‹ Œuvres complètes: suivies d'un choix der poésies de ses disciplesChapitre 43 sur 106 · EN FORME DE BALLADE · texte numérisé non relu

EN FORME DE BALLADE

Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.

Frères humains, qui après nous vivez, N'ayez les cueurs contre nous endurciz.

Car, si pitié de nous pouvres avez.

Dieu en aura plustost de vous merciz.

Vous nous voyez cy attachez cinq, six :

Quant de la chair, que trop avons nourrie, Elle est pieça dévorée et pourrie, Et nous, les^os, devenons cendre et pouldre.

De nostre mal personne ne s'en rie, Maispriez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Se vous clamons, frères, pas n'en devez Avoir desdaing, quoyque fusmes occis Par justice. Toutesfois, vous sçavez Que tous les homm'es n'ont pas bon sens assis; Intercédez doncques, de cueuf rassis, Envers le Filz de la Vierge Marie, Que sa grâce ne soit pour nous tarie.

Nous préservant de l'infernale fouldre.

Nous sommes mors, ame ne nous harie ; Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

La pluye nous a debuez et lavez, Et le soleil desséchez et noirciz* Pies, corbeaulx^ nous ont les yeux cavez, Et arrachez la barbe et les sourcilz.

Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis; Puis çà, puis là, comme le vent varie, A son plaisir sans cesser nous charie, Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre.

Ne soyez donc de nostre confrairie, Mais priez Dieu quetousnous vueille absouldre !

Prince Jésus, qui sur toUs seigrieurie, Garde qu'Enfer n ayt de nous la maistrîe :

A luy n'ayons que faire ne que souldre.

Hommes, icy n'usez de mocquerie Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

DK rRANÇOIS VlLLOK. ïOj

LA REQ.UESTE DE VILLON

Présentée k U Cour de Parlemeat» en forme de baHtdlb

Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche, Le nez, et vous, le sensitif, aussi; Tous mes membres où il y a reprouchô, En son endroit ung chascun die ainsi !

<c Ck)urt souverain, par qui sommes icy, Vous nous ave2 gardé de desconfirc; * Or, la langue ne peut assez suffire A vous rendre suffisantes louenges :

Si prions tous, fille au souverain Sire, Mèredesbons,etsœurdesbenoistz anges! i>

Cueur, fendez- vous, ou percez d'une broche, Et ne soyez, au moins, plus endurcy Qu'au désert fut la forte bise roche Dont le peuple des Juifs fut adoulcy ; Fondez larmes, et venez à mercy, Comme humblecueur qui tendrement «Ouspîre :

Louezla Court, conjoincte au sainct Empire, L'heurdes Françoys, le confort des estranges, Procréée la sus au ciel empire, Mère des bons, et sœur des benoistz anges!

Et vous, mesdentz, chascune si s'esloche ; Saillez avant, rendez toutes mercy, Plushaultement qu*orgue, trompe, ne cloche, Et de mascher n*ayez ores soulcy; •Considérez que je fusse transy, Foye, pommon, et rate qui respire;

t04 POÉSIES DIVERSES

Et VOUS, mon corps, vil qui estes ou pire Qu'ours ne pourceau, quî faict son nid es fan ges, Louez la Court, avant qu'il vous empire, Mèredes bons, et sœur des benoistz anges !

ENVOI

T^rince, trois jours ne vueilléz m'èscondire, J^ourmoy pourvoir, et aux miens adieu dire ; Sans eulx, argent jen'ay, icy n'aux changes.

Court triumphant, fiaU sans me desdire ; Mère des bons, et sœur des benoistz anges !

BALLADE

DE l'appel de VILLON

Que dîtes- vous de mon appel, Garnier? Feis-je sens ou follie?

Toute beste garde sa pel ; Qui la contrainct, efforce ou lye, S'elle peult, elle se deslie.

Quand à ceste peine arbitraire On me jugea par tricherie, Estoit-il lors temps de me taire?

Se fusse des hoirs Hue Capel, Qui fut exlraict de boucherie.

On ne m'eust, parmy ce drapel, Faict boyre à celle escorcherie :

Vous entendez bien joncherie ?

Ce fut son plaisir voluntaire

De me juger par fausserie.

Etoit-il lors temps 4t me taire?

Cuydez-vous que soubz mon cappel N'y eust tant de philosophie Comme de dire : « J'en appel? »

Si avoit, je vous certifie, Combien que point trop ne m'y fie.

Quand on me dit, présent notaire :

« Pendu serez ! » je vous affie^ Estoit-il lors temps de me taire?

ENVOI

Prince^ si j'eusse eu la pépie, Pieça je fusse où est Clotaire, Aux champs debout comme ung espie.

Estoit-il lors temps de me taire?

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