IBSEN A MUNICH
Au milieu d'avril je vais quitter Dresde pour m’installer provisoirement à Munich. L'école où va Sigurd ici a supprimé, en effet, les deux plus hautes classes, et les écoles publiques locales ne me semblent pas convenir, par leur organisation et leurs méthodes, à des élèves étrangers. Le goût de la migration m'est d'ailleurs revenu, et Dresde, au cours des dernières années, a été de plus en plus délaissé par les étrangers. Ce déplacement m’éloignera malheureusement un peu plus de chez nous, mais par contre je me rapprocherai un peu de l'Italie, et de plus, j'aurai l'agrément de vivre parmi des catholiques, qui sont ici, en Allemagne, absolument à préférer aux protestants’.
C'était sans doute leur lutte contre le Kulturkampf qui rendait alors les catholiques allemands sympathiques à Ibsen. « La lutte est bonne. » Et il écrivait à Edmund Gosse : « Je pense que toute vie intellectuelle y respire plus largement et plus à l’aise qu’ici dans l’Allemagne du Nord, où l’État et la politique ont pris à leur service toute la force du peuple et coupé court à toute véritable curiosité de l’esprit â. » Mais sa raison principale était les études de Sigurd, qui avait quinze ans, et il s’adressa, sans le connaître, à Konrad Maurer, professeur d’histoire du droit à l’université de Munich, qui s’était occupé de la Norvège et de l’Islande, où il avait séjourné, et dont la maison était ouverte aux Scandinaves, pour se renseigner sur les écoles
1 Lettre à L. Daae, du 4 février 1875, Breve, II, pp. 26-27.
2 Lettre citée par Edmund Gosse, Northern studies , 1882.