‹ Œuvres complètes. tome onzième, Les Drames modernesChapitre 5 sur 153 · A LA FÊTE DU MARIAGE · texte numérisé non relu

A LA FÊTE DU MARIAGE

DE JAKOB HEGEL ET DE MADEMOISELLE ELISABET BAGGE le 9 octobre 1874.

Les feuilles tombent et les feuilles craquent ; c’est l’automne du nord qui vient ; sous le couvert des forêts dénudées circule la voix de l’adieu.

Aussi les forces du nord se concentrent dans le rendez-vous du cœur, au foyer, on s’y souvient de sa vie au grand air, enfermés dans la salle, au chaud.

O vous qui vous êtes choisis l’un l'autre, qui formez un si jeune couple, entrez, le front couronné de printemps, dans votre future demeure.

Laissez dehors les jours pâles d’octobre étaler leurs lourdes toiles de brume ; que le foyer vous soit une tonnelle à la gloire de la jeunesse.

C’est juste en quoi l’art de vivre réside : dans les joies et dans les tracas, se rappeler son humeur printanière, garder sa jeunesse de cœur,

et puis, le soir, quand le soleil décline, maintenir les idéals du matin avec éclat, haut en 1* air, hardiment.

Pouvoir cela, c'est la victoire.

Y parvenir, c'est avoir résolu ce problème : la vie commune ; l'esprit, ici, ne sait dire la voie, la sagesse, pas davantage.

Mais l'amour sait deviner à l’aveugle où l’on pourra trouver le sentier.

Ne manquez pas de veiller à grand soin sur cette flamme de salut.

Souvenez-vous : qui met cette lumière sur la table de son autel, aura, au cours des nuits d’accablement, de quoi voir où poser le pied.

Et lorsqu'un jour les feuilles tomberont autour de vous, à l'âge de l'automne,... à sa lueur, regardez en arrière les beaux jours de votre printemps !

A MADEMOISELLE EMMA KLINGENFELD

avec un exemplaire de Madame Inger d'Ostraat.

Ce que j’ai chanté chez moi en nordique m’est venu du sud en forme d’écho.

Cela m’est venu adouci de ton ;

c’était bien pourtant mon œuvre nordique.

Non pas un écho des fjelds blancs de neige ; mais écho des bois par un soir d’été.

C’est bien ce qu’il faut pour que l’interprète ouvre au skald la voie chez les étrangers.

En remerciement voici une autre œuvre sur un autre temps, plus récent, moins fort.

Ce sont des tableaux d'une nuit d’automne, où aucun soleil n’annonce une aurore.

Des femmes de feu et de cœur paraissent ; et le drame noir finit dans le sang.

De ton doux foyer, jeune femme, laisse encor ton esprit voler vers le nord,

et te transporter au fjord de Trondhjem, où la brume est comme un crêpe de deuil.

Que l'ombre d’Eline, et aussi d’Inger, passent près de toi. Mais ensuite, oublie.

Et retourne voir le cours de l’Isar, comme réveillée dJun rêve lugubre.

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