‹ Œuvres complètes: suivies d'un choix der poésies de ses disciplesChapitre 40 sur 106 · LAYS · texte numérisé non relu

LAYS

Au retour de dure prison, Où j'ay laissé presque la vie, Se Fortune a sur moy envie, Jugez s*elle fait mesprison!

Il me semble que, par raison, Elle deust bien estre assouvie, Au retour.

Cecy plain est de desraison, Qui vueille que de tout desvie; Plaise à Dieu que Tame ravie En soit 5 lassus, en sa maison, Au retour I

Item, donne à maistre Lomer, Comme extraict que je suis de fée, Qu'il soit bien amé; mais, d'amer Fille en chief ou femme coëffée, Jà n'en ayt la teste eschauffée, Ce qui ne luy couste une noix, Faire ung soir pour soy la fastée, En despit d'Auger le Danois.

Item, rien à Jaques Cardon, Car je n*ay rien pour luy honneste.

Non pas que le jette à bandon Sinon cette Bergeronnette :

S'elle eust le chant Marionnette^ Faict por Marion la Peau-Tarde, D*un Ouvrez vosîre huys^ Guillemeltey Elle allast bien à la moustarde.

Item donne aux amans enfermes, Oultre le lay Alain Chartier, A leurs cbevetz, de pleurs et lermes Trestout fin plain ung benôistier,

Et ung petit brin d'esglantier, En tout temps verd, pour gouppîlloq, • Pourveu qu'ilz diront ung Psaultier Pour l'ame du pouvre Villon.

Item, à maistre Jacques James, Qui se tue d'amasser biens, Donne fiancer tant de femmes Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens :

Pour qui amasse-il? Pour les siens.

Il ne plainct fors que ses morceaulx ; Ce qui fut aux truyes, je tiens Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.

Item, le Camus Seneschal, Qui une fois paya mes debtes, En recompense, mareschal, Pour ferrer oës et canettes.

Je luy envoyé ces sornettes.

Pour soy desennuyer ; combien, Si veult, face-en des alumettes.

De bien chanter s'ennuye-on bien.

Item, au Chevalier du Guet Je donne deux beaulx petitz pages, Philippot et le gros Marquet, Qui ontservy, dont sont plus sages, La plus grant partie de leurs aages, Tristan, prevost des mareschaulx.

Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges, Aller leur fauldra tous deschaulx!

Item, au Chappelain je laisse Ma chapelle à simple tonsure, Chargée d'une seiche messe, Où il ne fault pas grand lecture.

Resigné luy eusse ma cure, Mais point ne veult de charge d'ames; De confesser, ce dit, n'a cure, Sinon chambrières et dames. /

Pour ce que sçait bien mon entente, Jehan de Calays,*honnorable homme, Qui ne me veit des ans a trente.

Et ne sçait comment je me nomme.

De tout ce Testament, en somme, S 'aucune y a difficulté, Oster jusqu'au rez d'une pomme Je luy en donne faculté.

GLXI.

De le eloser et commenter, De le diranir ou prescripre, Diminuer ou augmenter; De le canceller ou transcrîpre De sa main, ne sceust-il escripre; Interpréter, et donner sens, A son plaisir, meilleur ou pire; A tout ceci je m'y consens.

Et s'aucun, dont n'ay congnoissance, Estoit allé de mort à vie,

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Audict Calais donne puissance, ^

Affin que l'ordre soit suyvie

Et mon ordonnance assouvie.

Que ceste aulmosne ailleurs transporte,

Sans se l'appliquer par envie;

A son ame je m'en rapporte.

Item, j'ordonne à Saîncte-Avoye, Et non ailleurs, ma sépulture ; Et, affin que chascun me voye, Non pas en chair, mais en paincture, Que l*oa tire mon estature D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.

De tumbel? Rien ; je n'en ay cure, Car il greveroit le plancher.

Item, vueîl qu'autour de ma fosse Ce que s'ensuyt, sans autre histoire, Soit escript, en lettre assez grosse; Et qui n'auroit point d'escriptoire, De charbon soit, ou pierre noire, Sans en rien entamer le piastre :

Au moins sera de moy mémoire Telle qu'il est d'ung bon folastrc,

Cy gist et dort en ce sollier, Qu'Amour occist de son raillon, Ung pouvre petit escollier, Qui fut nommé François Villon* Oncques de terre n'eut sillon.

Il donna tout, chascun le scet :

Table, tretteaulx, pain, corbillon.

Pour Dieu, dictes-en ce verset.

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