‹ Œuvres complètes. tome douzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 73 sur 82 · L. io-ix. — et on concentre ses forces] Manque · texte numérisé non relu

L. io-ix. — et on concentre ses forces] Manque

L. 15. — Dans une petite demi-heure.] Bientôt, bientôt, mon cher garçon.

L. 16. P. 115, 1 . 20. — J’ai trouvé la pipe de père, et il m’a semblé que je devais l’essayer. [Ce qui suit est biffé.] Je me rappelle nettement que je l’ai fumée un jour, dans mon enfance.

Madame A. Toi?

O. Oui, j’étais tout petit dans ce temps-là. Et un soir, père était content et gai, il me prit sur ses genoux et me fit fumer la pipe... fume, mon garçon, disait-il, fume fort, mon garçon, et je fumai tant que je pus jusqu'au moment où je sentis que je

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pâlissais et que la sueur me venait au front. Et il a ri chaudement...

Madame A. Mais, cher Osvald, tu as rêvé cela.

Pasteur M. Oui, votre père n’était pas ainsi dans ce tempslà.

O. Non, mère, je ne l’ai pas du tout rêvé. Car tu es entrée, tu m’as pris et m’as porté dans la chambre d'enfant. Là, j'ai eu mal au cœur et je me rappelle nettement que tu pleurais. C’est le seul souvenir que j’aie de père. Était-il souvent aussi gai?

Pasteur M. En sa jeunesse il était fort enjoué .

O. Et il a tant fait dans le monde. Tant de travail bon et utile. Si l'on pouvait faire seulement la moitié de ce qu’a fait père.

Pasteur M. Oui, vous avez vraiment hérité du nom d'un homme éminent, exceptionnel, mon cher Osvald Alving. Allons, ce sera pour vous naturellement un stimulant...

O. Ce devrait en être un, oui.

Pasteur M. Et c'était bien de votre part d'être rentré pour le jour consacré à son honneur.

O. C’était le moins que je pusse faire.

Madame A. Et puis nous le gardons, c'est encore le mieux de l’histoire.

Pasteur M. Oui, tout l'hiver, à ce que j’entends dire.

O. Je reste un temps indéterminé, monsieur le pasteur. C'est agréable d'être à la maison.

Madame A. Oui, n’est-ce pas?

Pasteur M. Vous êtes parti de bonne heure dans le monde, mon cher Osvald.

O. En effet. Parfois je me demande si ce n'était pas trop tôt.

Madame A. Oh ! pas du tout. C'est bon pour un garçon éveillé. Surtout quand il est fils unique. Un pareil garçon ne doit pas rester chez père et mère pour être dorloté.

Pasteur M. C’est une question très controversée, madame

Alving. Le foyer familial demeure quand même la vraie place de l'enfant.

O. Je dois dire qu'en cela je suis d'accord avec le pasteur.

Pasteur M. Je crois d'ailleurs qu'au dehors, surtout dans les milieux d'artistes, on mène une vie assez peu familiale...

O. Oui, la plupart des jeunes gens y sont obligés, ils sont sans ressources et d'ailleurs ne veulent pas se priver de la charmante liberté... vous pouvez croire que ces gens-là sont sobres, une tranche de jambon et une bouteille de vin.

Pasteur M. Mais en quelle compagnie?

O. En très plaisante compagnie, monsieur le pasteur. Parfois il vient quelques modèles, et alors il arrive qu’on danse.

Pasteur M. Des modèles?... Qu'entendez-vous par là?

O. Nous autres peintres et sculpteurs avons besoin de modèles, il me semble. Comment pourrions-nous sans cela rendre la tension des muscles et les effets de lumière sur la peau, et... et tout cela.

Pasteur M. Vous ne voulez tout de même pas dire qu'il y a des femmes qui...

O. Qui posent pour nous autres artistes; si, je peux vous l'assurer.

Pasteur M. Et les autorités tolèrent une telle immoralité?

O. Les autorités tolèrent de pires sortes d'immoraliité, monsieur le pasteur, vous n'êtes sûrement pas sans le savoir un peu...

Pasteur M. Malheureusement, malheureusement, ce n'est que trop vrai, mais cette histoire de modèles est pire, car cela se produit ouvertement et on en parle...

O. Oui, nous ne pourrions penser agir autrement. Oh ! vous pouvez croire qu'il y a beaucoup de nobles créatures parmi les modèles, si l’on n’en voit guère ici chez nous.

Pasteur M. Est-ce dans une pareille société que vous avez vécu là-bas?

O. Parfois je vais aussi chez les camarades ; il faut pourtant

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voir comment c'est dans leur milieu de famille, jouer un peu avec les enfants.

Pasteur M. Mais vous disiez que la plupart des artistes n'étaient pas mariés.

O. Oui, c'était mal dit... je voulais dire mariés à l’autel.

Pasteur M. Mais miséricorde...

O. Mais, cher monsieur le pasteur, que doivent-ils faire ; un pauvre peintre, une pauvre jeune fille; ils n’ont pas les moyens de se marier, car ça coûte cher. Que doivent-ils faire?

Pasteur M. Je vais vous le dire, monsieur Alving, ils doivent s'éloigner l’un de l’autre.

O. Vous n’irez pas loin avec ce conseil auprès de jeunes gens ardents, joyeux de vivre. Oh ! la superbe vie libre, là-bas.

Pasteur M. Et cette sorte de liberté, par-dessus le marché, sera considérée comme quelque chose de louable...

O. Je vais vous dire, monsieur le pasteur, vous pouvez venir dans beaucoup de ces ménages irréguliers, et jamais vous n’y entendrez un mot choquant. Et je vais vous dire ceci de plus, je n’ai jamais trouvé l’immoralité chez nos artistes là-bas... mais savez-vous où je l'ai trouvée?

Pasteur M. Non, heureusement...

O. Oui, alors il faut malheureusement que je vous le dise. Oui, je l’ai trouvée dans maint des pères de famille et maris exemplaires qui parfois viennent faire une équipée par là tout seuls, dans ces messieurs à grosse chaîne d'or sur le gilet ; savezvous la première chose qui ces messieurs occupe ? Oh ! ils vont voir tel ou tel artiste pauvre, prennent des familiarités avec lui, l’invitent à dîner dans un bon restaurant, font sauter le champagne... puis lui poussent le coude, et disent qu’on va sortir et s’amuser... c’est alors que, nous autres artistes, nous pouvons entendre parler d’endroits que nous n’avons jamais entendu nommer, et voir des choses dont nous n’avons jamais eu l’idée... Mais ce sont les gens moraux, ceux-là, monsieur le pasteur, quand ils rentrent dans leur foyer, ils peuvent faire

réloge des mœurs pures de chez nous, par opposition à la corruption de Tétranger !... ah oui... ces gens savent à quoi s'en tenir... ils ont vraiment le droit de parler. [La suite nest plus biffée .]

Madame A. Mais cher Osvald, il ne faut pas t’emporter

O. Non, tu as raison ; ça n’est pas bon... je vais faire un petit tour avant le dîner. Excusez-moi, monsieur le pasteur ; vous ne pouvez pas vous rendre compte ; mais j’avais besoin de m’épancher une fois.

(Il sort par la seconde porte à droite.)

Pasteur M. Il en est donc arrivé là.

Sur une feuille détachée se trouve un nouveau brouillon qui commence par la réplique p. 107, L 24. Les différences avec le texte définitif sont indiquées ici comme d'habitude :

P. 108, 1 .11. — rappelle exactement] ressemble à

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