporte rien, ànon ce qui fait besoing, et que les serviteurs

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