RETOUR A JULIEN
romain, dont les ruines l’avaient tellement frappé à son arrivée à Rome. Aussi n’est-on pas surpris de lire, dans sa lettre du 4 mai, aussitôt après ce qu'il dit de ses excursions : « Je n'abandonne pas Julien... K »
Quelques jours plus tard, le 21 mai, il écrit à son éditeur : <( Quel travail je vais aborder d'abord, je pourrai vous en informer d'ici très peu de temps. J’ai de plus en plus d'envie de m’attaquer pour de bon à U Empereur Julien y à qui j’ai pensé depuis deux ans^ » Julien gagne évidemment du terrain, et deux mois plus tard il paraît décidément l’avoir emporté. Ibsen écrit : « Je vais bientôt me mettre à écrire pour de bon; j’en suis encore à me débattre avec le sujet; mais je sais que j’aurai bientôt enfourché l'animal, et alors, le reste ira tout seul h »
Il était alors installé depuis le commencement de juin à Frascati, et habitait le vieux palais Gratiosi, « magnifique et pas cher », tout près de Tusculum, où il a visité la schola de ('iceron, « presque intacte » au milieu de la villa ruinée, dit-il. Et il décrit la vue splendide qui, de Frascati, s'étend de tous côtés : « Bref, où que l’on se tourne, on croit voir le champ de bataille où l’histoire universelle a livré son principal combat. » Ce combat, c’est évidemment, dans son esprit, la fin du monde antique, et le paysage le fait penser à Julien, quoiqu’il sache fort bien qite cet empereur grec n'est jamais venu à Rome.
Mais « l’animal » ne se laisse pas enfourcher aisément, et le 22 août, Ibsen doute fort que sa nouvelle œuvre puisse être achevée en automne, et comme « livre de Noël » (c’était l'époque où se publiaient la plupart des ouvrages littéraires), il propose à son éditeur danois une seconde édition de La Comédie de rAmour, En même temps, comme il vient d’apprendre qu'il
i Lettre à M. Birkeland du 4 mai 1866, ibid.y p. 129.
* Lettre à Hegel du 21 mai i 865 , ihid,y p. 129*130.
Lettre à Botten Hansen du 22 juillet 1866, ibid,y p. 13^.
ŒUVRES D’ITALIE
aura une bourse de voyage de 350 spd. (près de 2 000 fr.), il annonce son intention de consacrer cette somme inattendue à un voyage en Grèce « l’été prochain » C’est dire que l’écriture du grand drame « d’histoire universelle » est ajournée. Mais Ibsen continue à le préparer, et mentionne encore le voyage en Grèce le 5 octobre Pendant cinq à six mois, du commencement de mai jusqu’en octobre, les promenades romaines et les études d'histoire ancienne sont *— avec la correction de La Comédie de VAmour en vue de la seconde édition — les seules occupations dont témoignent ses lettres. Et plus de la moitié de ce temps se passe à Frascati, où il ne lit pas de journaux, et ne sait rien de ce qui se passe au dehors ^
Cependant il rentre à Rome dans les premiers jours d’octobre A-t-il éprouvé plus vivement alors, en retrouvant la colonie Scandinave et la vie citadine, le désir de s'atteler tout de suite à un travail qu’il pourrait achever plus rapidement? Ce qui est sûr est que ses projets se modifient. De nouveau, il songe à Magnus Heinessôn, et aussi à un sujet nouveau. Le 22 novembre, à propos de la pièce « prise au temps de la jeunesse de Christian IV », il écrit à Hegel :
Ce travail sera-t-il, d'ailleurs, le premier que j'achèverai, je ne le sais pas encore positivement. J'ai aussi deux autres sujets dans l'esprit; et cette dispersion de mon intérêt montre précisément qu'aucun de ces objets n'est encore suffisamment mûri, je sens pourtant avec certitude que cela ne tardera pas, et j'espère pouvoir vous adresser vers la fin du printemps le manuscrit complet
Les deux autres sujets sont, l’un, l’empereur Julien, qui est ajourné, et l’autre, Peer Gjmt, à qui Mogens Heinessôn cède
* Lettre à Hegel du 22 août 1866, ibid.t p. 136.
* Lettre à M, Birkeland, ihid., p. 139.
3 Lettre à Hegel du 9 juin 1866, ibid.j p. 132. On s'aperçoit toutefois dans sa lettre du 22-24 août qu’il a fini par se procurer des journaux Scandinaves.
* Lettre à Birkeland du’s octobre 1866, ibid^y p. 139.
* Brevet L P- 146.