‹ Œuvres complètes. tome dixièmeChapitre 104 sur 198 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

A Athènes. Place ouverte, entourée de colonnades, près du port. Le soir vient. Basilius de Casarea, Gregor de Nazianze, et plusieurs étudiants de la haute école arpentent les colonnades en groupes dispersés. Une autre troupe traverse la place et descend au port en courant.

Basilius de Cæsarea. — Que signifient ces cris sauvages.

Gregor de Nazianze. — Un navire portant des élèves est arrivé d'Éphèse.

ŒUVRES DE DRESDE

Basil. — Vois comme les anciens font cercle autour d'eux, en brandissant leurs gourdins ainsi que des Scythes et des Perses.

Gr. — Baste, [c'est la coutume établie] maintenant on les conduit à la maison de bains ; là, ce sera pis ; vois, on leur arrache leurs vêtements.

Basil. — Oh, détourne les yeux de ces grossièretés...

Gr. — Ne prends pas cela tant au sérieux, ami... ; ce sont des plaisirs de jeunesse.

Basil. — Oui, mais cela me fend le cœur... de voir que les nôtres sont les pires ; si un citoyen est frappé ; si quelqu'un a offensé sa femme ou sa fille... n'est-ce pas toujours un chrétien...

Gr. — C'est qu'ils ont moins à risquer...

Basil. — Ça changera; il faut... ah... tourne-toi... pfuh... quelles horreurs !

Gr. — Regarde là; est-ce un spectacle meilleur...

Basil. — Le prince Julien...

Basil. — Avec des feuilles de chêne dans les cheveux..* qu'est -ce que cela peut être...

Gr. — Un jeu ; rien d'autre.

Le prince Julien et une grande foule d'étudiants arrivent sur la place .

La foule. — Vive Julien ! Vive notre lumière ! Vive l'amant de la sagesse !

Le pr. Julien. — Maintenant un nouveau jeu... ce sera sur la science du droit...

Des voix. — Oui, oui. ..le prince Julien sur le siège du juge...

Pr. J. — Laissons le prince... un autre vaut mieux... ; qui est plus fort en droit que Gregor de Nazianze...

Des v. — C'est vrai...

P. J. — Sur le siège du juge, Gregor, je suis un accusé..*

Gr. — Non, laisse-moi...

P. J. — Sur le siège du juge, allons, sur le siège du juge..*.

LES MANUSCRITS

Basil. — Viens, viens...

PR. J. — Reste... quel mal ai- je fait...

Des v. — Oui, quel mal...

Quelqu'un. — Il faut quelque chose de galiléen.

Pr. J. — Soit ; quelque chose de galiléen, comme vous dites ; j'ai refusé de payer l'impôt à l'empereur...

Des v. — Ha ha... vive le prince Julien...

Pr. J. — On m'amène ici... comme un pécheur...

Un étudiant. — Puissant juge, regarde cet homme impie, qui a refusé de payer l'impôt à l'empereur...

PR. J. — Ne me juge pas sans m'entendre... ; je suis un citoyen grec... combien un citoyen grec doit-il à l'empereur...?

Gr. — Ce que l'empereur demande.

Pr. J. — Bien, mais combien l'empereur peut-il demander... [réponds comme si l'empereur était présent.]

Gr. — L'empereur peut tout demander...

[Voilà qui est répondu comme si l'empereur était présent.]

Pr. J. — Il le peut ; mais il est écrit : Donnez à Dieu ce qui est à Dieu, et à l’empereur ce qui est à l'empereur...

Gr. — Et alors...

Pr. J. — Alors dis-moi, juge sage,... combien de ce que j'ai est à Dieu...

Gr. — Tout...

Pr. J. — Combien l'empereur peut-il donc demander...

Gr. — Cessons ce jeu...

Pr. J. — Réponds, combien... combien l'empereur peut-il demander...

Gr. — Je ne veux pas...

Pr. J. — Eh bien, un autre jeu... je serai juge, cette fois.,, je serai l'empereur lui-même...

Basil. — Allons-nous-en...

Pr. J. — Arrêtez-leî Qu'il comparaisse... Voyez, mon peuple, cet homme s'est enfui... chez les Scythes... il doit à l'empereur sa personne et tous ses biens... il l'a soustrait à

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ŒUVRES DE DRESDE

l’empereur... il a soustrait à l’empereur sa vie... ; quel est pour cela le châtiment...

Des v. — La mort...

Pr. J — Réfléchissons. Où s’arrête le pouvoir de l’empereur... Réponds, pieux Basil.

Basil. — Aux frontières du monde...

Pr. J. — Un homme peut-il s’enfuir hors des frontières du monde...

Des v. — Non, non...

Pr. J. — Alors le fuyard est fou... relâchez-le...

Des v. — Vive Julien... vive notre juge sage... vive...

(entre Libanius .)

Libanius. — Tiens, mon frère Julien sur le siège du juge...

Pr, J. — Quand les sages sont partis, c’est aux fous de siéger.

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