‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 36 sur 293 · Malenconlre, mauvaise rencontre, est aujourd'hui · texte numérisé non relu

Malenconlre, mauvaise rencontre, est aujourd'hui

réniinin et de peu d'usage.

qui naissent roys, ne sont pas communeement gaieres meilleurs : ains ^ estans nais et nourris dans le sang de la tyrannie, tirent avec le laict la nature du tyran, et font estât des peuples qui swit sous eux, comme de leurs serfs héréditaires ; et, selon la complexion en laquelle ils sont plus enclins , avares ou prodigues , tels qu'ils sont , ils font du royaume comme de leur héritage. Celuy k qui le peuple a donné l'Estat, debvroit estre (ce me semble) plus supportable; et le seroit, comme je croy, n'estoitque, des lors qu'il se voit eslevé par dessus les autres en ce lieu , feté par je ne sçay quoy que l'on appelle la grandeur, il délibère de n'en bouger point. Communeement, celuy Ik fait estât de la puissance que le peuple luy a baillée , de la rendre k ses enfans^ Or, des lors que ceux Ik ont prinscesU^ opinion, c'est chose estrange, de combien ils passent en toutes sortes de vices , et mesme en la cruauté, les autres tyrans. Ils ne voient autre moyen , pour asseurer la nouvelle tyrannie, que d'estendre fort la servitude, et estranger tant les sabjects de la liberté^ , encores que la mémoire en

1. tf Qui pourrait rendre raison de la fortune de certains mots, demande La Bruyère (c. 14 des Caractères), et de It proscription de quelques autres ? Ains a péri : la voyelle qui le commence, et si propre pour Télision, n'a pu le ttaver; il a cédé à un autre monosyllabe mais, et qui n'est au plus que son anagramme.»

1 Se préoccupe, se propose de transmettre à ses enlantsla puissance...

3. Ecarter, détacher de la liberté les sujets... Estranger aucun de son amitié (Nicot) : éloigner quelqu'un de son

soit fraische, qu'ils la leur puissent faire perdre. Ainsi, pour en dire la vérité, je voy bien qu'il y a entre eux quelque différence-, mais de chois, je n'en voy point ^ et estans les moyens de venir aux règnes, divers* , tousjours la façon de régner est quasi semblable. Les esleus^, comme s'ils avoient prins des taureaux à dompter, les traictent ainsi ; les conquerans pensent en avoir droict comme de leur proye -, les successeurs, d'en faire ainsi que de leurs naturels esclaves. Mais a propos, si d'adventure il naissoit aujourd'huy quelques gens tous neufs, non accouslumez k la subjection, ny affriandez k la liberté, et qu'ils ne sceussent que c'est hy de l'un ny de Tautre , ny k grand'peine des noms ; si on leur presentoit, ou d'estre subjects, ou vivre en liberté, a quoy s'accorderoient ils? Il ne faut pas faire difficulté qu'ils n'aymassent trop mieux obéir seulement k la raison que servir k un homme : sinon possible que ce fussent ceux d'Israël , qui, sans contrainte ny sans aucun besoing, se feirent un tyran ^ duquel peuple je ne lis jamais l'histoire que je n'en aie trop grand

amitié. Le sens de ce verbe, Nicot le fait dériver a de ce que les estrangers ne doibvent pas ayseement estre receos à se mesler avecqnes les naturels du pais, ainsi que le statut de cette fameuse république de Grèce le contenoit. »

1. Les moyens de parvenir au pouvoir suprême différant entre eux....

2. Ceux qui doivent le trAne à l'élection.... Les successeurs, ce sont les rois héréditaires.

^espit, quasi jusques a devenir inhumain, pour me resjouir de tant de maux qui leur en advinrent. Mais certes tous les hommes , tant qu'ils ont quelque chose d'homme , devant qu'ils se laissent assubjectir, il faut l'un des deux, ou qu'ils soient contrains , ou deceus : contrains par les armes estrangeres , comme Sparte et Athènes par les forces d'Alexandre ; ou par les factions , ainsi que la seigneurie d'Athènes estoit devant venue entre les mains de Pisistrate. Par tromperie perdent ils souvent la liberté : et en ce, ik ne sont pas si souvent séduits par autruy comm^ ils sont trompez par eux mesmes. Ainsi le peuple de Syracuse , la maistresse ville de Sicile (qui s'appelle aujourd'huy Saragosse*), estant pressée par les guerres , inconsidereement ne mettant ordre qu'au danger, esleva Denys le premier et luy donna charge de la conduite de l'armée ; et ne se donna garde qu'elle l'eust fait si grand , que cette bonne pièce Ik , revenant victorieux , comme s'il n'eust pas vaincu ses ennemis, mais ses citoyens, se feit de capitaine roy , et de roy tyran. Il n'est pas croyable comme le peuple , des lors qu'il est assubjecty , tombe soudain en an tel et si profond oubly de la franchise, qu'il n'est pas possible qu'il s'esveille pour la r^avoir, servant si franchement et tant volontiers, qu'on diroit, k le veoir, qu'il a, non pa^ perdu sa liberté , mais sa servitude. Il est vray

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