L. 28, — et c'est - témoin] Manque
L. 29 -P. 549, 1. 10. — Il faut que Helmer sache tout. Ce secret néfaste fera sombrer leur ménage, s’il subsiste. Il faut pleine lumière. Ces cachotteries et faux-fuyants mènent à la catastrophe.
Krogstad. — Kristine, votre amie ne vous a pas tout dit.
Madame Linde. — Y a-t-il autre chose que la dette?
Krogstad. — Hm !...
Madame Linde. — Dépêchez-vous; allez, allez... quelqu’un descend l'escalier. Attendez-moi en bas, devant la porte ; vous me reconduirez.
Krogstad. — J'attendrai, et vous verrez. Oh ! Kristine, merci, merci. Vous m’avez relevé. (Il sort rapidement.)
Madame Linde (met son manteau). — Il remercie, et c'est moi... ; oui, maintenant, c’est ici qu’on va... (Nora entre avec ses deux aînés ; la bonne d’enfants a le plus jeune dans ses bras.)
Nora. — Comment ; tu es encore ici?
Madame Linde. — Bonne nuit ; demain j’aurai beaucoup à causer avec toi.
Nora. — Demain... !
Madame Linde. — Crois-moi, Nora, il est bon de tout dire.
Nora. — Oui, oui. Bonne nuit.
Madame Linde. — Bonne nuit.
Nora. — Mille fois bonne nuit. Adieu. (Mme Linde sort). Mets-les au lit, Anne-Marie... ils sont bien fatigués et tout endormis... Oh ! soigne-les bien. Que dis-tu? Rester un peu avec maman. Non, non... ça ne va pas... Vous ne pouvez pas être
avec maman... Bonne nuit.. . oh ! encore une fois.. . Bonne nuit. .. bonne nuit... voilà... maintenant il faut se coucher... bonne nuit, tous... (La bonne sort avec les enfants.) Oh! ne plus jamais les revoir. Jamais... jamais...
Helmer (entrant). — Voilà... c’est fini. Sont-ils au lit?
Nora. — Oui, bientôt.
Helmer. — Tu es fatiguée?
Nora. — Oh ! oui, un peu.
Helmer. — Désormais ma petite Nora devra se ménager. Ça fera du bien de se reposer tout à fait.
Nora. — Oui, je le crois presque.
Helmer. — Presque, seulement.
Nora. — Oui, oui, ce sera bon.
Le docteur Rank (entrant). — Peut-on entrer si tard?
Helmer. — Non, c’est toi? Entre donc.
Le docteur. — Je ne vous ai pas dit adieu là-haut, et comme je savais que vous étiez deux oiseaux de nuit...
Helmer. — Oui, je vais encore travailler une couple d’heures. Eh bien ! tu as eu l’air de bien t’amuser ce soir.
Le docteur. — Oui, pourquoi pas. On emporte volontiers son dernier plaisir.
Helmer. — Le dernier? Pourquoi serait-ce le dernier?
Le docteur. — Pourquoi? Ça, il faut le demander à certaines forces mystérieuses. Mais c’est bien le dernier en ce qui me concerne.
Helmer. — Mais, mon cher Rank...
Le docteur. — Je le sens. Il n’y a rien à y faire. Je vais rentrer et me coucher, et je ne me relèverai pas. Non, non, c’est comme ça. Je suis tout à fait fixé. C’est pourquoi j’ai voulu dire adieu...
Helmer. — Oh ! mais, j 'irai naturellement te voir tous les jours...
Le docteur. — Pas du tout. Tu n'en feras rien. Je ne veux pas. Il y a de la laideur à être couché pour mourir. Une chambre
ÉBAUCHES ET VARIANTES
de malade, c’est vilain ; l’air corrompu, les forces déclinantes du patient, son aspect changé, la peau jaune tirée, les yeux vitreux... Non, non, promets-le moi, Helmer, tu ne viendras pas. Je ne veux pas rester dans ton souvenir associé à des impressions pareilles.
Helmer. — Crois-tu que ce sera long?
Le docteur. — Pas du tout. J’allais dire : malheureusement. Oui, n’est-ce pas curieux comme nous sommes attachés à cette misérable vie? Il me serait facile, comme médecin, d’en finir rapidement avec cette histoire ; quelques gouttes d’une bouteille... ; un coup de lancette ici sur l’artère...
Helmer. — Mais, Rank,... à quoi penses-tu?...
Le docteur. — Je n’en ai pas le courage ; non, ma foi, je ne l’ai pas. J’aime mieux rester à souffrir et à mourir peu à peu à partir d’en bas. Enfin, il peut y avoir des observations intéressantes à faire. Avec d’autres patients, on ne peut guère, vers la fin, se livrer à des expériences. Sur soi-même, au contraire... ; oui, chers amis, voilà la seule joie qui me reste en ce monde. Oui, et puis mes bons cigares ; car je peux les fumer. Oui, eh bien ! adieu, et merci pour tant de bons moments. Je vous souhaite longue vie. Allons, allons, madame... pas de sentiments, pas de scènes... Adieu.
Helmer. — Rank, je monterai tout de même te voir.
Le docteur. — On ne te laissera pas entrer. Non, que diable, tu n’as rien à faire avec la mort... pas encore. Tu es un homme heureux et bien portant... non, non, ce n’est pas pour toi. Allons, adieu donc, et ne me suivez que dans de nombreuses années. (Il sort.)
Helmer. — C’est un rude coup pour nous, Nora !
Nora. — Oui.
Ici vient la réplique de Helmer , p. 549, 1 11-18, jusqu'à pour nous, moins les deux indications scéniques , et : crois que je. Puis vient le texte , p. 547, 1. 6-p. 548, 1. 7, sauf , 1. 13-18 :
elle est toute pleine - je n'en ferai rien. Et le manuscrit
continue ainsi :
... Tiens. Vois-tu comme ça s'est accumulé?
Nora. — Tu vas travailler maintenant?
Helmer. — Oui; il le faut. Je ne dormirais pas quand même. . . ; cette histoire de Rank ne me sort pas de la tête. Allons, allons, ma gentille petite Nora ; je vois que ça t’a secouée aussi. Mais il faut combattre cela ; ce n’est pas bon pour toi. Il faut que tu sois heureuse et gaie, mon petit oiseau chanteur. N’est-ce pas pour cela que tu es au monde? Ce n’était pas inattendu. Nous y avons été préparés depuis longtemps. Et tu sais, c'est peut-être le mieux ainsi... pour nous. Maintenant nous sommes entièrement réduits à nous-mêmes, nous deux. Allons, ne sois pas si secouée, Nora ; il y a quelque chose de laid là dedans. Nous ne voulons pas nous laisser ravir le bonheur. Nous avons tout maintenant; une situation indépendante. Comme je suis content de me mettre à l’œuvre ; d'être mon propre maître indépendant... d’avoir les mains libres.
Nora. — Oui, oui, tu les auras, Thorvald !
Helmer. — Oui, je vais dans mon bureau en attendant. Bonne nuit, ma gentille petite Nora; ne reste pas trop longtemps debout. Tu as grand besoin de repos.
Nora. — Oui, c’est bien mon intention de... ; oui, va, Thorvald ; bonne nuit ; j’aurai bientôt tout fini.
Helmer. — Bonsoir, ma petite alouette. Et demain, un jour nouveau et une vie nouvelle. Bonne nuit ; dors bien. Maintenant je vais lire les lettres. (Il entre avec des papiers dans son bureau.)
Nora (regarde autour d’elle, un moment, avec des yeux égarés ; fait un pas vers la porte de Helmer, mais s’arrête ; dit à voix basse). — Torvald, Torvald, Torvald ! Ne plus jamais le voir ! Les enfants ; ne plus jamais les voir. L’eau noire glaciale. Oh î le pourrai-je ! Oh ! si seulement c’était fait ! Qu’est-ce? L’a-t-il ouverte? Lit-il?... Adieu, mon foyer, mon foyer et lui et les
enfants ! (Elle a jeté un grand châle sur sa tête et court sortir par la porte d'entrée. A ce moment Helmer ouvre violemment sa porte et paraît, une lettre ouverte à la main.)
Helmer. — Nora !
Nora (criant). — Ah !
Helmer. — Nora, qu’est-ce que c'est que ça?...
Nora. — Mais je m’en vais... tu vois bien que je m’en vais.
Helmer (la retient). — Ou vas-tu? Sais-tu ce qu’écrit ce misérable?
Nora. — Oui. Tue-moi ! Frappe-moi !
Helmer. — Nora !
Nora. — Lâche-moi... je vais m’en aller !
Helmer. — Effrayant ! Est-ce vrai, ce qu’il écrit? Non, non, il est impossible que ce soit vrai !
Nora. — Que veux-tu faire de moi?
Helmer. — Malheureuse ! qu’as-tu fait là I
Nora. — Laisse-moi partir. Lâche-moi.
La comparaison avec le texte définitif reprend à partir de la
P. 552, 1. 1-3. — Nora. — Oui, je le sais maintenant