‹ Œuvres complètes. tome dixièmeChapitre 103 sur 198 · TROISIÈME PARTIE Ier acte · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE Ier acte

L’enterrement de l’empereur Konstantius. Réception des ambassadeurs étrangers. Le cortège bachique de Julian. Julian seul dans le palais ; il décide d’aller à Antioche.

ŒUVRES DE DRESDE

2e acte

L'empereur Julian à Antioche. Sa procession comme pontifex maximus ; la rencontre avec les martyrs chrétiens ; le vieil évêque aveugle maudit l'apostat ; incendie du temple d’Apollon ; Julian décide de construire le temple de Jérusalem ; Gregor lui prédit que pas une pierre ne sera posée sur une autre.

3e acte

Tous les plans échouent ; nouvelles de Jérusalem et d’Alexandrie, où Athanase est revenu. Julien seul aux sacrifices. [La vieille Publia.] Il décide d’attaquer les Perses ; il se considère comme empereur représentant de Dieu sur la terre.

4e acte

L’armée impériale en marche contre les Perses. Rencontre avec Basilius et Makrina. — Le mystérieux transfuge persan arrive au camp ; il conseille de brûler les vaisseaux ; cela a lieu ; murmures parmi les soldats [la duperie religieuse] ; l’ordre est rapporté ; trop tard ; l’étranger a disparu.

5e acte

La marche continue ; Julian et Maximus ; visions ; répétition de la marche au Golgota sur une sphère lointaine ; la lutte est entre l’empereur et le Galiléen. Conseil de guerre. Julian de plus en plus égaré ; idées de suicide ; il rêve, errant dans la nuit ; rencontre avec le 'charpentier qui fabrique le cercueil de l’empereur. Bataille; Julian tombe. Dans la tente de l’empereur ; Julian meurt ; Makrina et Basilius auprès du corps — ; Jovien est 1 acclamé empereur ; vision de Makrina. —

Lorsque l’esprit du monde ne trouve plus d’âmes à tenter et à séduire — le dernier jour est venu.

Le Messie futur proviendra-t-il de l’empereur ou du Galiléen.

Manuscrit composé de six cahiers numérotés , les cinq premiers de 8 pages , le sixième de 12 pages. En haut de la première page du premier cahier est écrite la date : 24/7 71. Le manuscrit s'arrête en haut de la p. 6 du dernier cahier .

PREMIER ACTE

Nuit de Pâques à Byzance. La scène représente une place plantée devant le palais impérial. Portail du château avec un haut escalier de marbre à gauche ; au fond, une balustrade d’où la vue s’étend sur le Bosphore et la côte asiatique ; à droite, une église éclairée.

Service divin. De grandes foules de fidèles envahissent l’église. Des mendiants, des infirmes et des aveugles se tiennent dehors. Des spectateurs païens restent craintivement à l’écart.

Hymne, dans l'église.

A jamais honneur et gloire à la croix!

La bouche de l’abîme a saisi le serpent ; l’agneau a vaincu ; la terre est en fête!

Un fidèle. [Le coiffeur Eunapios], poussant un spectateur. — Range-toi païen!

ŒUVRES DE DRESDE

Le spectateur. — Doucement, monsieur !

Un autre fidèle. [L’orfèvre Potamon]. — Il grogne!

Le premier. — Chien ! Chien !

Un troisième fidèle [Le teinturier Faustus]. — Grogner contre nous ! Contre des chrétiens ! Contre des hommes de la religion de l’empereur !

Le premier, le renverse. — Va-t'en dans la boue!

Le second. — C’est ça! Restes-y de même que tes dieux!

Le troisième, le frappe avec son bâton . — Prends ça ; et ça ; et ça!

Le premier, lui donne des coups de pied. — Tiens ; tiens ! Je t’assouplirai ta peau de païen. (Le spectateur s'enfuit.)

Le troisième fidèle. — C’est inouï, ô mes frères! Us osent se montrer par une nuit sainte...

Le second. — - Devant l’escalier du palais...

Le premier. — Us barrent le chemin aux membres purs de l’Église !

Un quatrième fidèle, dans la foule. — Les Donatistes sontils purs?

Le troisième. — Hein? Donatiste? Es-tu Donatiste?

Le premier. — Eh bien, quoi? Ne l’es-tu pas aussi?

Le troisième. — Moi? Moi! Que la foudre frappe ta langue !

Le second, fait le signe de croix. — Que la peste et les ulcères... !

Le troisième. — Un Donatiste ! charogne ; bois pourri !

Le second. — C’est ça; c’est ça!

Le troisième. — Bûche pour le feu de Satan !

Le second. — C’est ça! Dis-lui son fait, cher frère!

Le troisième, repousse le second . — Tais-toi ; va-t'en loin de moi! Je te reconnais maintenant; tu es le manichéen Thoas !

Le premier. — Un manichéen ! Un infect hérétique ! Pfuh ; pfuh !

LES MANUSCRITS

Le second, au troisième . — Aïe ! Mais c'est Faustus d'Antioche ! Le Caïnite !

Le premier. — Malheur à moi, qui suis venu dans cette société de mensonge!

Le troisième. — Malheur à moi, qui ai soutenu un fils du diable !

Le premier lui donne une gifle. — Tiens, voilà pour t'en remercier !

Le troisième la lui rend. — Anathème!

Le second. — Maudits, maudits soyez-vous tous deux!

Mêlée générale. On entend de la musique à gauche.

Cri parmi les soldats. — L'empereur!

Les combattants se séparent ; la foule envahit V église.

Hymne au grand autel.

La bouche de l'abîme a saisi le serpent !

l'agneau a vaincu ; la terre est en fête !

(La cour entre en cortège. Des prêtres avec des encensoirs la précèdent. Au milieu est l'empereur Constance, bel homme de trente-quatre ans, en costume impérial, mais pâle, et au regard sombre et inquiet. L'impératrice Eusébie se tient à sa gauche. Derrière eux marche le prince Julien. Il est en costume de cour, large d’épaules, ses yeux sont vifs et ses gestes étranges. La jeune sœur de l'empereur, la princesse Helena, vient ensuite, entourée de dames. Des courtisans terminent le cortège. L'esclave attaché à la personne de l'empereur, Memnon, est dans la suite.)

L'empereur Constance s* arrête soudain , se tourne vers Julien , et demande d’un ton sévère : — Où est Gallus?

Julien recule effrayé. — Gallus? Que lui veux-tu? Qu'aurat-il à faire?

ŒUVRES DE DRESDE

L’empereur Constance. — Te voilà pincé !

Julien. — Seigneur!

L’impératrice Eusébie. — Viens; viens!

L’empereur Constance. — La conscience a crié. Que méditez-vous tous deux?

Julien. — Nous?

L’empereur Constance. — Toi et lui!

L’impératrice Eusébie. — Oh, viens, viens, Constance !

L’empereur Constance. — Une action si noire. Mille fois non ! Si quelqu’un vous calomnie, il tombera sous la hache. (Il V attire à part.) Oh, soyons unis, Julien. Cher cousin, soyons unis.

Julien. — Tout repose entre tes mains, seigneur! Étendsles sur nous en signe de grâce.

L’empereur Constance. — Mes mains? A quoi te fontelles penser?

Julien lui prend les mains et les baise. — Les mains de l’empereur sont blanches et fraîches.

L’empereur Constance. — Que pourraient-elles être? A quoi pensais-tu? Voilà que je t’ai encore pincé!

Julien. — Elles sont comme les feuilles de roses ici, dans le clair de lune.

L’impératrice Eusébie. — Avançons, il est temps.

L’empereur Constance. — Entrer dans l’église ! Moi, moi ! Oh, prie pour moi, Julien ! On veut me présenter le vin sacré ! Je le vois! Il étincelle comme une pluie de feu dans le ciboire d’or ! ( criant.) Des vagues dans une mer de sang ! Oh, prie, prie pour moi !

L’impératrice Eusébie. — L’empereur est malade.

La princesse Helena. — Où est Cæsarius? Le médecin de l’empereur,... qu’on le fasse venir !

L’impératrice Eusébie fait un signe. — Memnon, mon bon Memnon,... arrive, arrive! (elle parle à voix basse à V esclave.)

Julien. — Seigneur, si tu veux être bon, envoie-moi loin d’ici.

LES MANUSCRITS

L’empereur Constance. — Où veux-tu aller?

Julien. — En Égypte; dans la grande solitude. Ici les mauvaises pensées m’assaillent ; je ne peux plus m’en défendre.

L’empereur Constance. — Dans la solitude? Que veux-tu y faire? Traître, tu veux méditer. Je te défends de méditer. Demande mieux que cela...

Memnon, à V empereur . — Il est temps...

L’empereur Constance — Non, non, je ne veux pas...

Memnon le prend par le poignet. — Viens, viens, te dis- je...

L’empereur Constance. — Entrons dans la maison de Dieu.

Memnon. — Et n’oublie pas ensuite...

L’empereur Constance, à Julien . — Gallus m’attendra ici.

Le cortège entre dans V église. Mendiants , infirmes et aveugles entourent V empereur.

Un paralytique. — Oh, seigneur, laisse-moi toucher le pan de ton manteau, afin que je guérisse.

Un aveugle. — Prie pour moi, maître du monde, afin que je recouvre la vue.

L’empereur Constance. — Aie confiance, mon fils ! Memnon, jette-leur des pièces d’argent. Entrons, entrons!

La cour pénètre dans V église; Julien reste seul dehors .

Julien, après un court silence. — O mon frère; mon Gallus! Mais maintenant, ici, dans la sainte nuit de Pâques...! Non, non, ce n’est pas croyable (il écoute vers V église.) L’empereur en prière et adoration. Comme le chant résonne fort. On dirait les coups d’ailes de grands oiseaux. Les oiseaux de la prière. A quelle hauteur peuvent-ils monter? Oh, si l’on savait... (il se retourne et cogne V aveugle.) Fais attention, l’ami.

L’aveugle. — Je suis aveugle, seigneur.

Julien. — Prends patience; le jour va paraître, écoute, écoute comme l’empereur prie pour ta vue.

L’aveugle. — Qui es-tu, toi qui te moques de l’aveugle?

ŒUVRES DE DRESDE

Julien. — Un frère en cécité. (Il passe de Vautre côté , où il lui semble voir un sujet d’inquiétude.) Que fait celui-là? Il ne veut pas être vu;... il observe les fenêtres,... la voûte; il n'ose s'approcher... Oh, si c’était un... (il crie.) Arrête, arrête! Qui cherches-tu? Est-ce Gallus...?

Une voix, avec un cri de joie. — Julien!

Un jeune homme , simplement vêtut portant un bâton , apparaît entre les arbres .

Julien. — Ha, on dirait...! Non...; si, si... Theodorus!

Theodorus l’embrasse. — Julien... oh, quel bonheur !

Julien. — Theodorus! Ami et frère...! Toi, ici! Ce long chemin depuis la Cappadoce... [Peut-il venir rien de bon de Cappadoce.]

Theodorus. — Je suis arrivé ce matin... ; je t’ai demandé ; mais tous les gardes m’ont renvoyé...

Julian. — Naturellement. Mais laisse-moi te regarder. Tu as grandi, Theodorus ; tu as l'air fort...

Theodorus. — Et toi, tu as pâli.

Julian. — C'est l'air de la ville, Theodorus ;... ce n’est pas comme à Macellum... [Biffé : Oui, Macellum; Macellum ; je prononce parfois ce nom tant de fois de suite qu’il prend une étrange sonorité]... es-tu fatigué, Theodorus?

Theodorus. — Pas du tout ; on s’est bien reposé en bateau.

Julien. — Asseyons-nous tout de même ; tout près l’un de l'autre ; tiens... ( il le fait asseoir sur des fûts de colonnes renversés) n'est-ce pas comme dans notre enfance...

Theodorus. — Moi à tes pieds, comme en ce temps-là.

Julien. — Non, non...

Theodorus. — Oh, laisse-moi m’étendre là.

Julien. — Comme tes cheveux sont abondants... et bouclés. Mais Mardonius... comment va-t-il? Il doit avoir les cheveux presque blancs maintenant?

Theodorus. — Il est tout blanc.

LES MANUSCRITS

Julien. — Se souvient -il de moi?

Theodorus. — Peux-tu croire le contraire? [Qui ne se souvient de toi là-bas? N'es-tu pas comme une légende, etc.]

Julien. — Non, non, je le sais bien. Oui, ce furent des jours heureux pour nous et pour Gallus. C'est vrai, Gallus était bien plus âgé ; mais nous deux... Te rappelles-tu le premier jour de notre arrivée? Nous venions d'Aréthuse avec Marc. Te rappellestu Marc?

Theodorus. — Je ne crois pas l'avoir vu.

Julien. — Il est évêque maintenant.

Theodorus. — On dit en Cappadoce que sa foi n'est pas pure.

Julian. — Son âme était pure, je le sais. [Il s'est enfui avec nous comme avec deux oiseaux apeurés.] Oh, mais il faut que tu me racontes... ; l’église...

Theodorus. — L'église? Sur la tombe de saint Marnas?

Julien. — Que Gallus et moi avons bâtie. Gallus a terminé son aile ; mais moi,... ça n'a jamais voulu bien marcher... Comment ça a-t-il marché depuis?

Theodorus. — Pas du tout. Les maçons disaient que ce n'était pas faisable ainsi.

Julien — Pas faisable?.,. Non, non... Dieu ne veut rien savoir de moi, Theodorus. [le martyre était faux...]

Theodorus. — Oh, ne dis pas cela. Dieu n'était-il pas fort en toi, quand tu m'as tiré des ténèbres du paganisme, et m'as illuminé à jamais,... toi qui n'étais alors qu'un enfant î

Julien. — Oui, cette histoire est pour moi comme un rêve.

Theodorus. — C'est pourtant une bienheureuse vérité.

Julien, avec amertume . — Que n'est-ce maintenant? Je ne sais où j’ai pris l'ardeur et les paroles...? (il regarde au loin.) L’as-tu vue?

Theodorus. — Quoi donc?

Julien. — L’étoile, qui a filé... là... derrière les deux cyprès. T’ai-je raconté ce qu'a rêvé ma mère, la nuit où je suis né?

ŒUVRES DE DRESDE

Theodorus. — Je ne m'en souviens pas.

Julien. — Elle a rêvé qu'elle enfantait Achille.

Theodorus. — Et crois-tu toujours aussi fortement aux rêves qu’ autrefois?

Julien. — Pourquoi le demandes-tu?

Theodorus. — Je te le dirai. Mais il y a tant de choses que je voudrais savoir. Parle-moi de la vie dans la ville ; de toimême ; de l'empereur...

Julien, le regarde fixement. — Pourquoi veux-tu être renseigné sur tout cela?

Theodorus. — Peux-tu en être surpris?

Julien. — Avec qui as-tu parlé ici, avant de me rencontrer?

Theodorus. — Avec personne.

Julien. — Quand es-tu arrivé?

Theodorus. — Ce matin.

Julien. — Et tu veux savoir tout de suite... Crois-tu peutêtre que je ne suis pas heureux ici? Quelqu'un te l'aurait-il dit?

Theodorus. — Non, personne, mais...

Julien. — Oh, pardonne-moi, Theodorus, ami...

Theodorus — Quoi? Qu'y a-t-il?

Julien, écoute avec inquiétude. — Chut! (rassurant.) Ce n'était personne... Pourquoi ne serais-je pas heureux? Ici? Toute ma famille est ici réunie. Je veux dire, tous ceux qui sont vivants.

Theodorus. — Et l'empereur te tient lieu de père.

Julien. — Oui, la place était vacante. L'empereur la remplit. L'empereur est grand. [Biffé : Lorsqu'il a passé à cheval sous l'arc de Constantin, à Rome, il a baissé la tête pour ne pas se cogner,... comme... tu te rappelles bien le coq jaune de Macellum... il courbait aussi le cou... lorsque...

Theodorus. — Oh, mais...

Julien. — Ne ris pas ; cela pourrait te coûter la vie.] Pourquoi me questionnes-tu tellement? Je ne te dirai pas un mot de plus avant que tu m'aies dit ce que tu veux à Constantinople.

LES MANUSCRITS

Theodorus. — Je viens envoyé par Dieu.

Julien. — Oui, c’est bien ici sa vraie ville, la Jérusalem nouvelle, celle de l’empereur. [Biffé : Tu le verras toi-même. Tu broncheras dans la foi. Il te faudra jouer des coudes, pour faire progresser le christianisme dans les voies étroites. Courtisans et eunuques disputent sur la ressemblance essentielle du sauveur avec le père. Si tu fais venir un coiffeur pour boucler tes cheveux, il te demandera si le fils de Dieu a été créé de rien. La semaine dernière, une rixe eut lieu entre citoyens ; il a fallu des soldats pour les séparer... Sais-tu quel était l’objet de la querelle? Si la divinité se compose de trois substances ou de trois hypostases. Qu’en penses-tu?

Theodorus. — Oh, que sais-je...

Julian. — C’est vrai, très vrai. Je ne savais rien non plus, lorsque je suis arrivé de Macellum, Il y a beaucoup, beaucoup à apprendre.] Mais garde-toi d’un homme...

Theodorus. — Qui?

Julien. — De lui... le terrible...

Theodorus. — De qui? De qui?

Julien. — De Libanius... l’orateur...

Theodorus. — Oui, oui... le grand Libanius...

Julien. — As-tu entendu parler de lui?

Theodorus. — Peux-tu le demander? Sa réputation ne s’étend-elle pas dans toute l’Asie?

Julian. — Toute une année il a enseigné ici.

Theodorus. — Et tu le connais?

Julien fait le signe de la croix. — Dieu m’en garde. Si j’avais le courage d’une femme, je demanderais à l’empereur la tête de Libanius sur un plat d’argent. Oui, il est effrayant. Le reniement coule de ses lèvres, séduisant comme un poème, un chant sur les Troyens et les Achéens. Il met un bandeau sur les yeux des jeunes gens et lie leurs âmes, si bien qu’ils le suivent n’importe où. Theodorus! (Il se lève vivement.)

Theodorus se lève de même . — Eh bien?

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Julien. — Sais-tu ce que je crois. Il est l'esprit qui reposait sur les sept sceaux. Maintenant il est en liberté... Ne le crois-tu pas? J'ai vu cela.

Theodorus. — Qu'est-ce que tu as vu?

Julien. — C'était l'année dernière ; par une nuit de septembre où la peste faisait des ravages à Constantinople. J'étais malade d'épouvante. Une nuit, comme j'étais assis sur la terrasse, les étoiles se mirent à filer, une à une,... de très haut elles tombaient en décrivant de longs arcs et s'éteignaient avant de toucher terre. Je n'ai jamais vu rien de pareil. J'avais le vertige et il me semblait avoir changé de lieu; je n'étais plus sur le Bosphore... mais au bord de l'abîme sans fond... alors j 'entendis le chant des légions célestes,... mais il n’y avait pas là de joie, c’était une lamentation du ciel ; « ils ne nous atteindront pas ; malheur, malheur, nul n'atteindra jusqu'en haut »... chantaientelles...

Theodorus. — Qui n'atteindra pas en haut?

Julien. — C'est ce que j'ai vu alors; ce n'étaient pas des étoiles qui tombaient ; c'étaient des âmes humaines, les âmes de ceux que la peste avait tués,... l'une plus haute, l'autre plus basse, toutes devaient revenir à terre...

Theodorus. — Quelle vision étrange.

Julien. — J'ai vu davantage; j'ai vu une grande plaine; des garçons [faunes] y jouaient en foule; ils avaient attaché des fils très fins aux pattes d’oiseaux qui s'élevaient... oui... c'était comme des oiseaux..., et ils s'élevaient de plus en plus haut jusqu'à ce que les fils fussent tendus, alors ils descendaient, descendaient de plus en plus bas, jusqu'à terre où ils s'enfonçaient, s'enfonçaient dans l'abîme... et là, il y avait joie... nous les tenons, nous les tenons tous, tous... disait le chant... et je l’entends encore, ce chant du ciel et de l'abîme et des gens assemblés dans toutes les églises...

Theodorus. — Oh, Christ !

Julien. — Sais-tu qui étaent ceux-là qui avaient l'air de

LES MANUSCRITS 487

garçons... c'étaient tous les maîtres païens... je les reconnaissais aux manteaux courts.

Theodorus. — Quel étrange don de l'esprit, qui te permet de voir tout cela.

Julien. — Tu sais que je l'ai pu dès mon enfance...

Theodorus. — Hé oui, je le sais bien... surtout par la pleine lune.

Julien. — Oui, surtout...

Theodorus. — Si c'est une grâce, tu me l'as communiquée...

Julien. — Que veux-tu dire...

Theodorus. — Oui, ça vient de la vie commune avec toi... sais-tu ce qui m’a fait venir à Constantinople...

Julien. — Quoi donc...

Theodorus. — Une vision...

Julien — Une vision, dis-tu...! Oh, parle, parle! Non, silence ; attends ;... quelqu'un vient.

Un grand et bel homme en manteau court arrive de gauche , suivi de deux esclaves qui portent des livres et des rouleaux de parchemin; tous trois se dirigent vers Vescalier pour les embarquements.

L’homme. — Ne perdez rien dans l’eau. Rappelez-vous que ce que vous portez vaut plus que de l’or.

Julien — Permets, y a-t-il rien qui vaille plus que l’or?

L’homme. — Peux-tu acheter la sagesse pour de l'or?

Julien. — C’est juste. Et où vas-tu avec tes trésors?

L’homme. — A Athènes.

Julien. — A Athènes? Oh, riche seigneur, alors tu ne possèdes pas ta propre richesse.

L’homme. — Pourquoi cela?

Julien. — Est-ce acte de sage de mener des hiboux à Athènes?

L’homme. — Mes hiboux s’accommodent mal de la lumière de la ville impériale.

ŒUVRES DE DRESDE

Julien. — C'est vrai, seigneur, il y a beaucoup de lumière

[Biffé : L’homme. — Lumière double ; celle de Chi et celle de Kappa.

Theodorus, à voix basse. — Que veut -il dire, Julien?

Julien lui prend le bras. — Chut ne me trahis pas.]

L’homme, à part. — Ha; Julien! (U le regarde avec attention , mais à la dérobée.)

[Biffé : Julien. — Pourquoi pas triple?]

L’homme, comme précédemment. — Oui, oui, c’est lui (haut). Tu penses à la lumière qui vient des salles de cours?

Julien. — Mais oui, n’est -ce pas la lumière qui brille le plus près de toi?

L’homme. — Mon manteau court témoignerait pour toi si je le niais.

Julien. — Me connais-tu?

L’homme. — Je reconnais en toi un chrétien.

[Biffé : Julien. — A mon habit de cour?]

L’homme. — A [Biffé : tes paroles] ton habit de cour.

Julien. — [Biffé : Dieu le Seigneur fasse que cela se reconnaisse à plus que cela.] Mais dis-moi, que vas-tu chercher à Athènes?

L’homme. — Que cherchait Pilate?

Julien. — Voyons! La vérité [Biffé : Ta vérité] n’est-elle pas... ici où est Libanius?

[Biffé : L’homme. — Connais-tu Libanius?

Julien. — Non.

L’homme. — Voudrais-tu le voir?

Julien. — Oui, mort.

L’homme. — Alors, tu l’aimes.

Julien — Comment? Que veux-tu dire?

L’homme. — Un chrétien peut-il le demander? Secte étrange. Il n’y en a qu’un parmi vous qui sache voir la lumière et les étoiles et la vérité du monde.

LES MANUSCRITS

Julien. — Qui est cet unique?

L'homme. — Il peut être dangereux de le nommer.

Julien. — Pourquoi dangereux?

L'homme. — Parce qu'il est dangereux de nommer le successeur de l’empereur.

Julien. — Ha!]

L’homme. — Mes paroles t’irritent.

Julien — Pas du tout ; je suis lié avec ce prince ; je voudrais savoir... retire-toi, Theodorus... il faut que je parle avec cet homme... que sais-tu... que savez-vous tous de Julien?

L’homme. — Le nuage peut -il cacher une étoile ; n’y aurat-il pas ç à et là une ouverture où elle glissera dans son éclat ?

Julien. — Droit au fait, je t’en prie.

L’homme. — Pourquoi le tient-on comme un prisonnier princier? Pourquoi lui est -il défendu de chercher la fréquentation des gens instruits...

Julien. — C’est par souci pour son âme.

L’homme. — Tu veux dire pour sa foi? Mais que sait-il de sa foi, tant qu’il ne sait pas ce que l’on peut dire contre elle? Sait -on ce que vaut une épée, si on ne l’essaye jamais?

Julien. — C’est juste.

L’homme. — Combien il pourrait briller sur la capitale! Ne conte-t-on pas sur lui des histoires de son enfance, où, dans des controverses avec son frère, il prenait la cause des dieux et la défendait contre le Galiléen.

Julien. — C’était un jeu... exercices de parole.

L’homme. — Soit ; mais quel art ne renfermait pas déjà son discours, quelle beauté, quel charme dans le mouvement aisé des pensées...

Julien. — Il te semble...?

L’homme. — Ce qui me semble a peu d’importance... Mais je pourrais nommer Libanius.

Julien. — Libanius!

ŒUVRES DE DRESDE

L’h. — Oh, excuse-moi, seigneur... j’oubliais combien tu le détestes...

J. — Peu importe... que dit Libanius... que dit-il de... du prince Julien...

L’h. — Il l’appelle un Achille de l’esprit.

J. — Achille ! ( à fart) le rêve de ma mère !

L’h. — Dans les salles d’enseignement ouvertes a lieu la joute. Les flèches de la parole sifflent, l’épée acérée de l'esprit flamboie au soleil,... les dieux fortunés siègent haut dans les nuages...

J. — Oh, loin de moi avec ton paganisme î

L’h. — Et les héros rentrent au camp avec le gain de la vérité, la couronne au front... Mais Achille n’est pas parmi eux... Achille est en colère...

J. — Achille est malheureux! [Mais puis-je le croire.] Oh, dis-moi... j’ai le vertige... Libanius dit tout cela... [Épigr. pas le mot sur Atlas aux épaules voûtées? Ni le distique sur le singe en habit de cour?]

L’h. — Si le prince l’avait connu, il ne l’aurait pas si durement puni...

J. - — Puni? De quoi parles-tu?

L’h. — Tu ne le sais pas?

J. — Non, mille fois non.

L’h. — Alors, permets que je me taise !

J. — Non, non,... parle.

L’h. — Pas un mot de plus. Adieu.

J. — Mais au moins, dis-moi qui tu es...

L’h. — Un homme qui s’afflige quand sombre ce qui est grand.

Julian — Qu’appelles-tu grand?

L’homme. — [Biffé : L’éternel dans] L’incréé. [Ce qui est et devient vrai dans ce qui change.]

Julien. — Tout aussi obscur pour moi.

L’homme. — Il est tout un monde d’esprit et de beauté que

les Galiléens ignorent ; la vie, dans ce monde-là, est une fête pleine d’images et de chants, avec les coupes pleines et les cheveux couronnés de feuillage. Je sais celui qui pourrait être empereur dans ce grand empire radieux...

Julien. — Oui, en perdant l'éternité!

L’homme. — Qu’est-ce que l’éternité? Le retour à la source.

Julien. — Oh, si j’avais le savoir... [si j’avais des armes à lever contre toi...]

L’homme. — Le chemin est ouvert devant toi... [Biffé : adieu] !

[Julien. — Le chemin. Quel chemin?

L’homme. — Vers la vérité î Libanius ne ferme sa porte à personne.

Julien. — Ah! tu veux... que je... moi dans la fosse aux lions !]

Julien. — - Et tout ce que tu as dit du prince, de Julien..,

L’homme. — Oh, seigneur, ne me trahis pas,

Julien — Non, non, mais dis-moi...

L’homme. — Il faut que je m’en aille ; ici la vérité est exilée. Mais je m’en vais le front haut. Ici ou là Helios est au-dessus de moi.

( U descend dans le bateau , qui s'éloigne.)

Julian. — Qui était cet homme mystérieux?

Theodorus. — Oh, dis-moi, qu’est-ce que tu as dit de la fosse aux lions?

Julien. — Un mot seulement. Oui, j’y descendrai. Oh, Theodorus... je suis donc compris chez eux... que n’as-tu entendu...

Theodorus. — Oh, écoute, écoute... maintenant il est temps que je parle...

Julien. — Je ne peux plus supporter de vivre à la cour impériale, on me bafoue, on se moque de moi derrière mon dos... personne ne croit qu’il y ait en moi rien qui vaille... on rit de mon allure, de mes paroles... on m’observe... on me fait la gri-

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mace... oh, je le sens... le Christ s'éloigne de moi... ici je deviens mauvais...

Theodorus. — Le Christ est avec toi... écoute-moi, Julien.

Julian. — Je suis celui avec qui Libanius voudrait lutter,... oui, il Ta dit, cet étranger...

Th. — Écoute, écoute... Le Christ t’appelle...

J. — Que veux-tu dire...

Th. — C'est une vision qui m’amène à Constantinople...

Julien. — Une vision...

Th. — C'était une nuit ; il m’a semblé qu’un homme en vêtements blancs venait devant mon lit... des rayons entouraient sa tête, il tenait un roseau dans son bras, et il me regardait avec douceur... [les adorateurs de Cybèle furent assaillis, beaucoup d’entre eux furent tués dans les maisons ; oh, ce fut un grand moment à la gloire de Dieu.]

J. — Et tu as vu cela...

Th. — Et il parla et dit : [lève-toi] va chercher celui qui héritera de l’empire de la terre, et ordonne-lui d'entrer dans la fosse aux lions...

J. — Oh! étrange, étrange... et cette rencontre maintenant... Oui, c'est la volonté de Dieu que j’aille trouver Libanius,... que j’acquière de lui le savoir, que je le batte avec ses propres armes... que je le batte et le vainque pour la cause de Dieu...

Th. — Non, ce n’est pas ainsi qu’il l’entendait...

J. — Peux-tu douter, ne vois-tu pas le doigt de Dieu...

Th. — Je te dis que ce n’est pas cela, car la vision ajouta : dis-lui qu’il devra secouer de ses pieds la poussière de la ville impériale, lui tourner le dos, et ne jamais la revoir.

Julian. — Donc, partir, partir,... oh, où trouverai-je clarté...

Gallus, beau jeune homme fortement bâti , aux cheveux bruns bouclés , arrive de gauche ; Julien va vite au-devant de lui.

Julien. — Oh, Gallus, Gallus!

Gallus. — Quoi de bon? (désignant Theodorus.) Qui est-ce?

LES MANUSCRITS

Julien. — Theodorus.

Gallus. — Quel Theodorus? Ah, lui. Tu es ici? Sois le bienvenu.

Julien. — Oh, sais-tu? L'empereur t'a demandé.

Gallus. — Maintenant? Cette nuit?

Julien. — [Biffé : Que veut-il] Oui, oui..

Gallus. — Ça présage mort ou exil...

Julien. — Oh, tais-toi, tais-toi...

Theodorus. — Gallus... comment peux-tu craindre...

Gallus. — Que sais-tu de nos affaires.

Julien. — Oh, ne parle pas si haut.

Gallus. — Laisse-moi tranquille. Qu'il vienne. Et pourquoi es-tu là...

Julien. — Oh, tu sais bien... (il désigne l'église.)

Gallus. — Non, c'est vrai ; il ne supporte pas que nous soyons dans l'église en même temps que lui. Nos prières le font trembler, il sait que nous demandons vengeance...

Julien. — Pas moi; pas moi...

Gallus. — Non parce que tu es lâche. Mais moi, je le crierai sur les toits...

Julien. — - Oh, tais-toi, tais-toi... on t'entend?...

Gallus. — Je le crierai, te dis- je. (A Theodorus) L'as-tu vu?... As-tu vu l'assassin?

Theodorus. — L'assassin?

Gallus. — L’homme au manteau de pourpre; l'assassin de mon père... de ma mère, de mon frère aîné...

Julian. — Oh, tu attires la perdition sur toi..-

Gallus. — Onze têtes tombées d'un seul coup... ha, ha... mais tu peux penser si sa conscience le torture... ça le travaille partout comme un grouillement de vers dans une fistule...

Julien. — Ne l'écoute pas; va-t'en... va-t'en...

Gallus. — Arrête ! Tu y es pour quelque chose.

Julien. — Moi!

ŒUVRES DE DRESDE

Gallus. — Crois-tu que je ne sais pas ce qui se murmure partout. Il paraît que ce sera toi qui lui succéderas.

Julien. — Jamais, je te le jure, l'empereur ne m’en a dit un mot.

Gallus. — Lui ! Quand parle-t-il? Il se tait et guette l’occasion, et alors il frappe.

Julien. — Moi, moi. Ai-je l’air d’un empereur? Ne sais-tu pas que les courtisans se rient de moi...

Gallus. — Oui, tant que le vieux est vivant. Un courtisan oserait-il laisser voir qu’il pense que l’empereur peut mourir?

Julien. — Oh, quel malheur pèse sur la famille. Frère contre frère !

Gallus. — Ha, ha, que pèse une fraternité qui barre la route du trône.

Julien. — O Theodorus... ô Gallus... ici, ici, tout près ; réponds-moi, frère ; crois-tu que je suis faux...

Gallus. — Tu es lâche, Julien ; tu n’as pas le courage d’être loyal...

Julien. — Parce que le trône, dont tu parles, est mon effroi... je ne veux pas... ô Dieu tout-puissant... moi sur le trône... non, non... non !

Gallus. — Ha-ha ! Bien joué !

Julien. — [Toi aussi tu me lis comme un livre que tu ne sais pas déchiffrer.] Tu ne me connais pas... ; tu ne vois pas ma nature pécheresse... tu ne sais pas quelles mauvaises pensées téméraires... oh, cette tête serait ointe! La sainte huile du Seigneur ne devrait-elle pas me brûler comme du plomb fondu...

Gallus. — Alors notre puissant cousin devrait être chauve comme César.

Julian. — Ne dis pas de mal de l’empereur. Il est innocent... doit l’être...

Gallus. — Et le sang de ta mère...

G — Ha, ha, qui était derrière !

J. — Mais toi... toi-même fus épargné...

LES MANUSCRITS

G. — • N'étais-je pas alors malade, mourant...

J. — Et moi...

G. — Un enfant...

J. — Oh, mais depuis...

Gallus. — Pense à ce que nous aurions été si l'empereur avait eu des enfants...

Julien. — Oh, Gallus, si je pouvais aller à ta place. Je perds mon âme ici. Cette vie m’éloigne de Dieu. Je sens le mal

grandir en moi. Haine, vengeance, me parlent à l'oreille .

Non, non... enlève-moi cela ; Christ, sois près de moi.

Gallus. — L'empereur vient !

Julien. — Cher frère, sois raisonnable !

L* empereur, avec le cortège , sort de V église.

L'empereur Constance. — Et maintenant, la fête . Les

voilà tous deux.

Memnon. — Tout de suite, seigneur !

Lempereur Constance. — Gallus, cousin ! (il V embrasse.) Vous le voyez tous ; courbez- vous ; saluez Cæsar Gallus...

Gallus. — Cæsar!

Julien. — Ha!

L'empereur Constance. — Ne t'approche pas. Il est l’aîné. Il a la dignité d’un sous-empereur. Quel espoir as-tu formé? Qu'as-tu...? Va-t'en, va-t'en, te dis-je.

Gallus. — Moi... moi !

L'empereur Constance. — Tu iras en Asie. Le roi des Perses est en armes. C'est ma volonté de le battre...

Gallus — O mon très gracieux seigneur 1

L'empereur Constance. — Remercie-moi en actes. Et toi, Julien, pieux frère,... il devait en être ainsi...

Julien. — Que la volonté de l'empereur soit bénie...

L’empereur Constance. — Pas de souhaits. Écoute, tu peux maintenant respirer à Constantinople...

Julien. — Oui, Dieu soit loué, je peux maintenant respirer ici.

ŒUVRES DE DRESDE

L'empereur Constance. — Tu le sais déjà.

Julien. — Quoi?

L'empereur Constance. — Libanius est exilé.

Julien, — Libanius... exilé...

L’empereur Constance. — A Athènes...

Julien. — Ha...

L’empereur Constance. — Le navire est là ; il part cette nuit.

Julian. — C'était lui... lui-même...

L’empereur Constance. — L’as-tu rencontré?

Julien. — Accorde-moi une grâce, seigneur.

L’empereur Constance. — Parle.

Julien. — Permets que j’aille à Athènes.

L’empereur C. — Toi... à Athènes...

Julien. — Oui, oui., , là-bas...

L’empereur C. — Et que veux-tu y faire...

Julien. — Comme Daniel, entrer dans la fosse aux lions... [laisse-moi purifier le monde, et ensuite aller dans la solitude.] L’empereur C. — Je te comprends... et tu te crois assez fort...

Julien. — Dieu le Seigneur m’a envoyé un message cette nuit...

L’empereur C. — Julien...

Gallus. — Laisse-le partir... cela le détournera de plus grands projets...

L’empereur C. — Va ; comment pourrais-je rien te refuser... Avançons...

Gallus. — Helena... Quel conte de fées... quel rêve... Helena. — Oh, Gallus, voilà que le jour se lève pour nous... Gallus. — Mais qui est cause de cela?

Helena. — Chut...

Gallus. — Toi, toi... ou... l’impératrice...

Hélena. — Le chien Spartiate de Memnon...

Gallus. — Que veux-tu dire...

LES MANUSCRITS 497

Helena. — Le chien de Memnon ; Julien lui a donné un coup de pied ; d’où cette vengeance.

Tous , sauf Julien et Theodorus entrent dans le palais.

Julien — C’est l’étoile qui est tombée... ; l’empire m’est tombé des mains... et maintenant je suis libre, libre, libre...

Theodorus — Les desseins de Dieu se sont merveilleusement révélés.

Julien. — Theodorus, viendras-tu avec moi?

Theodorus. — Oui, je t'accompagne.

Julien. — Ils lèvent l'ancre. Bon vent, sage du monde [Écrit d'abord : du mensonge] ; [Biffé : demain arrivera ton vainqueur] ton vainqueur suit ton sillage. (Il crie :) Ha!

Theodorus. — Qu’est-ce qu’il y a?

Julien. — Une étoile a filé là.

Eusebia, frissonnant. — Les deux frères tiennent le destin du monde dans leur main. Et au-dessus d'eux sont les esprits des assassinés... Ciel, terre et abîme s’arment pour un combat où est en jeu le destin [d'abord écrit : l’avenir] du monde.

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