PROJET DE REPRÉSENTATIONS ÇI
ductions anglaise, française et russe se succédèrent au cours des années 90, et ce fut seulement au commencement de ce siècle qu’il y en eut dans de nombreuses autres langues.
Ce retard s’explique par les raisons qu’Ibsen avait présentées à Passarge, et aussi par la difficulté particulière que présente la traduction de ce poème. William Archer en a parlé à Ibsen, qui « déclara expressément qu’il préférait laisser Peer Gynt non traduit, plutôt que de le voir rendu en prose ». Il accepta seulement le compromis de la traduction en vers non rimés K Par contre, il n’avait pas critiqué un projet inverse de traduire Les Prétendants à la Couronne en vers ^
Mais contre les représentations de Peer Gynt, il n’a pas eu d’objections, comme il en avait eu pour Brand, et lorsque le directeur suédois du « Théâtre de Christiania », Ludvig Josephson, eut donné, en 1873, des preuves de son savoir-faire, Ibsen écrivit à Grieg pour lui demander de composer « la musique nécessaire », et il indiqua en détail les endroits où il désirait en avoir. Au premier acte, entièrement conservé, sauf peu de coupures dans le dialogue, il souhaitait que le monologue de Peer Gynt eût un accompagnement musical ou fût dit en partie comme un récitatif, et la scène dans la cour de ferme devait être augmentée d’un ballet et d’un air de danse qui continuerait en sourdine jusqu’à la fin de l’acte. — Au second acte, musique d’accompagnement pour la scène des trois filles de pacage, « mais il la faut diabolique ! » pour le monologue qui suit, pour la scène de la femme en vert, pour la scène dans la salle de Dovre, qui sera très abrégée, et pour celle du Grand Courbe, qui restera entière ; les voix d’oiseaux seront chantées, on entendra au loin sonnerie de cloches et chant de psaume. — Au troisième acte, quelques accords seulement pour la nouvelle rencontre avec la femme en vert, et peut-être un léger
1 The coUected Works of Henrik Ibsen, IV, pp. xxix-xxx. ® Lettre du 22 mars 1866, Brève, I, p. 113.
ŒUVRES D'ITALIE
accompagnement à la fin de la scène de la mort d'Aase. — Et voici pour le quatrième acte, qui sera presque entièrement supprimé :
A sa place j’ai imaginé une grande fresque musicale qui suggère la vie errante de Peer Gynt dans le vaste monde ; des mélodies américaines, anglaises et françaises pourraient y passer comme des motifs variés et fugaces. On entendra le chœur d’Anitra et des femmes derrière le rideau, fondu avec la musique d’orchestre. Celle-ci continuant^ le rideau se lève, et l'on voit, comme une lointaine image de rêve, le tableau où Solvejg, femme d'âge moyen, est assise au soleil devant la cabane et chante. Après son chant, le rideau tombe lentement, et la musique en vient à décrire l'orage en mer, qui est le commencement du cinquième acte.
Au cinquième acte, devenu quatrième et très abrégé, il faut un accompagnement pour la scène avec le passager étranger sur le bateau ; la scène sur la coque renversée disparaît ainsi que la scène du cimetière. Après le monologue de Peer ramassant des oignons, Solvejg chante, et la musique se prolonge pendant les répliques de Peer qui suivent pour passer ensuite dans les chœurs. Les scènes du Vieux de Dovre et du fondeur de boutons sont abrégées. Les gens allant à l'église chantent. La musique a des sonneries de cloches et de lointains chants de psaumes jusqu'au moment où le chant de Solvejg termine la pièce, après quoi le rideau tombe pendant que le chant de psaumes se rapproche et résonne plus fort *.
Grieg a écrit quelques mois plus tard, lorsqu'il était en train d'y travailler : « Je me cabrai, naturellement, à l’idée d'avoir à faire de la musique sur le plus antimusical de tous les sujets » Il est vrai que cela s’adressait à Bjôrnson, et Grieg voulait s'excuser vis-à-vis de lui, car il avait promis à Bjôrnson de composer la musique d’un livret qu’il projetait. Mais le texte de Bjôrnson n’arrivait pas, et il avait besoin d’argent, « sans
* Brcve, II, pp. 13-17»
2 Breve fra Grieg^ lettre à Bjôrnson du octobre 1874, P- 28.