ŒUVRES D’ITALIE PEER GYNT
Hé, non,... laisse!
LE FONDEUR DE BOUTONS Bien,... nous commençons?
PEER GYNT
Une seule question Être soi-même, qu’est-ce que c’est, en somme?
LE FONDEUR DE BOUTONS
Étrange question, dans la bouche d’un homme qui a tout à l’heure...
PEER GYNT
Réponds bref et bien.
LE FONDEUR DE BOUTONS Être soi-même, c’est : se tuer soi-même.
Mais on perd sa peine à te le dire ainsi ; disons donc que c’est : se présenter partout avec l’écriteau de la pensée du Maître.
PEER GYNT
Bon, mais celui qui jamais n’a pu savoir ce que le Maître a pensé faire de lui?
LE FONDEUR DE BOUTONS Il doit le sentir.
PEER GYNT
De tels sentiments trompent,...
et en pleine vie, on s’en va... ad undas.
PEER GYNT, ACTE V
LE FONDEUR DE BOUTONS
Certes, Peer Gynt ; pour le gars fourchu, le manque d*un tel sentiment est très bon hameçon.
PEER GYNT
C'est extrêmement embrouillé, cette affaire... Écoute; je renonce à être moi-même;...
j'aurais trop de peine à le prouver, peut-être. J'estime perdue ma cause sur ce point.
Mais comme j'allais seul, ici, sur la lande, le soulier de la conscience m'a blessé ; alors, j'ai pensé : oui, jfcu es un pécheur...
LE FONDEUR DE BOUTONS Tu reviens, il semble, à ton commencement...
PEER GYNT
Pas du tout, car je veux dire un grand pécheur ; en fait, mais aussi par désirs et paroles.
J'ai mené, à l'étranger, une vie folle...
LE FONDEUR DE BOUTONS C'est possible ; mais puis-je en voir le registre?
PEER GYNT
Oui, donne un délai; j'irai trouver le prêtre, me confesser vite, et t'apporter la preuve.
LE FONDEUR DE BOUTONS
Eh bien, fournis-la, il est alors certain que tu es sauvé de la cuillère à fondre.
Mais mon ordre, Peer...
ŒUVRES D’ITALIE
PEER GYNT
Le document est vieux ; il est d'une date ancienne, sûrement;...
Ma vie, un moment, fut indigne et abjecte, j'ai fait le prophète et croyais au Fatum.
Eh bien, j'essaierai?
LE FONDEUR DE BOUTONS
Mais... !
PEER GYNT
Mon cher, sois gentil,...
tu n'as pas grand'chose à faire, sûrement.
L'air est excellent ici, dans ce district il ajoute une aune à la durée des gens.
Comme l’a dit le prêtre du Justedal :
« dans cette vallée, rarement quelqu'un meurt ».
LE FONDEUR DE BOUTONS Bien, au prochain carrefour ; mais pas plus loin.
PEER GYNT
Un prêtre, n'être à saisir qu'avec des pinces !
(]l courl.)
(Colline de bruyères. La route serpente le long des collines.) PEER GYNT
Elle peut servir de beaucoup de façons, dit Esben, ramassant une aile de pie.
Qui aurait pensé qu'un fardeau de péché peut, au dernier soir, vous sortir d'embarras?
PEER GYNT, ACTE V
L’affaire, il est vrai, demeure aussi fâcheuse ; car, au fond, ça mène de la cendre au feu mais il est un mot d’expérience qui dit :
tant que la vie dure, on a encore espoir.
(Un personnage maigre en soutane très retroussée^ un -filet d*oiseleur sur Vépaule^ court le long du versant.)
Qui va là? Un prêtre avec rets pour oiseaux !
Hé, là-bas ! Holà ! J’ai vraiment de la chance ! Bonsoir, monsieur le pasteur. Mauvais sentier...
LE PERSONNAGE MAIGRE C’est vrai ; mais que ne fait-on pas pour une âme? PEER GYNT
Aha ; quelqu’un va monter au ciel?
LE PERSONNAGE MAIGRE
Oh non ;
j’espère qu’il suit un chemin différent.
PEER GYNT
Monsieur le pasteur, je vous accompagne un moment?
LE PERSONNAGE MAIGRE Volontiers ; la compagnie m’est agréable.
^ PEER GYNT
J’ai quelque chose sur le cœur...
LE PERSONNAGE MAIGRE
Heraus! Vite !
ŒUVRES D’ITALIE
Vous voyez devant vous un homme honorablé.
La loi de l’État, je l'ai bien observée ; jamais je ne fus aux fers ou en prison parfois, cependant, on perd son équilibre, on trébuche...
LE PERSONNAGE MAIGRE
Hé, les meilleurs y sont sujets.
PEER GYNT Oui, ces menus faits...
LE PERSONNAGE MAIGRE
Menus, seulement?
PEER GYNT
Oui ;
des péchés en gros je me suis abstenu.
LE PERSONNAGE MAIGRE
Oh, alors, mon cher, laissez-moi en repos ;... je ne suis pas l’homme que vous semblez croire... Vous considérez mes doigts? Qu'y trouvez-vous?
PEER GYNT
Des ongles étrangement développés.
LE PERSONNAGE MAIGRE
Et quoi maintenant? Vous regardez mon pied?
PEER GYNT, les montre du doigt.
Ce sabot est-il naturel?
LE PERSONNAGE MAIGRE Je m'en flatte.
PEER GYNT, ACTE V
PEER GYNT, lève son chapeau.
J’aurais pu jurer que vous étiez un prêtre ; et j’airhonneur... Bon, le mieux, certes, vaut mieux qui entre au salon, évite la cuisine ; si Ton voit le roi, on néglige ses gens.
LE PERSONNAGE MAIGRE
Poignée de mains ! Vous semblez sans préjugés.
Eh bien, cher, en quoi puis-je vous obliger?
Mais ne demandez ni pouvoir ni argent.
Je ne peux les donner, dussiez-vous me pendre. Vous ne croiriez pas combien les affaires vont mal il y a grande diminution du rendement ; on ne voit pas d’âmes ; de loin en loin, une, par hasard...
PEER GYNT
Les gens sont tellement meilleurs?
LE PERSONNAGE MAIGRE
Au contraire; ils ont salement empiré;...
la plupart vont dans une cuillère à fondre.
PEER GYNT
Oui,... j’ai entendu parler de la cuillère.
C’est à ce propos, justement, que je viens.
LE PERSONNAGE MAIGRE Parlez librement !
PEER GYNT
Si ce n’est pas trop indiscret.
je désirerais...
ŒUVRES d'iTALIE
LE PERSONNAGE MAIGRE Un lieu de refuge? Hein?
PEER GYNT
Désir deviné avant d'être exprimé.
Puisque les affaires vont mal, dites-vous, je pense que vous ne serez pas trop strict...
LE PERSONNAGE MAIGRE Mais, mon cher...
PEER GYNT
Modestes sont mes prétentions.
Je n'ai pas besoin qu'on me donne un salaire ; une compagnie agréable suffit...
LE PERSONNAGE MAIGRE
Une chambre chaude?
PEER GYNT
Oui, pas trop ;... et surtout, possibilité de partir libre et sauf,...
droit de retourner, comme on dit, en arrière, quand des jours meilleurs seront en perspective.
LE PERSONNAGE MAIGRE
Vraiment, mon ami, ça me fait de la peine ; mais c'est prodigieux le nombre des demandes que les bonnes gens m'adressent dans ce but, lorsqu'ils vont quitter leur besogne terrestre.
PEER GYNT
Mais si je repense à ma conduite ancienne, je suis bien un homme qui a droit d'entrer...
PEER GYNT, ACTE V
LE PERSONNAGE MAIGRE Rien que des menus faits.,.
PEER GYNT
En un certain sens ;.
mais j'ai fait la traite des nègres, je crois...
LE PERSONNAGE MAIGRE
Des gens trafiquaient de volontés et d'âmes, mais si sottement qu'ils ne sont pas entrés.
PEER GYNT
J'ai porté des statues de Brama en Chine.
LE PERSONNAGE MAIGRE
Pas de sentiment ! Nous nous moquons de ça.
Des gens ont sorti figures plus vilaines dans les sermons, l'art et les littératures;.,, iis n'ont pourtant pas été admis...
PEER GYNT
Bon, mais,...
savez-vous bien que j'ai joué au prophète !
LE PERSONNAGE MAIGRE
A l'étranger? Pfuh ! La vision ins blaue qu'ont beaucoup de gens finit dans la cuillère. Si vous ne pouvez vous fonder sur rien d'autre, j'ai beau le vouloir, je ne peux vous loger.
PEER GYNT
Et ceci : j'étais naufragé,.,, sur la quille,... on dit : qui se noie attrape une branchette,...
ŒUVRES D'ITALIE
et encore : on n'a pas plus proche que soi,,., et j'ai presque pris la vie d'un cuisinier.
LE PERSONNAGE MAIGRE
Je n'en dirais rien, eussiez-vous presque pris autre chose aussi à une cuisinière.
Qu'est-ce que c'est que ce presque bavardage, sauf votre respect? Qui, pensez-vous, irait, au jour d'aujourd’hui, gaspiller du chauffage pour une racaille aussi insignifiante?
Ne vous fâchez pas ; ce sont péchés pour rire ; excusez si je vous parle franchement...
Écoutez, ami, arrachez cette dent ; et faites-vous à l’idée de la cuillère.
A prendre pension chez moi, quel bénéfice?
Réfléchissez bien ; vous êtes raisonnable.
Oui, vous conservez le souvenir ; c'est vrai ; mais la vue sur le pays du souvenir serait, pour le cœur comme pour la raison, ce que le Suédois dit : « fichtre guère drôle. » On n'a là de quoi sourire ni pleurer ; rien n'y réjouit et rien n'y désespère ; on ne peut y éprouver ni froid ni chaud ; elle est, tout au plus, bonne à vous agacer.
PEER GYNT
Comme il est écrit : on ne comprend pas bien où le soulier blesse, à moins de le porter.
LE PERSONNAGE MAIGRE
C’est juste ; je n'ai,... loué soit tel et tel,... besoin que d'une botte dépareillée.
PEER GYNT, ACTE V
Mais il est heureux que j'aie parlé de bottes; cela me rappelle que je dois partir...
chercher un rôti, qui sera gras, j'espère ; car il est oiseux de jacasser ici...
PEER GYNT
Peut-on demander quel lourd malt de péché a brassé cet homme?
LE PERSONNAGE MAIGRE
Autant que je le sache, la nuit et le jour il a été lui-même ; et c'est là, au fond, ce qui le plus importe.
PEER GYNT
Lui-même? Des gens de cette sorte vont dans votre paroisse?
LE PERSONNAGE MAIGRE
Oh, ça peut se trouver ; la porte, du moins leur reste entre-bâillée. Pour être soi-même, il y a deux façons ; être ou bien l'endroit ou l'envers de la veste. On a récemment inventé à Paris des portraits qu'on fait à l'aide du soleil.
Et l'on peut donner des images directes, ou ceUes aussi qu'on nomme négatives, et qui ont lumière et ombre interverties.
EUes semblent' laides aux yeux ordinaires ; mais la ressemblance y réside aussi bien, et il ne s'agit que de la faire voir.
Si alors une âme s'est photographiée au cours de sa vie de façon négative.
ŒUVRES D’ITALIE
la plaque n'est pas pour cela rejetée,...
non, tout simplement elle m'est envoyée.
Je la prends et continue de la traiter, et par mes moyens un changement s'opère.
Je fume et trempe, je brûle, je nettoie, avec du soufre et des produits analogues, jusqu'à dégager l'image que la plaque doit donner, j'entends : l'image positive.
Mais si, comme vous, on s'est à demi effacé,... soufre et bain à la potasse n'y font rien.
On doit donc venir à vous comme un corbeau pour sortir perdrix de neige? Dites-moi, quel nom porte-t-il, le portrait négatif que vous remettrez au positif bientôt?
LE PERSONNAGE MAIGRE Peter Gynt y est écrit.
PEER GYNT
Peter Gynt? Tiens !
Monsieur Gynt est-il lui-même?
LE PERSONNAGE MAIGRE
Oui, il le jure.
PEER GYNT
Ah, bien ; ce monsieur Peter est véridique.
LE PERSONNAGE MAIGRE Vous le connaissez, peut-être?
PEER GYNT
Oui, vous savez,.
on connaît beaucoup de gens.
PEER GYNT, ACTE V
LE PERSONNAGE MAIGRE
Je suis pressé.
Où Tavez-vous vu en dernier lieu?
PEER GYNT
Au Cap.
LE PERSONNAGE MAIGRE Di huona speranza?
PEER GYNT Oui, mais sans délai,
si je ne me trompe, il doit prendre la voile.
LE PERSONNAGE MAIGRE Tout de suite, alors, il faut que je m'y rende. Pourvu que j'arrive à temps pour le saisir !
Ce pays du Cap me fut toujours contraire Il a de fâcheux missionnaires de Stavanger.
(Il court vers le sud.)
PEER GYNT
Quel sot que ce chien ! Le voilà qui bondit en tirant la langue. Oui,... et son nez s'allonge.
C'était un plaisir de duper pareil âne.
Un gaillard qui prend des airs et joue la basse !
Peuh, il a vraiment de quoi faire le fier !
Certes, son méfier ne va pas l'engraisser ;
Il sera bientôt perdu, lui et son train...
Hum, je ne suis pas, moi non plus, ferme en selle ; je suis comme exclu de moi-même, on peut dire.
(Une étoile filante luit: il lui fait un signe de tête.)
ŒUVRES D’ITALIE
Peer Gynt te salue, sœur, étoile qui meurs !
Luire, s’éteindre, et disparaître en un gouffre...
(Il se secoue comme pris d*angoisse et s*avance dans le brouillard: un moment de silence^ puis il crie.)
N'y a-t-il personne, en ce chaos, personne,... personne dans T abîme, et personne au ciel... !
(Il descend un peu^ jette son chapeau sur la route^ et s*arrache les cheveux: peu à peu il se calme.)
Comme une âme peut, indiciblement pauvre, rentrer au néant dans le gris embrumé.
Ne te fâche pas, ô terre enchanteresse, si j'ai foulé ton sol sans servir à rien. «
O charmant soleil, tes rayons lumineux ont en vain brillé dans une hutte vide.
Là, personne à réchauffer et enflammer;...
Le possesseur n'y était jamais, dit-on.
Oui, charmant soleil et terre enchanteresse, à tort vous avez donné jour à ma mère.
Avare est l'esprit, prodigue la nature.
C'est cher de payer de sa vie sa naissance...
Je veux monter haut, au pic le plus abrupt ; je veux voir encor le soleil se lever, repaître ma vue de la terre promise, et accumuler sur moi le tas de neige ; on pourra écrire : « ici ne gît personne ; »
et ensuite,., après... ! advienne que pourra.
DES GENS ALLANT A L*ÉGLISE, chantent dans le sentier de la forêt.
Béni soit le matin
où les langues du ciel
sont tombées flamboyantes sur terre !
PEER GYNT, ACTE V
De terre à l’empyrée le chant de l’héritier dans la langue du ciel s’élève.
PEER GYNT, se replie sur lui-même, épouvanté.
Jamais un regard par là ! C’est un désert...
J’ai peur d’être mort longtemps avant ma mort.
(Il veut se glisser dans les buissons^ mais rencontre le carrefour.)
LE FONDEUR DE BOUTONS
Bonjour, Peer, Où est la liste des péchés?
Oh, j’ai appelé et sifflé de mon mieux, ne trouves-tu pas?
LE FONDEUR DE BOUTONS
Et tu n’as vu personne?
PEER GYNT
Non, personne qu’un photographe ambulant.
LE FONDEUR DE BOUTONS Bien, le délai est fini.
PEER GYNT Tout est fini.
Le hibou sent l’aube qui vient. L’entends-tu qui ulule?
LE FONDEUR DE BOUTONS C’est la cloche du matin...
PEER GYNT, montrant du doigt.
Quelle est cette lueur?
ŒUVRES D’ITALIE
LE FONDEUR DE BOUTONS
Rien qu’une lumière
dans une maison.
PEER GYNT
Et quel est ce murmure?
LE FONDEUR DE BOUTONS Rien qu’un chant de femme.
PEER GYNT
Oui, la liste, là,... là,
je la trouverai...
LE FONDEUR DE BOUTONS, lui saisit le bras.
Mets ordre à tes affaires.
(Ils sont sortis du fourré et sont près de la cabane, L'aube point.)
PEER GYNT
Ordre à mes affaires? C’est cela ! Va-t’en !
Quand elle serait, crois-moi, grande comme un cercueil,.nous n’aurions pas place en ta cuiller, moi et ma liste!
LE FONDEUR DE BOUTONS Au troisième carrefour, Peer ; mais alors...
(Il incline de côté et sort.)
PEER GYNT, approche de la maison.
Avance et recule, et c'est tout aussi loin.
Entre ou sors, et c'est toujours aussi étroit.
(Il s'arrête.)
Non!... Quelle douleur violente, infinie, d'entrer, d'arriver chez soi, de revenir.
(Il fait quelques pas^ et s'arrête de nouveau.)
PEER GYNT, ACTE V
Fais le tour, disait le Courbe !
(Il entend chanter dans la cabane.)
Non ; tout droit,
cette fois, si étroit que soit le chemin !
(Il court vers la maison; à ce moment^ Solvejg paraît à la porte^ habillée pour aller à Véglise^ un psautier dans sa jupe^ un bâton à la main. Elle se tient droite^ la figure douce.)
PEER GYNT, se jette à ses pieds sur le pas de la porte.
Si tu veux punir un pécheur, rends Tarrêt !
SOLVEJG
Le voilà ! C*est lui ! Que Dieu en soit loué !
(Elle le cherche en tâtonnant.)
Crie bien haut combien j'ai péché lourdement !
Non, tu n'as péché en rien, mon cher garçon !
(Elle tâtonne encore et le trouve.)
LE FONDEUR DE BOUTONS, derrière la maison.
La liste, Peer Gynt?
PEER GYNT
Dis mon crime bien haut !
SOLVEJG, s*assied près de lui.
Grâce à toi, ma vie fut un chant ravissant.
Sois béni, ô toi qui es venu enfin !
Bénie la rencontre en ce matin de fête !
T. VIII
ŒUVRES D*ITALIE
PEE R GYNT
Je suis donc perdu !
Un maître est tout-puissant.
PEER GYNT, rit.
Perdu ! A moins que... tu lises les énigmes ! SOLVEJG
Lesquelles?
PEER GYNT
Les énoncer? Parbleu ! Bien sûr !
Sais-tu où Peer Gynt a été tout ce temps?
SOLVEJG
Été?
PEER GYNT
Oui, le sceau du destin sur son front ; tel qu'il a surgi dans la pensée de Dieu !
Peux-tu me le dire? Il faut, si tu ne peux, que je rentre,... et sombre aux pays de brouillard.
SOLVEJG, sourit.
L’énigme est aisée.
PEER GYNT
Dis donc ce que tu sais !
Où étais-je en tant que moi-même, entier, vrai? Où étais-je, avec le sceau de Dieu au front?
SOLVEJG
Dans ma foi, mon espérance et mon amour.
PEER GYNT, recule interdit.
Que dis-tu...? Tais-toi! Ces mots sont décevants. Du garçon en moi tu es toi-même mère.
PEER GYNT, ACTE V
SOLVEJG
C'est ce que je suis, oui ; mais qui est son père?
Celui, quand la mère le prie, qui pardonne.
PEER GYNT, uyie lueur l’illumine; il s’écrie.
Mon épouse et mère ; ô toi, femme innocente !
Oh, tiens-moi caché, bien caché dans ton sein !
(Il se cramponne à elle et cache sa figure sur ses genoux. Long silence. Le soleil se lève.)
SOLVEJG, chante à mi-voix.
Dors, va, dors, mon garçon bien aimé !
Je te bercerai, je veillerai...
L'enfant a vécu au giron maternel.
Tous deux ont joué tout le long de la vie.
L'enfant a dormi sur le sein de sa mère au long de la vie. Béni sois-tu, ma joie!
Tout contre mon cœur l'enfant a reposé au long de la vie. Et le voilà bien las !
Dors, va, dors, mon garçon bien aimé !
Je te bercerai, je veillerai...
LA VOIX DU FONDEUR DE BOUTONS, derrière la maison.
Nous nous verrons, Peer, au dernier carrefour ;
Nous saurons alors... si... ; je n'en dis pas plus.
SOLVEJG, chante plus haut dans l’éclat du jour.
Je te bercerai, je veillerai !...
Dors et rêve, mon garçon !
On a deux manuscrits de Peer Gynt, qui sont tous deux à la Bibliothèque royale de Copenhague. L*un est une mise au net de la pièce achevée. Il ne difîère guère de la première édition que par des difiérences orthographiques, d’ailleurs peu nombreuses. L'autre est un manuscrit de travail d’une écriture soignée jusque vers l'endroit qui correspond à la p. 233 de la traduction précédente. L’écriture est ensuite plus négligée. Il y a partout des corrections et des additions. C'est uniquement ce manuscrit de travail qui sera comparé dans ce qui suit à l'œuvre définitive.
Il comprend le drame entier en 32 cahiers numérotés, généralement de 8 pages, le drame complet, sauf que le cahier 15 manque, et que deux feuilles ont été arrachées au cahier 28.
Il comprend, en outre, des feuillets et même des suites de cahiers du même papier, mais d'un moindre format, qui contiennent des additions ou modifications de certaines scènes.
Les indications sont données dans ce qui suit conformément aux règles exposées tome VI, p. 253-254.
Le cahier i n'a que quatre pages, et porte à la première page le titre : « Peer Gynt. Poème dramatique par Henrik Ibsen 1867, » et à la troisième page la liste des personnages. Le cahier 2 commence par : « Acte premier, 14.i. 67. » Cette disposition rend très vraisemblable l'hypothèse faite dans la notice, p. 25, que la liste des personnages n'a été établie qu'après coup, ou a été substituée après coup à une liste primitive, hypothèse qui a paru nécessaire pour d'autres raisons.
La liste, suivie des indications de temps et lieu, est la suivante :