AVERTISSEMENT DE MONTAIGNE AU LECTEUR
Lecteur, tu me doibs tout ce dont tu jouis de feu Ëstienne de la Boëtie ; oar je t'advise que, quant àluy, il n'y a rien ici qu*il eust jamais espéré de te feire veoir, voire ny qu'il estimast digne de porter son nom en public. Mais moy qui ne suis pas si hault à la main *, n'ayant trouvé autre chose dans sa libraiie*, qu'il me laissa par sou testament, encores n'ay je
1. Qui a la main haute , c.-à-d. prompte à se lever : lardi, déterminé^ d'où superbe, dédaigneux.... Qn $*é- ODDe que cette locution pittoresque ne se trouve pas lansNicot^un passage de Loysel (Dialogue des advQ- 'aUf r* conférence), nous apprend d'ailleurs qu'au m' siècle, elle n'était plus guère en usage. Après avoir i)arlé de Jean de r^euilly, <.< courageux et mesmes cholere SD ses plaidoyers, )» il ajoute au sujet de deux autres personnages du même nom : « Ils estoient de sa race , ayans est^ d'un naturel fort prompt , haults à la main et bu^ tîQSi ç'il m'est permis de parler en nostre ancien langage, c'est-à'dire mutins et querelleux. n
2. Aujourd'hui encore en anglais, h'5rary^ bibliotbè^ que : ce dernier mot est lui-même plus d'une fois employé dès cette époque. — «• On sait que Montaigne , au livre III, C.3, des Essais, nous a donné la description de »a Ubrairie. « Quand les Goibs , dit-il ailleurs, | , 24 , ravagèrent la Grèce, ce qui sauva toutes les librairies , ce fbt... ceste opinion qu'il faUoit laisser ce meuble entier au ennemis, propre à les destourner de l'exercice militaire. » Pasquier, dans ses Recherches de la France^ IX, 29, observe que jusqu'à ((Jean Gutemberg, en nostre christianisme, nous n'avions autres imprimenrs que les noDasteres, aux librairies desquels nous avions recours^ comme magazins des livres manuscrits, ,.,]i
pas voulu qu'il se perdist. Et de ce peu de jugement que j'ay, j*espere que tu trouveras que les plus habiles hommes de nostk'e siècle font bien souvent feste de moindre chose que cela. J*entens de oem* qui Font practiqué plus jeune, car nostre accointance ne print commencement qu'environ six ans avant sa mort*, qu'il avoit fait force autres vers latins et françois, comme sous le nom de Gironde S el en ay ouy reciter des riches lopins^ . Mesmes oeluy qui a escrit les Antiquitez de Bourg ^ en allègue, que je