L. II. L’indication scénique manque
AASE, sourit, fière.
Ici, avant la suite du texte (p. 152,1. 4), se trouvent deux textes biffés, qui suivent (I et II),
De Tautre côté du torrent.
PEER GYNT est couché parmi les touffes de myrtilles. De temps en tempSt il arrache de la bruyère, par moments il pleure.,
PEER GYNT
Où cela peut-il mener? (Il s’agite.) Ah, non. Et dire que je n’ai pas pu changer d’idée à temps !
f II regarde Veau.)
Sauter là-dedans serait le mieux peut-être...
(Il s*agite de nouveau.)
Mais on reste alors si longtemps à lutter.
Et les autres vivent. (Il se tait un instant.) Rester là froid et blême, être absent de tout, sans compagnie ni jeu...
Et le soleil luit... Si Ton pouvait éteindre le soleil, et les entraîner avec soi.
SOLVEJG, arrive avec Helga.
Repose-toi là, en attendant les autres.
PEER GYNT, bondit presque.
Oh!
SOLVEJG
Non, vraiment, c’est !...
(Elle veut appeler derrière elle.) PEER GYNT, soudain debout.
Chut ! Vous êtes nombreux?
SOLVEJG, indiquant du doigt.
Les vieux seulement.
ÉBAUCHES ET VARIANTES
PEER GYNT
C'est bien, il n'y a qu'eux.
Car je ne veux pas qu'on me prenne vivant.
SOLVEJG
Mais Ingrid...?
PEER GYNT Quoi, elle?
SOLVEJG
Où est-elle?
PEER GYNT, bref.
Rentrée,
Chez eUe !
SOLVEJG
PEER GYNT
Crois-tu donc que je m'en soucie?
SOLVEJG
Mais comment as-tu pu... !
PEER GYNT, Vinterrompant.
Oui, oui,... laissons ça î
(Solvejg se tait; il la regarde un moment sans parler t puis il dit :)
Oui, tu aurais dû danser avec moi, toi.
SOLVEJG
Peux-tu maintenant parler d'un rien pareil?
PEER GYNT
Grand ou très petit,... tu vois que cela compte. SOLVEJG, fond en larmes.
Oh, c'est grand péché de me le reprocher !
PEER GYNT
Non ! Par toi j'en vins à colère et fureur !
J'étais endiablé.
SOLVEJG
Alors, Dieu ait pitié... 1
(EUVRES D'ITALIE
PEER GYNT
Veux-tu réparer?
Oui, certes, et puissé-je y être aidée par Dieu le père et le Christ !
PEER GYNT, la regarde.
Danser?
SOLVEJG
Danser? Oui, tant que tu voudras !
PEER GYNT
Merci, mais il faut maintenant davantage.
SOLVEJG
Bien, alors je veux plus.
PEER GYNT
Reste donc ici.
Nous chassons le renne entre cimes et pics... je bâtis un toit que nul ne trouvera...
un palais au fond de la grande forêt...
Veux-tu?
SOLVEJG, recule.
Au nom de Jésus !
Oui ou non !
PEER GYNT
Voilà qui vous ressemble!
Comment peux-tu l'imaginer !
PEER GYNT
Un baiser, alors? Et puis tu partiras.
SOLVEJG
Au nom de Jésus !
PEER GYNT
Réponds! C'est permis? Dis!
ÉBAUCHES ET VARIANTES
SOLVEJG
Peux-tu le penser I
PEER GYNT, au bout d*un instant.
La demande était sotte...
Va, comme tu es venue ; ça m'est égal !
(Il va pour sortir; à ce moment arrive A ose, suivie des parents de Solvejg.)
AASE
Enfin, te voilà 1 Oh, brigand, ravisseur !
Toi, tu finiras par me briser le cœur !
Vaurien, où est-elle, Ingrid? Montre-la ! Vite !
SOLVEJG
Non, ne gronde pas, mère, il Ta renvoyée !
L’HOMME
Renvoyée chez elle?
AASE
Oh, alors, Dieu nous aide !
Le cas était bien mauvais ; il devient pire !
SOLVEJG
Pire?
AASE
Renvoyée ! Mon Dieu, qu'as-tu fais là !
PEER GYNT
Pas de remontrance; il faut que je me sauve!
L’HOMME
Peux-tu te sauver du péché?
AASE
Mon cher gars!
PEER GYNT
Tais-toi ! Tu finis par brouiller mes idées !
AASE
Oui, je me tairai ; prends tes jambes, et file ; seulement, dis-moi, où vas-tu?
ŒUVRES D'ITALIE
PEER GYNT
Peu importe.
{Il se tourne soudain vers Vhomme.)
Donne-moi ta fille. Ensemble nous vivrons,
J'y trouverai joie et profit à la fois.
AASE
Oh, oui !
L’HOMME
Son cercueil je lui scierais, plutôt.
PEER GYNT
Elle vivra bien.
AASE
Je fournis les repas !
PEER GYNT
Tu penses qu'on va nous ruiner à fond ; que la ferme et tout passera en amendes...
Je vais en bâtir une dix fois plus grande ; attends qu'un an, ou... cinq ou six soient passés..►
L’HOMME
C'est bien ; tu l’auras.
PEER GYNT
A une condition.
Ah, tu le veux bien !
L’HOMME
Oui.
PEER GYNT
Bien, bien ; tu n’as qu'à dire 1
L’HOMME
Descends te livrer, te soumettre à la loi ; toi-même requiers la peine, fruit du crime ; subis l'ironie et le mépris des hommes, sois fort seulement par ton humilité.
ÉBAUCHES ET VARIANTES
La loi dit : sept ans dans les travaux forcés. Prends les sept années comme peine d'en haut ; une fois subies, si tu reviens ici et la veux encore, tu auras ma fille.
Mari!
LA FEMME
AASE
As-tu idée d’un tel bavardage 1
Prison !
PEER GYNT
L’HOMME
Jusqu’au bout. Le veux-tu?
PEER GYNT
Non, merci !
L’HOMME
Oh, âme égarée, écoute, écoute-moi !
Ne te sens-tu pas comme l’enjeu du diable?
Il t’a bien déjà gagné plus qu’à moitié !
Le reste demeure et tient à un cheveu.
Jamais tu n’auras le choix comme à présent.
C’est chute ou salut ; cantique ou damnation ! Que la gravité de la vie te pétrisse, te fonde, t’épure et te mue en colombe, te consume au feu d’où tu sortiras blanc !
Au nom du Seigneur, choisis, choisis, choisis !
PEER GYNT
Comment peux-tu croire?...
L’HOMME
Est-ce exigé à tort?
PEER GYNT
Qu’est-ce que j’en sais? Il faut que j’aie vécu, il faut que d'abord j’aie grouillé par le monde ; je ne peux aller m’enfermer, tout de même,
ŒUVRES D*ITALIE
m'écrouler, peut-être, endurer faim et soif homme, il faut trouver des conditions meilleures.
L’HOMME
Dresse en ton cœur le tabernacle de Dieu.
Sers sept ans, ainsi que Jacob pour Rachel.
AASE
Sept ans, c'est bien long.
L’HOMME
L'éternité plus longue.
De l’autre côté du torrent.
PEER GYNT sufsaute. SOL VE J G vient de se heurter à lui.
PEER GYNT
Solvejg !
SOLVEJG
Peer !
PEER GYNT
Alors, te voilà donc venue !
SOLVEJG
Mais Ingrid...
PEER GYNT Elle est loin d'ici...
P, 152, 1. 4. « devant le... au loin » manque.