CHAPITRE II
l'œuvre
Le véritable point de départ de Maison de Poupée , c'est le « féminisme » d'Ibsen. La pièce est une suite naturelle des Soutiens de la Société. Mais s'il défend la femme, ce n’est pas au nom d’une égalité à laquelle il n'a jamais cru. Il ne souhaite pas que les femmes deviennent pareilles aux hommes. Il apprécie en Camilla Collett son élégance naturelle et sa grâce féminine. Et s'il admire en Mme Ibsen une énergie « virile », l’illogisme de Susanna semble lui plaire comme une marque de féminité. Il insiste dans son discours à l’association Scandinave pour le droit de vote des femmes, sur la différence entre l’homme et la femme, et il y voit un argument pour sa thèse : « Les femmes ont quelque chose de commun avec le véritable artiste, de même qu'avec la jeunesse en général, et cela remplace le sens pratique des affaires... [c'est] l’instinct génial qui va tout droit à la solution juste » (p. 37). Aussi ne s'agit-il, dans aucune des deux pièces, du féminisme proprement dit, qui est même expressément mis hors de cause dans le brouillon de Maison de Poupée (p. 607). Il s’agit uniquement des obstacles opposés, dans une société construite à leur usage par les hommes, au développement de la femme comme être humain — et féminin.
L’histoire de Laura Kieler vint à point fournir un scénario. Ibsen a dû beaucoup réfléchir à la lettre angoissée où sa jeune amie le priait d'intervenir auprès d'Hegel. Il a réfléchi par sympathie pour elle, et plus encore, peut-être, par curiosité psycho-