L. — Thoas... Thoas... où est ton chien
Pr. J. — Où donc... pas au port, tout de même...
L — N’est-ce pas mon devoir de sauver la jeunesse... Qui sait dans quelles griffes elle peut tomber...
Pr. J. — Place à la sagesse...
L. — Partons... pourquoi ne m’as-tu pas dit... (il sort à droite.)
Pr. J. — Voyez-les s’ébattre comme un groupe de faunes. [Ils se lèchent les babines à l’idée de tout le vin qui ne leur coûtera rien.] Élèves et maîtres tirent la langue. O amis, est -ce là le sel de Y Attique !
Gregor. — Comment peux-tu le leur reprocher? Ton grand frère ne leur donne-t-il pas l’exemple?
Pr. J. — Mon frère? Oui, je sais à quoi tu fais allusion. Oh, cet homme, que n’a-t-il pas fait écrouler en moi. J’ai été le trouver quand je suis arrivé ici, je me suis incliné devant lui, je l’ai embrassé, et je l’ai appelé mon grand frère...
Gr. — Et pourtant ton adversaire...
Pr. J. — Oui, justement, Gregor... je voyais en esprit une lutte formidable;... vérité en joute contre vérité... où avais-je mes yeux? Je vois pourtant clair, d’habitude. Mais y avait-il de quoi s’étonner? Ne sortais-je pas comme d’une prison? Je vous le dirai,... Libanius n’est pas un grand homme.
Gr. — Et pourtant la Grèce tout entière dit qu’il l'est.
Pr. J. — Il n’est quand même pas un grand homme, te dis-je. Il a un grand savoir, mais il n’est pas un grand homme. Libanius est jaloux... il est vaniteux... il est avide. Sa vie ressemble-t-elle à sa doctrine? Il connaît la nature et l’essence de toutes les vertus ; mais les pratique-t-il? Où est son mépris pour
ŒUVRES DE DRESDE
les biens du monde? N'a-t-il pas flatté l'empereur jusqu'au moment où il a été chassé?... Et sa haine de Maximos, cet homme étrange qui a surgi à Éphèse? Est-ce là de la grandeur? Oh, quand j'entends crier : il est grand, j'ai envie de cracher au visage du peuple grec...
Basilius de Césarée arrive de droite. — Des lettres de Cappadoce.
Gr. — Pour moi aussi?
Basil. — Tiens; c'est de ta mère...
Gr. — Ma pieuse mère...
Pr. J. — Est-ce que c'est d'elle... de Makrina...
Basil. — Oui, une lettre chaleureuse... chaque ligne est pleine de toi...
Pr. J. — Oui, oui... qu'est-ce qu’elle écrit?
Basil — Toute l’Asie est en rumeur. On ne parle que de Maximus. Est -il un imposteur ou bien un démon... nul ne peut expliquer les prodiges...
s Notes prises d'après Albert de Broglie (L’Église et l’Empire romain..., III, pp . 207-212), et d'après Auer (Kaiser Julian der Abtrünnige..., pp. 347-349) sur une même feuille double . Les notes d'après A. de Broglie sont une traduction évidemment faite par Ibsen , tantôt littéralement , tantôt très librement. Il a sauté certains passages, ce qui est indiqué par ... dans ma traduction de sa traduction . Lorsqu'il a sauté plus d'une ligne, je le dis en bas de page. Les notes d'après Auer sont un résumé . Ce manuscrit a dû être écrit en août 1871, au cours de la rédaction du premier acte , tel qu'on l'a dans le brouillon n° IX (Notice, tome IX, pp. 514 et suiv.)
LES MANUSCRITS