Ou fardemenl et fardel, fausseté, ruse, déguisement
3. Pour au grand préjudice de l'interest : le sens ici donné par Montaigne à ce dernier mot est eiceptionoel.
t des thresors qui desfient la fortune, que jamais omme n*a vescu plus satisfait ny plus content. Je jay bien qu'il estoit eslevé aux dignitez de son uartier* qu'on estime des grandes ; et sçay d'avanige que jamais homme n*y apporta plus*de sufQince, et que, en Taage de trente deux ans qu'il MNirut , il avoit acquis plus de vraye réputation en 6 rang là, que nul autre avant luy. Mais tant y a ac ce n'est pas raison de laisser en Testât de soldat n digne capitaine, ny d'employer aux charges loyennes ceux qui feroient bien encores les preliores.
A la vérité, ses forces furent mal mesnagees ttrop espargnees: de façon que, au de là de sa harge, il luy restoit beaucoup de grandes parties isives et inutiles , desquelles la chose publique eust leu tirer du service, et luy de la gloire. Or, monieur, puis qu'il a esté si nonchalant de se pousser oy mesme en lumière, comme de malheur la vertu !t l'ambition ne logent guieres ensemble, et qu'il a !8té d'un siècle si grossier ou si plein d'envie , [u'il n'y a peu nullement estre aydé par le tesmoijnage d'autruy , je souhaite merveilleusement que, w moins aprcs luy, sa mémoire à qui seule meshuy c doy les offices de nostre amitié, receoive le loyer le sa valeur , et qu'elle se loge en la recommanda- Son des personnes d'honneur et de vertu. A ceste îïuse m'a il prins envie de le mettre au jour , et de filais le présenter , monsieur , par ce peu de vers atins qui nous restent de luy. Tout au rebours du
i. De sa condition.... Loysel, Dialogue des Advoeats, '* conf., emploie ce mot dans le même seni : «tJe cognois tn de messieurs les malstres des requestes, et des meil- ^nrsde son quartier, lequel m'a dit tout franchement....»
354 LETTRE DE MONTAIGKE.
masâon qui met le plus beau de son bastiment vers la rue , et du marcband qui fait monstre et parcnw&t du plus riche esehantillon de sa marchandise; ce qui estoit en luy le plus recommandable, le vray suc et moelle de sa valeur Font suivy ; et ne nous en eit demeuré que Tescorce et les fueilles. Qui poomit faire veoir les réglez bransles* de son ame , sa pielé sa vertu, sa justice, la vivacité de son esprit, le poils et la santé* de son jugement, la haulteur de ses conceptions si loing eslevees au dessus du vulgaire, son sçavoir , les grâces compaignes ordinaires de ses actions , la tendre amour qu'il portoit à sa misérable patrie, et sa haine capitale et jurée contre tout vice, mais principalement contre ceste vilaine traficque* qui se couve* sous Thonorable tiltre de justice, engeftdreroit certainement à toutes gens de bien une singulière affection envers luy, mesleed'un merveilleui regret de sa perte*. Mais, monsieur, il s'en faut tant
1. Mouvements... C'est, dit Montaigne, avec cet admirable bon sens qui nous le fait ainaer, tcqn'à l'adventureU remarque Ion mieux (l'ame) où elle va son pas simple, [I, 50); et, ajoute-t-il aillears, son pris ne consiste pas à aller haalt, mais ordonneement (III, 2). Sa grandeur n'est p» tant tirer avant, comme sçavoir se ranger et circonscrire... Il n'est rien si beau et si légitime que de faire bien Tbonme , ny science si ardue que de naturellement sçaToir vivre ceste vie (III, 13). »
2. (Sanitas), sûreté, rectitude : acception heureuse qvi paraît d'ailleurs appartenir plutAt à Montaigne qu'à la langue de cette époque; on ne la trouve pas dans Nicot.
3. On a déjà rencontré ce mot, p. 95; Montaigne fevploie encore 1. II, c. 17 des Essais ; mais IraffU, au w«cnlin, était aussi d'usage : c'est ce qu'on voit dans Anyoi» Vie de Camille, c. 26, etc.