INTRODUCTION
.\u fort de sa chaleur, qui toutesfois encore
A laissé des fragmens que tout le monde honore ' .
((Ce n'est pas, observe M. Nodier^, que le style de LaBoëtie vaille celui de Montaigne, qu'aucun style n'a jamais valu. Il est tendu et archaïque; il est âpre comme cette âme naïve et libre, qui ne fléchit pas même devant la mort, parce que les vertus morales se réunissent en elle à toutes les vertus civiles ; mais il est ingénu, ferme, éloquent, comme nous paraîtrait aujourd'hui la prose de Marcus Brutus et de Caton d'Utique, si nous avions conservé leurs livres. » Ce rapprochement désigne assez le discours auquel est attachée en grande partie la célébrité de La Boëtie*; dans mes études sur cet écrivain, je me suis du reste attaché, en éclairant, en ramenant sur son ouvrage Topinion publique, à montrer qu'il n'avait eu de Brutus que le cœur ferme et la vertu rigide. Loin de vouloir renverser aucun pouvoir établi, il ne songea qu'à conserver aux lois leur force, et à l'autorité
1. fi L'hymne de BourdeatiX, remarque G. Colletet, que De Brach adressa À ce grand poëte P. de Ronsard^ est un ouvrage si considérable, non seulement par l« nombre de douze cens vers qu'il contient^ mais encare par l'air héroïque dont il traite la matière, que je puis dire avec vérité que jamais ville ne fut si dignement ny si haulte^ ment louée » (Art. De Brach.)*
2. Passage cité. — Ce jugement de M. Nodier sur !« ^tyie de La Boëtie me paraît s'appliquer uniquement au Contre un.
3. G. Colletet n'èésite pas à déclarer excellent ce dis'>^ tours , qui fat, ajoute-t-il, reçu dt la France avec un grand applaudissement. Toutefois il fait observer plus loin^ que Montaigne, quand il recueillit les œuvres de son ami> le supprima u pour ce que cette matière estoit un peu trop cbatoailleuse. »
\ LNTRODUCTÏONr
royale, sa dignité. Le cœur navré des maux: qui affligeaient la France, il protesta contre toutes les tyrannies, de quelque nom qu'elles fussent revêtues ; mais il ne fut pas l'ennemi des institutions antiques du pays. Nous pouvons en croire là- dessus le témoignage que lui a rendu son ami qui ravoU connu jusqu'au vij. On sait qu'il a déclaré que jamais aucun citoyen ne fut plus soumis aux lois et plus ennemi des nouvelletez qui troublent les Etats*. Si Ton s'est armé de son noble enthousiasme et de ses paroles éloquentes pour combattre la monarchie, ce n'est qu'en leur donnant un sens qu'il n'avait pas prévu, ce n'est que lorsqu'il ne pouvait plus démentir ceux qui le méconnaissaient et abusaient de son patriotisme*. La mémoire de La Boëtie devait être défendue contre ces faux jugements. Pour le réhabiliter comme publicîste, il suffisait de mettre ses intentions à découvert : quant à la vigueur de son génie, elle est aussi incontestable que la générosité de ses sentiments. A l'appui de cette opinion, on pourrait citer les plus imposantes autorités, les noms les plus illustres, parmi les cmitemporains de La Boëtie et parmi les nôtres.
De nos jours , il n'était guère connu cependant que comme auteur de l'admirable Contre un^ : c'é-