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PROJET DE REPRÉSENTATIONS

quoi, il aurait refusé à Ibsen, et évité Peer Gynt et ses nombreux écueils *. » C'était abonder dans le sens de Bjôrnson, qui lui avait écrit : « Te voilà dans Peer Gynt! Grand bien te fasse ! Il a quelques morceaux pour une musique poétique ; mais l’ensemble s’y dérobe, et cela, souvent par des passages comiques et secs dont tu ne te tireras pas »

Grieg ayant accepté, Ibsen soumit son projet à Josephson ^ qui admit très volontiers l’idée, mais pensa que le quatrième acte pouvait être en partie conservé, et envoya un nouveau plan de coupures. Il assurait que la pièce deviendrait ainsi populaire et ferait recette. Et Ibsen, qui avait grande confiance en Josephson, s’en remit à lui entièrement

Grieg se réconcilia peu à peu avec son sujet, mais n’acheva son travail qu’en 1875, et Peer Gynt fut enfin joué le 24 février 1876 avec un grand succès, car il y eut vingt-six représentations au cours de la saison, et onze la saison suivante et elles ne furent interrompues que par un incendie®.

Elle fut jouée ensuite à Copenhague pendant la saison 1885-86, sous la direction de Grieg, qui remania l’orchestration, surtout dans la scène des filles de pacage, qu’il rendit plus « diabolique » selon le désir d’Ibsen. Et elle fut reprise à Kristiania en 1892 avec un succès accru.

Lorsque le vieux « Théâtre de Christiania » eut disparu en 1899, le <c Théâtre national », qui le remplaçait, devait naturellement reprendre Peer Gynt. Il le fit en deux soirs, avec très peu de coupures, donnant les trois premiers actes le premier soir et les deux derniers le second soir.

Cette tentative n’a pas été renouvelée, que je sache. Mais Peer Gynt, avec la musique de Grieg, est devenu, comme l’avait

J Lettre à Bjôrnson du 12 septembre 1874, ibid., p. 26.

2 Lettre du 16 juillet 1874, Bryiningsaar, I, p. 243.

3 Lettre du 6 février 1874. Breve, II, p. 33.

* V. la lettre dTbsen à Hartvig Lassen du 16 août 1875.

® V. Ludvig Josephson, EU och annat am Henrik Ibsen och Kristiania Teater.

ŒUVRES D'ITALIE

prévu Josephson, une pièce populaire, qui fait recette. On le joue tantôt en donnant les trois premiers actes seulement, et peu de coupures, tantôt complet, en un soir, avec des coupures nombreuses. Celles-ci ont naturellement varié à chaque reprise. On trouvera en appendice l’indication des coupures faites aux représentations où il en a été fait le plus. J’en dois la liste à l’obligeance du professeur Francis Bull.

Le succès de Peer Gynt à la scène s’est enfin prolongé à l’étranger, et l’on peut dire qu’en France, notamment, c’est la seule pièce d'Ibsen qui ait atteint, avec des reprises assez fréquentes, un nombre élevé de représentations.

Ibsen l’a écrite, pourtant, sans songer à des représentations possibles, et l'on ne pourrait guère citer d’autres œuvres du même genre qui aient obtenu un succès durable au théâtre. Si belles que soient ses qualités proprement dramatiques, elle n’y est pas vraiment à sa place... à moins qu’on la considère uniquement comme un conte et comme une féerie.

Qu’on la prît ainsi n’aurait d’ailleurs pas déplu à Ibsen, — du moins longtemps après, lorsque les émotions qu’il a traduites dans cette œuvre n’ont plus été qu’un souvenir effacé. Au comte Prozor, qui lui demandait en 1897 ce qu’il fallait dire au public français en la lui présentant, il répondit : « Invitez-le simplement à passer avec moi une heure de folie ‘. » A distance, ses œuvres perdaient pour lui beaucoup de leur intérêt, et leur contenu d'idées, surtout, s’évaporait. Il savait bien, pourtant, qu’un tel contenu avait existé, et à un visiteur français qui lui parlait de Peer Gynt en 1900, il répondit : « Bah ! une œuvre de jeunesse ! Ce fut mon Manfred. Qui sait s’il n’a pas persisté en moi un byronien attardé »

' Comte M. Prozor, Le Peer Gynt d'Ibsen, p. 32.

- J’ai la coupure du journal où ce propos est rapporté, mais sans indication

du titre ni de la date.

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