‹ Œuvres complètes. tome douzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 2 sur 82 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

MUNICH ET BERCHTESGADEN

D'Amalfi, où il venait d'achever Maison de Poupée , Ibsen revint à Munich au commencement d'octobre 1879 pour l'ouverture des cours de l'Université : Sigurd devait y continuer ses études de droit commencées à Rome. Il comptait les achever à Kristiania, pour avoir finalement un titre norvégien. C'était un garçon studieux, doué d'une très grande mémoire, et qui accumulait des connaissances dans les branches les plus variées. Son père, dont le savoir était beaucoup moins étendu, le consultait comme une encyclopédie. Le jeune homme était très soigné de sa personne, à la façon d'un timide qui ne veut pas qu'il y ait sur lui rien à redire. Son extrême politesse était aimable et obligeante, bien qu'un peu trop formelle. Son allure était discrète et modeste, et il semble avoir été très attaché au foyer familial. Du moins, dans presque tous les récits de personnes qui ont été reçues chez son père, est-il présent, et souvent on loue la façon dont il s'occupait des invités, surtout de ceux, quand on était nombreux, qui semblaient un peu négligés. Le père était certainement très fier de son fils, et avait lieu de l'être.

A peine réinstallé dans son appartement, Amalienstrasse, Ibsen vit arriver Magdalene Thoresen, qui resta quelque temps à Munich avant d'aller à Rome, et John Paulsen, qui, sur le conseil d'Ibsen J , avait quitté Paris pour suivre des cours à l'université de Munich. Comme d'habitude après l'achèvement d'un drame, une période de sociabilité semblait devoir s’ouvrir dans l'appartement orné des tableaux achetés en Italie. Mais un incident se produisit, qui mit la maison en grand émoi. Paulsen annonça un jour, au commencement de novembre, qu'au café Probst, où l'on trouvait les journaux Scandinaves, il avait entendu dire que Bjornson était à Munich. Aussitôt Ibsen et sa femme vécurent dans l'attente : Viendrat-il? Et Paulsen, ignorant des relations anciennes entre les deux écrivains, fut tout surpris de voir à quel point la visite de Bjornson était désirée, et combien on devenait nerveux. Bjornson resta plus d’une semaine et partit sans venir voir son ancien camarade. Seul, Sigurd l'avait vu, ayant été tout exprès au café Probst, où il avait appris que son parrain fréquentait pour lire les journaux, et il avait été fort impressionné par l'allure imposante de cet homme dont il entendait si fréquemment parler 1 2 .

Les deux amis n’étaient pourtant plus brouillés. Ibsen avait fait des avances auxquelles Bjornson avait fini par répondre. Seulement Bjornson avait bien mal choisi l'occasion. A un moment où la gauche menait campagne contre le « signe d’union », c’est -à-dire contre la présence des armes suédoises dans un coin du drapeau norvégien, de même que les armes norvégiennes figuraient dans un angle du drapeau suédois, il écrivit à Ibsen pour l'inviter à prendre publiquement parti dans la question. Ibsen était alors en train d’achever le second acte de Maison de Poupée . Il s’interrompit pour répondre 3 .

1 Lettre datée d’Amalfi, 20 septembre 1879, Breve , IX, p. 69.

2 John Paulsen, Samliv med Ibsen, 1906, pp. 191-198.

3 Lettre du 12 juillet 1879, Samtiden , XIX, p. 96.

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