DE BONNE DOCTRINE
A ceux de mauvaise vie*
Car ou soyes porteur de bulles, Pipeur ou hazardeur de dez , Tailleur de faulx coings, tu te bruslcs, Comme ceux qui sont eschaudez, Traistres pervers, de fo)r vuydez ; Soyes larron, ravis ou pilles :
Où en va Tacquest, que cuydez?
Tout aux tavernes et aux filles.
Ryme, raille, cymballe, luttes, Comme folz, faintis, eshontez; Farce, broille, jouç des flustes ; Fais, es villes et es cités, Fainctes, jeux et moralitez; Gaignc au berlan, au glic, aux quilles :
OCi s'en va tout ? Or escoutez :
Tout aux tavernes et aux filles.
De telz ordures te recuUes ; Laboure, fauche champs et prez ; Serz et panse chevaulx et muUes, S'aucunement tu n*es lettrez ; Assez auras, se prens en grez.
Mais, se chanvre broyés ou tilles.
Où tend ton labour qu'as ouvrez?
Tout aux tavernes et aux filles.
Chausses, pourpoinctz esguilletez, Robes, et toutes vos drapilles, Ains que cessez, vous porterez Tout aux tavernes et aux filles.
A. vous parle, compaings de galles, Qui estes de tous bons accors ; Gardez- vous tous de ce mau hasles^ Qui noircist gens quand ils sont mortz; Eschevez-le, c'est ung mal mors; Passez-vous-en mieulx que pourrez; Et , pour Dieu, soyez tous recors Qu'une fois viendra que mourrez. *
CXLVIÎ.
Item, je donne aux Quinze- VingtZj Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens De Paris, non pas de Provins, Car à eulx tenu je me sens.
Hz auront, et je m'y consens,
Sans les estuis, ipes grans lunettes, Pour mettre à part , aux Innocens, Les gens de bien des deshonnestes.
Icy n'y a ne rys ne jeu.
Que leur vault avoir eu chevances, N'en grans lictz de parement geu, Engloutir vin, engrossir panses. Mener joye, festes et danses, Et de ce prest estre à toute heure ?
Tantost faillent telles plaisances, Et la coulpe si en demeure.
GXLIX.
Quand je considère ces testes Entassées en ces charniers, Tous furent maistres des requestes, Ou tous de la Chambre aux Deniers, Ou tous furent porte-paniers ; Autant puis Tung que l'autre dire, Car, d'evesques ou lanterniers.
Je n'y congnois rien a redire.
Et icelles qui s'inclinoient Unes contre autres en leur vies; Desquelles les unes regnoient, Des autres craintes et servies :
Là les voy toutes assouvies, Ensemble en ung tas pesle-mesle.
Seigneuries leur sont ravies ; Clerc ne maistre ne s'y appelle.
Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes!
Quant est des corps, ils sont pourriz.
Ayent esté seigneurs ou dames, Souef et tendrement nourriz De cresme, fromentée ou riz, Leurs os sont déclinez en pouidre, Auxquelz ne chaultd'esbat, ne riz...
Plaise au doulx Jésus les absouidre!
Aux trespassez je fais ce la^s, Et icelluy je communique A rcgentz, courtz, sièges et plaids, Hayneurs d*avarice l'inique, Lesquelz pour la chose publique Se seichent les os et les corps :
De Dieu et de sainct Dominique Soient absolz, quand ilz seront mortz