Passera , volera véritablement à travers la France
S'en empresse mon cœur, s*en démangent mes doits? Souvent dans mes eserits de soy mesme il prend plaee:
Maugré moy je t*escris, maugré moi je feiïace. Quand Astree viendroit, et la foy, et le droit*, Alors joyeux ton nom au monde se rendroit. Ores, c'est à ce temps, que cacher il te face,
C'est à ce temps maling une grande vergoigne^ Donc, ma dame, tandis tu seras ma Dourdoigne^. Toutesfois laisse moy, laisse moy ton nom mettre ;
Aye pitié du temps : si au jour je te mets. Si le temps ce cognoist, lors je te le promets, Lors il sera doré, s'il le doibt jamais estre*.
0 entre tes beautez, que ta constance est belle!
1. Si Astrée (déesse de la justice) revenait parmi nous avec la foi et le bon droit.... On se rappelle que, d'après les poètes, elle quitta la terre, effrayée de Taspect des crimes ,
Neglecta terras fugit et mores fœdos, Horoioum et cruenta caede pollutas manus Astraea Virgo, siderum magnum decus:
Sénèque le Tragique, Oct,, v. 422; cf. Ovide, Met.,l,
150, XI, 195; Juvénal, Sat. VI, 19.
2. Cest beaucoup de honte à ce temps qu'il te fasse cacher, qu'il force à te tenir secret....
3. Tandis, pendant ce temps : Je t'appellerai donc, puisque je ne peux te désigner autrement, ma DordogfiX'
4. Du jour où le siècle connaîtra ce nom , je le jure, si jamais gloire lui est promise, il Tobtiendra par mes vers, il sera doré, c'est-à-dire embelli , illustré , grâce à moi. a Doré, ditNicot, signifie aucunesfois 6eati;y> acceplfoD empruntée aux anciens.
fOÉSIBS FRlMÇÀlSEg. 439
C'est ce cœui* asseuré, ce courage* constant, C'est parmy tes vertus, ce que Ton prise tant : Aussi qu*est il plus beau, qu'une amitié fidèle ?
Qr ne charge donc rien^ de ta sœur infidèle, De Vesere ta sœur* i elle va s'escartant, rottsjours flottant mal seure en son cours inconstant: V^oy tu comme à leur gré les vens se jouent d'elle?
St ne te repens point, pour droict de Xoa aisnage ^, [>'avoir desjà choisy la constance en partage, tf esme race porta l'amitié souveraine
C>es bons jumeauxS desquels l'un à l'autre despart ^u eiel et de l'enler la moitié de sa part>
1. Cel esprit, comtoe on Ta vu plus haut ; cf. V Olive de ^u Bellay, Sonnets 39, 50 : ce sens du mot courage se etrouve encore an xvii^ siècle, dans Molière {Dépit tmoureuœ, acte IV, se. 4) :
.... Ah I le foible courage»
3ans La Fontaine (IX , 2) :
... Au moins que les travaux.
Les dangers, les soins du voyage.
Changent un peu votre courage.
Snfin dans Bossuet , lorsqu'il parle du prince de Gondé ini calma les courages émus, pour arrêter le carnage à Hocroi.