‹ Œuvres complètes. tome onzième, Les Drames modernesChapitre 10 sur 153 · LA PROPOSITION AU SUJET DU BIBLIOTHÉCAIRE · texte numérisé non relu

LA PROPOSITION AU SUJET DU BIBLIOTHÉCAIRE

En me permettant de motiver sommairement ma proposition en faveur de l’attribution du poste de bibliothécaire de préférence à une dame propre à ce travail, s'il s’en présente, je commencerai, bien que cela puisse paraître inutile, par prier l’assemblée d'avoir constamment présent à l’esprit au cours de la discussion sur cette proposition qu’entre cette proposition et la seconde que j’ai présentée au sujet du droit de vote pour les dames dans les affaires de l'association, il n'existe absolument pas de lien organique, tel qu'en votant pour l’une ou l’autre des propositions, on soit par là aucunement lié dans son vote relatif à l’autre. Les deux propositions n’ont rien d’autre de commun que d’être présentées en même temps et de concerner toutes deux les dames.

J’ai été amené à présenter cette première proposition par des considérations de diverse nature. Tout d'abord, je sais par l’expérience de temps antérieurs qu'il est extrêmement difficile de trouver quelqu’un pour remplir le poste de bibliothécaire de façon satisfaisante. Le poste n’est pas rétribué de telle sorte que, lorsque nous publions dans les journaux nordiques la vacance du poste, nous puissions nous attendre à voir venir

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ici un bibliothécaire exercé. Ceux qui tiendront compte de l'annonce seront en général de tout jeunes gens qui, ou bien avaient déjà pensé à un voyage à Rome dans un dessein quelconque, ou qui se décident au voyage parce qu’on leur offre le logement gratuit, etc., pendant le temps dont ils peuvent disposer pour un séjour ici. Mais ce séjour est d’habitude très eourt ; un jeune homme qui part en voyage a aussi d’autres endroits à visiter ; à peine a-t-il eu le temps de connaître un peu les aîtres ici, qu'il doit s’en aller ; la plupart du temps il ne pourra être question d’un bibliothécaire qui aurait intérêt à s’attacher à l’association et à la bibliothèque, et il ne sera pas question davantage d’une continuité dans la façon de diriger la bibliothèque. C'est ainsi que cela va en général ; si parfois nous avons eu de la chance, cela ne change rien à la question. La règle est que le poste est occupé par des personnes impropres à la besogne. On peut le prouver. Les catalogues sont sans ordre ni plan ; les livres manquent en très grand nombre ; ils sont ou bien perdus ou bien déplacés, de sorte qu'on ne peut les retrouver. — Et c'est aussi en qualité de secrétaires que la plupart de ces jeunes gens se sont montrés impropres ; je n'ai pas eu l’occasion d’étudier le registre de la direction ; mais si je peux en juger par le registre des assemblées générales, que j’ai parcouru, je suis persuadé que l’on pourra trouver aussi dans le registre de la direction les choses les plus incroyables. Un seul exemple ; les divers secrétaires ont mené leurs affaires de telle sorte qu’aujourd’hui nous ne savons réellement pas quels sont les statuts valables dans l’association, et quels ne le sont plus. Depuis 1863 aucune modification de statuts n'a été introduite dans le cahier qui s’appelle statuts de l’association ; tout ce qui a été adopté, modifié ou supprimé aux assemblées générales pendant ces seize années, est comme si cela n'avait jamais existé. Je citerai quelques extraits du registre des assemblées générales... On pourrait ajouter à ces faits presque indéfiniment ; mais je pense que ces citations

peuvent suffire pour donner une idée de la façon dont les autres affaires du secrétaire et bibliothécaire ont été menées depuis seize ans.

Ne conviendrait-il donc pas de donner à la direction la faculté de chercher dans un cercle plus large que jusqu'ici la personne qui occupera le poste de bibliothécaire et secrétaire? J’estime que oui; et c’est pourquoi j'ai présenté ma proposition de choisir aussi pour cela des dames propres à ce travail. La proposition ne dit pas qu'une dame devra être choisie, mais qu’elle devrait l'être, si on la suppose mieux qualifiée que ses concurrents masculins. Et je crois en effet que ce sera le cas à la première occasion. Personne ne peut ignorer dans cette assemblée quels progrès a faits l’instruction des femmes dans nos pays en ces dernières années, et dans combien de situations des femmes, des dames cultivées, trouvent un emploi aujourd’hui. Ce sont des dames qui ont fait de l’enseignement populaire suédois le premier de l’Europe ; à Kristiania la plupart des postes des grandes sociétés d’assurance, y compris les postes de teneur de livre et de caissier, sont occupés par des dames ; il en est de même dans les services du télégraphe, de même dans les grandes maisons de commerce et les autres grandes entreprises, et partout où l’essai en a été fait, on n’entend parler que de la plus grande satisfaction ; partout on dit : donnez-nous en d'autres ! Quelqu'un pourrait alors objecter que si la capacité de travail intellectuel des dames est tellement recherchée chez nous, nous avons peu de chance d’obtenir une dame pour notre poste de bibliothécaire. Mais non, il n’y a pas de risque ! Le fait est que malgré toute la réelle aptitude que les dames montrent incontestablement, le préjugé n’est tout de même pas encore entièrement détruit, ou bien messieurs les hommes profitent de ce qu’il y a de nouveau dans la situation pour leur propre avantage. C'est un fait que chez nous le travail de dame effectif est moins payé que le travail d’homme médiocre. Et les femmes acceptent cela parce

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que les besoins de leur vie sont moins coûteux que les nôtres. Mais c'est précisément pourquoi nous pouvons aussi nous attendre à voir le poste médiocrement appointé de bibliothécaire occupé plutôt par une dame qualifiée que par un jeune homme propre à cette besogne. Que le poste soit au-dessus des forces d’une femme, personne ne le prétendra ; il y a longtemps qu'on a employé couramment et avec avantage des dames dans les bibliothèques; dans les bibliothèques de prêt, presque exclusivement. Que le poste de secrétaire ne pourrait pas être rempli par une dame, cela ne pourrait être affirmé que par des gens qui ne savent pas à quel niveau d'intelligence et de jugement en sont beaucoup de nos jeunes dames. L'ordre et la précision des dames dans les questions d'affaires sont reconnues ; la situation financière de l'association pourrait aussi trouver avantage au service d'une dame ; un homme compétent m'a un jour exprimé cet avis que si l'État prenait des dames comme percepteurs, on éviterait des détournements de fonds et des déficits. De plus, il serait agréable aux dames récemment arrivées d'avoir ici une dame au courant à qui s’adresser; et, ce qui est pour moi d'une grande importance, nous pourrions compter que nous conserverions assez longtemps une femmebibliothécaire ; les dames n’attendent pas une nomination à une fonction publique chez nous, et il n’est pas conforme à leur nature d’abandonner une place acquise pour essayer quelque chose de nouveau et d'incertain. Sur ce qu'il y a de désirable à ce que, pour les réunions dans notre association, fonctionnent non seulement un hôte, mais aussi une hôtesse, je suppose que nous serons tous d’accord, si l'on veut réellement que l’association donne l'image d'un foyer, d'un grand foyer de famille pour les Scandinaves résidant ici, et ne s’abaisse pas à être un club ou un asile pour des célibataires plus ou moins mûrs. Et personne évidemment ne peut désirer cela, des artistes encore moins que d’autres ; c’est pourquoi je recommande l'adoption de la proposition ; on ne s'engage à rien ; on t. xi. 3

donne seulement à la direction les mains plus libres qu'elle ne les a aujourd'hui, et je crois que ce sera au plus grand avantage de l'association.

La proposition que j'ai présentée pour que le droit de vote dans les affaires de l'association soit soumis à la condition que le membre intéressé paye une cotisation personnelle a, comme je l'ai déjà fait observer dans la séance de discussion amorcée samedi dernier, deux aspects. Elle modifiera un règlement actuellement en vigueur, et elle apportera une nouveauté. Ce que je propose de changer, c’est le statut d’après lequel tous les membres masculins d’une famille acquièrent le droit de vote par le paiement de la simple cotisation familiale. Je n'irai pas motiver longuement la proposition à cet égard. Je pense que presque tout le monde sera d'accord avec moi pour dire que cette disposition est injuste envers les personnes isolées, qui ont à payer une cotisation relativement bien plus élevée ; et l'injustice est d’autant plus frappante que, nous le savons bien, les familles de passage sont, en général, dans une situation économique plus favorable que la plupart des jeunes gens isolés, dames et messieurs, artistes des deux sexes, étudiants, etc., qui viennent ici. Si des membres des familles de passage s'intéressent véritablement aux affaires de l’association, la caisse de l'association tirera bon profit du vote de ma proposition; dans le cas contraire, nous gagnons au moins que nos assemblées générales ne compteront pas couramment à l’avenir un nombre plus ou moins grand de participants qui ne sont pas suffisamment au courant des questions et ne les considèrent qu'avec une certaine indifférence. C'est ce qui s’est produit souvent ; mais si l'on paye un droit d’entrée de 8 lires, la plupart de ceux qui ne s’y intéressent pas vraiment hésiteront sans doute.

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L'autre aspect de la proposition consiste en ce que lé droit de vote sera étendu aux membres féminins de l'association. Cette proposition, à laquelle j'avais pensé que tout le monde se rallierait, a été accueillie d'une façon qui m'a surpris, et, j'ajouterai, qui m'a indigné. Enfin, ce n'est pas la première fois que la situation des dames dans l'association a troublé le camp Scandinave. Lorsque les statuts de l'association ont été adoptés en 1860, on a bien décidé que les dames seraient admises ; mais c’était une convention tacite, tant parmi les messieurs Scandinaves que parmi les dames Scandinaves de Rome, que cette décision ne devait être considérée que comme lettre morte ; aucune dame ne se risqua pendant longtemps à pénétrer dans le local de l'association ; et aucun de ces messieurs ne rêvait qu’une dame s'y risquerait jamais. Et voilà qu'un jour, ou probablement il n'y avait personne, deux dames hardies montèrent ici, plantèrent un drapeau dans la salle, et déclarèrent qu'elles se considéraient comme membres de l’association. Une agitation s'ensuivit parmi les messieurs à peu près comme aujourd’hui. Mais les deux dames tinrent parole ; elles vinrent ici ; elles ne se laissèrent pas expulser ; au contraire, elles entraînèrent d'autres dames après elles, et au bout de quelque temps, on s'y est habitué. Est-il quelqu'un, aujourd'hui, qui souhaiterait les dames exclues de l'association?

Cette histoire date de dix-sept ou dix-huit ans. Il y a eu depuis lors de grands changements dans le monde et de grands changements aussi dans notre association. On a établi une cotisation, dont les dames s’acquittent aussi bien que les messieurs ; mais la situation des dames est par là devenue toute autre qu’auparavant. Aussi les dames viennent-elles aujourd’hui non pas deux, comme autrefois, mais dix ou douze, et beaucoup d'autres à la suite, et elles plantent un drapeau dans la salle, et réclament les droits naturels qui leur ont été jusqu'ici refusés; elles réclament le droit de prendre part à l’élection des hommes qui gèrent les cotisations qu’elles payent et qui

gèrent les subventions d'État accordées par nos pays à l’avantage des femmes Scandinaves résidant ici aussi bien que des hommes.

Cela n’est-il pas équitable? Si notre association était fondée aujourd’hui, au lieu de l’avoir été dix-neuf ans plus tôt, quelqu’un pense-t-il que les dames n'auraient pas le droit de vote? Non, des associations du genre de la nôtre ne sont pas fondées aujourd’hui sans la complète égalité des femmes. Et qu’est-ce que l'on craint? Quand on entend les adversaires de la proposition et que l’on observe leur grand effroi au sujet de cette petite question, on croirait que nous tenons des assemblées générales et élisons des gérants deux ou trois fois par semaine tout le long de l’année. Nous ne tenons pourtant d’habitude qu’une seule assemblée générale par an, et c’est à celle-là que je veux que les dames aient accès. Et combien de dames croit-on y voir venir? Très peu, au moins dans les premiers temps. Vous continuerez à être en majorité, messieurs, vous n’avez pas à vous inquiéter. La plupart des dames ne réclament pas le droit de vote pour en faire effectivement usage, mais parce qu'elles ressentent l'état actuel comme une humiliation. Et c'est ce qu'il est en effet, — une humiliation qui n’est ni méritée ni fondéë. Pourquoi les excluons-nous? Y a-t-il quelqu’un dans cette assemblée pour affirmer que nos dames sont au-dessous de nous tous par l'éducation ou l’intelligence ou l’instruction ou le talent? Je présume que peu de gens oseraient le prétendre. Qu’est-ce donc que l'on craint? J’entends dire que les dames ont ici une vieille réputation d’être fort intrigantes, et que l'on veut les écarter pour cette raison. Eh bien ! j’ai eu l’expérience de bon nombre d'intrigues masculines au cours de ma vie, — notamment ces derniers temps ; et d’ailleurs, si vraiment il se trouve, ce dont je doute fort, des dames qui ont le goût de l'intrigue, il faut songer qu’elles peuvent beaucoup mieux s’y livrer tant qu’elles sont en dehors des affaires que lorsqu’elles auront une responsabilité. Ceci ne

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peut donc pas être une raison valable pour les exclure. Je demande donc toujours : qu’est-ce qu’on craint? Est-ce peutêtre que l’on suppose aux dames un esprit peu pratique dans les questions d’affaires? Même si les dames étaient réellement aussi peu pratiques que maint monsieur peu pratique se plaît à l’affirmer, les artistes sont-ils donc des hommes d’affaires tellement pratiques? Non, messieurs, je n’ai pas de doute sur ce point. Je tiens pour bon et avantageux que nous ayons des dames à l’assemblée générale, de même que je tiens pour bon et avantageux que nous conservions la jeunesse, cette jeunesse que l’on veut exclure aujourd’hui par une proposition qui ferait dépendre le droit de vote d'un séjour d’un an à Rome. Je le répète, je ne crains pas le prétendu manque d’esprit pratique des femmes ; les femmes ont quelque chose de commun avec le véritable artiste, ainsi qu’avec la jeunesse en général, quelque chose qui remplace le sens pratique des affaires. Voyez chez nous nos associations d’étudiants ! On y décide des questions dix fois plus compliquées que les nôtres ; et tout ne marche-t-il pas bien, quoique la jeunesse, la jeunesse novice, inexpérimentée et impratique y soit en énorme majorité? Et pourquoi? C’est que la jeunesse a cet instinct génial qui touche juste par intuition. Et c’est justement cet instinct que la femme a de commun à la fois avec la jeunesse et avec le véritable artiste. Et c’est pourquoi je souhaite voir les dames à l’assemblée générale. Je crains aussi peu les dames ou les jeunes et inexpérimentés que je crains les véritables artistes. Ce que je crains, c’est la sagesse sénile, les gens que je crains, ce sont les gens à petites besognes et à pensées mesquines, les gens à petits ménagements et à craintes ridicules, ces gens dont toute la manière de penser et toutes les actions tendent à obtenir certains médiocres avantages pour leurs très humbles minces personnages. Si les affaires de l’association venaient un jour entre de telles mains, il y aurait alors danger pour son existence, ou du moins pour son caractère d’association d’artistes.

Et c'est pourquoi je veux avoir les dames ici, afin que, en union avec la jeunesse, elles placent T autorité entre les mains de véritables artistes.

Tel était à peu près, messieurs, le cours des réflexions qui s’imposaient à moi lorsque j'ai présenté ma proposition. Le changement auquel tend ma proposition me paraissait naturellement une réforme hautement désirable, et pourtant une réforme dont le rejet, au moins provisoirement, n'était pas tout à fait impossible. Mais la situation s'est modifiée ; nous allons adopter ce soir pour la seconde fois un amendement aux statuts qui a le rapport le plus étroit avec ma proposition sur le droit de vote des dames. Je vise, bien entendu, le nouveau statut relatif à la composition de la direction, et je pense que l’adoption de ce statut entraîne nécessairement que l’on adopte aussi ma proposition au sujet du droit de vote élargi ou général.

Vous vous rappelez sans doute, messieurs, qu'à la première assemblée générale tenue cette année, une proposition présentée par la direction au sujet de la composition de la direction n’a pas été approuvée. Au cours de la discussion sur cette proposition, le professeur R..., président de la direction, a déclaré officiellement que le ministre du Danemark en ce pays lui avait dit que le ministre des Affaires étrangères danois désirait ou exigeait, à titre de garantie pour les intérêts particuliers du Danemark et de contrôle sur l’emploi de la subvention danoise, que le consul danois fût toujours membre de la direction de l’association. Notre consul suédois-norvégien fit ensuite une déclaration qui allait en sens opposé ; il déclara notamment qu’il tenait de notre ministre des Affaires étrangères des instructions de ne se mêler en aucune façon des affaires intérieures de l’association. Ces deux déclarations en apparence opposées ne sont toutefois rien d'autre que l'expression de deux aspects

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différents d’un seul et même principe, le principe de contrôle ou le principe de garantie, comme vous voudrez l’appeler. Du côté danois on insiste sur l’autorité administrative ; du côté suédois-norvégien, au contraire, on insiste sur l’autonomie ; le ministre des Affaires étrangères suédois-norvégien veut que sa colonie suédoise et norvégienne résidant ici exerce le plus largement possible sa légitime influence sur le choix des hommes qui géreront les subventions d’État suédoise et norvégienne.

Dans une séance de la direction à laquelle, avec plusieurs autres, j’ai eu l’honneur d’être invité, et où l’on discutait sur une rédaction nouvelle de la proposition de la direction, nous sommes parvenus à un compromis. On fit droit à la demande ou à l’exigence présentée du côté danois, et le résultat fut la proposition adoptée à la précédente assemblée générale sur la représentation permanente des consuls dans la direction. Si j’ai accepté ce compromis, si j’ai même été le premier à le proposer, bien que la question de la position des deux consuls ne me plût pas, cela s’explique naturellement par ceci, que tacitement je considérais comme acquis que, si une proposition était admise, il deviendrait impossible de rejeter la mienne. Que la direction s’est aussi rendu compte du lien entre ces deux propositions, cela résulte clairement de l’ordre dans lequel sont placées les questions sur l’ordre du jour de ce soir. S’il n’y avait pas de lien entre les propositions, le mieux aurait été de soumettre d’abord la proposition de la direction à une seconde discussion, et de passer ensuite à ma proposition, qui est une question nouvelle en assemblée générale. On a au contraire placé ma proposition en tête, et cela est tout|à fait correct; car si ma proposition, contre toute attente, ne réunissait pas une majorité suffisante, nous aurons ensuite les mains libres pour voter en seconde lecture contre le statut sur la composition de la direction, pour lequel nous avons voté la fois précédente en faisant une supposition tacite qui ne se serait pas réalisée. Une pareille façon d’agir sera nécessaire de notre part ;

si la proposition de la direction est adoptée, la direction prendra désormais le caractère d'un conseil d'État ou d'un Sénat, avec deux membres désignés par la couronne ; car chaque fois qu'un de nos rois nommera ici un nouveau consul, il nommera du même coup un directeur de l'association ; et c'est comme contrepoids à cela que nous réclamons une extension du droit de vote. C'est donc mon avis que les deux propositions doivent être adoptées, ou bien aucune.

Mais supposez, messieurs, que l'on adopte la proposition de la direction, et pas la mienne. Qu'aurait-on gagné à cela? Rien du tout. Sans ma proposition, la proposition de la direction ne pourra pas devenir effective, ne pourra pas être réalisée dans la pratique; aucun consul suédois-norvégien, en effet, ne pourra siéger dans une direction où les exigences de garantie du ministre danois ont été respectées, tandis que celles du ministre des Affaires étrangères suédois-norvégien ne l'ont pas été; aucun consul suédois-norvégien, dis-je, n’aurait l’idée de se mettre en opposition avec son propre ministre des Affaires étrangères. Si quelqu’un doutait de la conformité des idées de notre ministre des Affaires étrangères avec ce que j'ai affirmé, je n'ai qu’à m'adresser au ministère et demander s'il approuve que des femmes suédoises et norvégiennes, contrairement à leur désir, soient exclues de l'élection des hommes qui géreront la subvention d'État suédoise-norvégienne. La réponse ne serait pas douteuse. Ou bien il suffirait de mettre la question en discussion dans la presse de Stockholm; toute la presse serait pour moi; pas une voix ne s'élèverait contre; aucun ministre suédois des Affaires étrangères, aucun consul suédois n'oserait ou ne pourrait avoir l'idée de s'insurger contre l'opinion nationale. Car en Suède, la reconnaissance de l'égalité de la femme dans des questions de ce genre a pénétré dans toutes les classes, des plus hautes aux plus humbles.

Mais tout cela ne sera pas nécessaire. On ne voudra pas que le plus important article de nos statuts doive être ou rejeté ou

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rendu caduc. Et surtout maintenant que nous avons eu cet article rédigé et recommandé par un homme qui occupe, à la fois comme juriste et comme législateur, une place de premier rang. Je dis qu'on ne voudra pas en venir là. Je suis sur qu'on fera bon accueil à nos vœux nationaux suédois et norvégiens, de même que, de notre côté, nous avons fait bon accueil à la demande danoise.

[NOTES

Les savants naturalistes les plus récents sont venus de plus en plus à reconnaître que les phénomènes compris dans le domaine de leur science reposent en somme sur un très petit nombre de lois naturelles, que, à mesure que progressent les recherches et les notions qui en résultent, ce nombre diminue constamment, et que nous en viendrons probablement à nous trouver devant cette découverte qu’il n’existe en réalité qu’une seule loi naturelle..., si, en définitive, il y en a une.

Mais il est une observation que les savants naturalistes n'ont pas l’occasion de faire ou d’examiner scientifiquement, c’est que la même réduction du nombre des lois s’applique dans des domaines situés en dehors de leur spécialité, et que même elle s’applique dans tous les domaines, et qu'elle vaut pour l’ensemble de domaines qui sont différents entre eux et en apparence hétérogènes.

Le temps n’est pas tellement éloigné... en admettant qu’il soit passé... où un habile et sérieux fabricant ou artisan ne se serait pas senti désagréablement touché à voir son métier comparé à une profession telle que la composition littéraire, et d’autre part il est habituel, surtout dans les journaux, de voir une œuvre littéraire méprisée, dont on dit : « C’est du métier. »

NOTES

La loi pour l'artisan et pour l'écrivain est tout à fait la même.

iS3o (?)

L'inorganique vient d'abord, puis l'organique. D’abord la nature morte, puis la vivante. Il en est de même dans l'art. D'une donnée qui se présente je veux toujours d'abord faire un croquis, mais ça devient un drame.

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