‹ Œuvres complètes. tome huitièmeChapitre 3 sur 148 · PEER GYNT AVANT L^ÉCRITURE · texte numérisé non relu

PEER GYNT AVANT L^ÉCRITURE

Lorsque, le 15 novembre 1865, Ibsen eut envoyé à son éditeur Hegel la fin du manuscrit de Brand, il dut éprouver un véritable soulagement. Si instante que fût pour lui la nécessité de produire, dans l'état de dénuement où il vivait, et avec sa conviction que son drame lui rapporterait seulement des ennuis, il a dû s'accorder un petit congé, d'autant plus qu'il attendait les épreuves, et qu’il comptait sur Hegel pour une publication rapide, « au commencement de décembre ' ». Mais elle n'eut pas lieu, et une période d'attente énervante commença, peu favorable à la mise en train d’une œuvre nouvelle. Puis, en février, il eut son attaque de malaria. Enfin, au commencement de mars, il est rétabli, et après trois mois perdus, il sent qu'il est urgent de se remettre au travail.

Il pense alors tout naturellement à ce qu'il a de plus prêt, et qui, « déjà, est en lui, venu à terme » ^ bien qu'il n'ait pu s'en occuper jusqu'alors à cause de son inquiétude. C'est évidemment de son projet d'un drame sur Mogens Heinessôn qu'il parle, et il le confirme trois jours plus tard dans une lettre à Hegel*.

* Lettre du 20 décembre 1870, Breve^ I, p. 219.

* Lettre du 4 mars 1866 à Bjôrnson, ibid.j p. 109.

2 L. C. Nielsen, Frederik V. Hegel, II, p. 294.

ŒUVRES D’ITALIE

Mais cet ancien projet, pour lequel on a vu qu'il avait pris des notes à Kristiania peu avant son départ, ne pouvait l’intéresser bien vivement. Il ne pouvait l’adapter à ce qui était au premier plan dans sa pensée. Il ne le prenait que parce qu’il lui fallait un sujet à traiter, et de préférence un sujet déjà mûr, et bon pour la scène. Or, de telles considérations pratiques avaient peu de prise sur lui.

D’ailleurs, Brand parut enfin, et le succès s’affirma immédiatement, et dès la fin d’avril, l’espoir d’obtenir la pension de poète devint assez probable. Ibsen ressentit moins vivement l’urgence de produire. C'est sans doute alors, de mars à octobre, qu’il reprit ses promenades artistiques dans Rome, qu’il avait commencées en 1864. et interrompues pour se consacrer entièrement à son grand poème dramatique. A la suite de sa maladie de janvier-février, il éprouvait un singulier bien-être, car c’est évidemment au printemps de 1866 qu’il fait allusion dans une lettre écrite plus tard à Brandès, qui sortait de maladie : « Vous allez avoir une période délicieuse, (^uand vous commencerez à reprendre des forces. Je connais cela par expérience... C’est un indescriptible état de reconnaissance et de bien-être ‘ ». Ibsen paraît inconsciemment mélanger, dans cette lettre, les souvenirs d’un heureux état physique et de la satisfaction que lui ont causée les excellentes nouvelles successivement reçues au cours du printemps. Car tout contribuait à son euphorie, et il écrivait : « J’ai une puissance de travail et une vigueur à pouvoir abattre des ours - ». Mais, d’après sa lettre à Brandès, cette puissance de travail a dû se résoudre en un désir de se laisser vivre. Il a donc dépensé sa force en promenades, non dans Rome seulement, mais dans la campagne romaine, qu’il a parcourue sac au dos en tous sens ^ Il reprenait ainsi contact avec le monde

^ Lettre d\i 25 novembre 1865, Breve^ I, p. 100.

2 Lettre à M. Birkeîand du 4 mai 1866, ihid.^ p. 124. •

3 Jhid.

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