‹ Œuvres complètes. tome huitièmeChapitre 95 sur 148 · L. II. L’indication scénique manque · texte numérisé non relu

L. II. L’indication scénique manque

AASE, sourit, fière.

Ici, avant la suite du texte (p. 152,1. 4), se trouvent deux textes biffés, qui suivent (I et II),

De Tautre côté du torrent.

PEER GYNT est couché parmi les touffes de myrtilles. De temps en tempSt il arrache de la bruyère, par moments il pleure.,

PEER GYNT

Où cela peut-il mener? (Il s’agite.) Ah, non. Et dire que je n’ai pas pu changer d’idée à temps !

f II regarde Veau.)

Sauter là-dedans serait le mieux peut-être...

(Il s*agite de nouveau.)

Mais on reste alors si longtemps à lutter.

Et les autres vivent. (Il se tait un instant.) Rester là froid et blême, être absent de tout, sans compagnie ni jeu...

Et le soleil luit... Si Ton pouvait éteindre le soleil, et les entraîner avec soi.

SOLVEJG, arrive avec Helga.

Repose-toi là, en attendant les autres.

PEER GYNT, bondit presque.

Oh!

SOLVEJG

Non, vraiment, c’est !...

(Elle veut appeler derrière elle.) PEER GYNT, soudain debout.

Chut ! Vous êtes nombreux?

SOLVEJG, indiquant du doigt.

Les vieux seulement.

ÉBAUCHES ET VARIANTES

PEER GYNT

C'est bien, il n'y a qu'eux.

Car je ne veux pas qu'on me prenne vivant.

SOLVEJG

Mais Ingrid...?

PEER GYNT Quoi, elle?

SOLVEJG

Où est-elle?

PEER GYNT, bref.

Rentrée,

Chez eUe !

SOLVEJG

PEER GYNT

Crois-tu donc que je m'en soucie?

SOLVEJG

Mais comment as-tu pu... !

PEER GYNT, Vinterrompant.

Oui, oui,... laissons ça î

(Solvejg se tait; il la regarde un moment sans parler t puis il dit :)

Oui, tu aurais dû danser avec moi, toi.

SOLVEJG

Peux-tu maintenant parler d'un rien pareil?

PEER GYNT

Grand ou très petit,... tu vois que cela compte. SOLVEJG, fond en larmes.

Oh, c'est grand péché de me le reprocher !

PEER GYNT

Non ! Par toi j'en vins à colère et fureur !

J'étais endiablé.

SOLVEJG

Alors, Dieu ait pitié... 1

(EUVRES D'ITALIE

PEER GYNT

Veux-tu réparer?

Oui, certes, et puissé-je y être aidée par Dieu le père et le Christ !

PEER GYNT, la regarde.

Danser?

SOLVEJG

Danser? Oui, tant que tu voudras !

PEER GYNT

Merci, mais il faut maintenant davantage.

SOLVEJG

Bien, alors je veux plus.

PEER GYNT

Reste donc ici.

Nous chassons le renne entre cimes et pics... je bâtis un toit que nul ne trouvera...

un palais au fond de la grande forêt...

Veux-tu?

SOLVEJG, recule.

Au nom de Jésus !

Oui ou non !

PEER GYNT

Voilà qui vous ressemble!

Comment peux-tu l'imaginer !

PEER GYNT

Un baiser, alors? Et puis tu partiras.

SOLVEJG

Au nom de Jésus !

PEER GYNT

Réponds! C'est permis? Dis!

ÉBAUCHES ET VARIANTES

SOLVEJG

Peux-tu le penser I

PEER GYNT, au bout d*un instant.

La demande était sotte...

Va, comme tu es venue ; ça m'est égal !

(Il va pour sortir; à ce moment arrive A ose, suivie des parents de Solvejg.)

AASE

Enfin, te voilà 1 Oh, brigand, ravisseur !

Toi, tu finiras par me briser le cœur !

Vaurien, où est-elle, Ingrid? Montre-la ! Vite !

SOLVEJG

Non, ne gronde pas, mère, il Ta renvoyée !

L’HOMME

Renvoyée chez elle?

AASE

Oh, alors, Dieu nous aide !

Le cas était bien mauvais ; il devient pire !

SOLVEJG

Pire?

AASE

Renvoyée ! Mon Dieu, qu'as-tu fais là !

PEER GYNT

Pas de remontrance; il faut que je me sauve!

L’HOMME

Peux-tu te sauver du péché?

AASE

Mon cher gars!

PEER GYNT

Tais-toi ! Tu finis par brouiller mes idées !

AASE

Oui, je me tairai ; prends tes jambes, et file ; seulement, dis-moi, où vas-tu?

ŒUVRES D'ITALIE

PEER GYNT

Peu importe.

{Il se tourne soudain vers Vhomme.)

Donne-moi ta fille. Ensemble nous vivrons,

J'y trouverai joie et profit à la fois.

AASE

Oh, oui !

L’HOMME

Son cercueil je lui scierais, plutôt.

PEER GYNT

Elle vivra bien.

AASE

Je fournis les repas !

PEER GYNT

Tu penses qu'on va nous ruiner à fond ; que la ferme et tout passera en amendes...

Je vais en bâtir une dix fois plus grande ; attends qu'un an, ou... cinq ou six soient passés..►

L’HOMME

C'est bien ; tu l’auras.

PEER GYNT

A une condition.

Ah, tu le veux bien !

L’HOMME

Oui.

PEER GYNT

Bien, bien ; tu n’as qu'à dire 1

L’HOMME

Descends te livrer, te soumettre à la loi ; toi-même requiers la peine, fruit du crime ; subis l'ironie et le mépris des hommes, sois fort seulement par ton humilité.

ÉBAUCHES ET VARIANTES

La loi dit : sept ans dans les travaux forcés. Prends les sept années comme peine d'en haut ; une fois subies, si tu reviens ici et la veux encore, tu auras ma fille.

Mari!

LA FEMME

AASE

As-tu idée d’un tel bavardage 1

Prison !

PEER GYNT

L’HOMME

Jusqu’au bout. Le veux-tu?

PEER GYNT

Non, merci !

L’HOMME

Oh, âme égarée, écoute, écoute-moi !

Ne te sens-tu pas comme l’enjeu du diable?

Il t’a bien déjà gagné plus qu’à moitié !

Le reste demeure et tient à un cheveu.

Jamais tu n’auras le choix comme à présent.

C’est chute ou salut ; cantique ou damnation ! Que la gravité de la vie te pétrisse, te fonde, t’épure et te mue en colombe, te consume au feu d’où tu sortiras blanc !

Au nom du Seigneur, choisis, choisis, choisis !

PEER GYNT

Comment peux-tu croire?...

L’HOMME

Est-ce exigé à tort?

PEER GYNT

Qu’est-ce que j’en sais? Il faut que j’aie vécu, il faut que d'abord j’aie grouillé par le monde ; je ne peux aller m’enfermer, tout de même,

ŒUVRES D*ITALIE

m'écrouler, peut-être, endurer faim et soif homme, il faut trouver des conditions meilleures.

L’HOMME

Dresse en ton cœur le tabernacle de Dieu.

Sers sept ans, ainsi que Jacob pour Rachel.

AASE

Sept ans, c'est bien long.

L’HOMME

L'éternité plus longue.

De l’autre côté du torrent.

PEER GYNT sufsaute. SOL VE J G vient de se heurter à lui.

PEER GYNT

Solvejg !

SOLVEJG

Peer !

PEER GYNT

Alors, te voilà donc venue !

SOLVEJG

Mais Ingrid...

PEER GYNT Elle est loin d'ici...

P, 152, 1. 4. « devant le... au loin » manque.

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