PRÉFACE. XI
Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être quelque propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque plaisanterie tentant le sacrilège, quelque aventure galante par trop scandaleuse, toutes choses dont il était bieiQ^ capable et dont la répression regardait la justice ecclésiastique. Il y a lieu de croire que le délit n'était pas en rapport avec la punition, car Villon, qui n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet, qui se contente d'in« diquer vaguement que le Parlement l'avait jugé par fausser te, fit preuve de la plus violente rancune contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même certain que cette mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de Bourbon.
Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et à Peau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait été rendue contre lui. mais le traitement qu'on lui faisait aubir devait le conduire lentement à une mort certaine. Heureusement Louis XI, qui venait de succéder à Charles VII, alla à Meung dans l'automne de 1461, et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce, ainsi que le dit M. Campeaux, par suite « du don de joyeux avènement qui remettait leut peine à tous les prisonniers d'une ville où le roi entrait après son sacre ? » Je serais plutôt porté à croire, malgré l'absence de preuves, que Villon fut personnellement l'objet d'une mesure de clémence de la part du roi; la façon dont il en té** moigne sa reconnaissance me paraît justifier cette supposition (i).
En sortant des prisons de Meung, Villon corn-
(i) On a dit récemment que le roi qui délivra Villon ëtalt Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans exami* ner ici la valeur du document sur lequel elle est basée, )• me bornerai à faire remarquer que Cliarles VII mourut à Mehan-Bur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet 1461, pré-^