Ronsard avait dit dans ses Amours de Cassandre
Donne moy l'encre et le papier aussi : En cent papiers, tesmoings de mon soucy, Je veux tracer la peine que j'endure , En cent papiers plus durs que le diamant ; A fin qu'un jour noslre race future Juge du mal que je souffre en aymant,..«
3. a Carie est, dit Nicot, le papier dont on use à escrire ; » de \k, cette locution proverbiale : donner carte blanche, signer un papier, en laissant à un autre la liberté de le remplir.
4. Jeu de mot, fort en vogue à cette époque, grâce à la réputation de «t ceste grande princesse, Marguerite, royne de Navarre , laquelle feit paroistre par ses Marguerites des Maxgueriles (ainsi est intitulée sa poésie), combien peut l'esprit d'une femme, quand il s'exerce à bien faire ^» Pasquier, Rec. de la France, VIT, 6.
olO POÉSIES FRANÇAISES.
Ou soit quand la nuict oste aux choses la couleur S Je n'ay rien en l'esprit que ta grande \aleur^; Et ce souvenir seul jamais ne m'abandonne.
A ce beau souvenir tout entier je me donne ^ Et s'il tire avec soy tousjours quelque douleur y Je ne prens pas cela toutesfois pour malheur, Car d'un tel souvenir la douleur mesme est bonne.
Ce souvenir me plaist encor qu'il me tormente, Car rien que tes valeurs à moy il ne présente. Il me desplait d'un poinct , qu'il fait que je repense
Une grâce cent fois. Or rteshuy voy je bien, Pour pouvoir penser tout ce que tu as de bien , Qu'il ne faut pas deux fois qu'une grâce je pense'.
vn.
Je publiray ce bel esprit qu'elle a,
Le plus posé y le plus sain , le plus seur y
Le plus divin, le plus vif, le plus meur,
i. Virgile, ^n., VI, 272:
.... Rébus nox abstulh aira colorenr.
2. Ton grand mérite^ plus bas, ie$ valeurs : les perfections.
3. Délicatesses subtiles , compliments quintessenciés, qai troavèrent longtemps on dernier refuge , pendant le grand siècle, à l'hôtel de Rambouillet, et furent eD&n voués au ridicule parleur exagération même. Toutefois, il faut le reconnaître , ces sentiments, nés du respect des nations germaines pour les femmes, que le moyen âge et surtout les croisades avaient encore fortifié^ tiraient leur racine de nos vieilles mœurs : y. Hec. dePasqvier^ VII, 3 ^ p. 604 de Tédit. de Paris, 1621.
t»OÉSIES FRANÇAISES. 511
Qui onc du ciel en la terre vola*.
J'en sçay le vray ; et si cest esprit là Se laissoit veoir aveeques sa grandeur, Alors vrayment verroit Ion par grand heur Les traicts , les arcs , les amours qui sont là.
A le vanter je veux passer mon aage :
Mais le vanter, comme il faut, c'est Touvrage
De (quelque esprit , helas, non pas du mien ^,
Non pas encor de celuy d'un Virgile, Ny du vanteur du grand meurtrier Achile ; Mais d'un esprit qui fust pareil au sien.
Vffl.
Je veux qu'on sçache au vray comme elle estoit armée Lors qu'elle print mon cœur au dedans de son fort * , De peur qu'à ma raison on n'en donne le tort, Et de m' avoir failly qu'eUe ne soit blasmee^
1. Da Bellay célèbre à peo près ainsi celle qu'il a chantée sous le nom d'Olive :
Le ciel usant de libéralité, Meit en Tesprit ses semences encloses, sonnet 2 ; an 3% il se platt encore à reconnaître
Que pour l'esprit elle est la souveraine. Cf. Id., 80nn. 18, etc; et Pétrarque , 5onn. 178 et 179. On remarquera que ce genre d'éloges dislingae entièrement l'amour moderne de celui des anciens.