‹ Œuvres complètes. tome onzième, Les Drames modernesChapitre 4 sur 153 · DISCOURS AUX ÉTUDIANTS · texte numérisé non relu

DISCOURS AUX ÉTUDIANTS

certains moments, le modèle en lui-même. Et qui est, parmi nous, l'homme qui n'a pas senti parfois, et reconnu en lui une opposition entre la parole et l'acte, entre la volonté et la tâche, et généralement entre la vie et la doctrine? Ou qui est celui, parmi nous, qui n'a pas été, au moins en certains cas, égoïstement à lui-même assez, et qui, à demi s'en doutant, à demi de bonne foi, a enjolivé cette situation aux yeux des autres et de lui-même.

J'ai pensé que si je dis cela à vous, étudiants, cela vient précisément à la bonne adresse. Ce sera compris comme il faut que ce le soit ; car les étudiants ont essentiellement même tâche que le poète : élucider pour eux-mêmes, et par là, pour les autres, les questions contingentes et éternelles qui s'agitent dans le temps et la société auxquels ils appartiennent.

En ce sens j'ose dire de moi-même que pendant mon séjour à l'étranger je me suis efforcé d'être un bon étudiant. Un poète est par nature de ceux qui ont la vue longue. Jamais je n’ai vu mon pays et la vie vivante de mon pays aussi pleinement, aussi clairement et aussi intimement que de loin et pendant mon absence.

Et maintenant, mes chers compatriotes, deux mots pour finir, qui ont aussi rapport à quelque chose de vécu. Lorsque l'empereur Julien est au bout de sa carrière, et que tout s'écroule autour de lui, rien ne le déprime aussi profondément que cette pensée, que tout ce qu'il a gagné est ceci : de rester avec une respectueuse estime dans le souvenir de têtes lucides et froides, tandis que son adversaire siégerait, riche d'amour, dans les cœurs chauds et vivants des hommes. Ce trait est provenu de beaucoup de sentiments vécus ; il a son origine dans une question que je me suis parfois posée à moi-même, là-bas, dans la solitude. Aujourd’hui la jeunesse de la Norvège est venue à moi ce soir, et m'a donné réponse par des paroles et des chants, donné réponse si chaude et si parfaite, telle que jamais je ne me serais attendu à l’entendre. J'emporterai cette réponse

comme le plus beau résultat de ma visite à mes compatriotes en mon pays ; et c'est mon espoir et ma conviction que ce que j'éprouve ce soir est quelque chose de vécu, qui trouvera aussi un jour son reflet dans une œuvre future. Et si cela se produit, si un jour j’envoie un tel livre au pays, je demande que les étudiants l’accueillent comme une poignée de main et un remerciement pour cette soirée ; je les prie de l'accueillir comme gens qui ont part à l’ouvrage.

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