‹ Œuvres complètes. tome onzième, Les Drames modernesChapitre 50 sur 153 · LA DAME · texte numérisé non relu

LA DAME

Bonjour, chère Betty! Bonjour, Marta! Bonjour, beaufrère !

MADAME BERNICK, avec un cri.

Lona !...

LE CONSUL BERNICK, reculant d'un pas.

Aussi vrai que je vis!...

MADAME HOLT Mais, miséricorde!...

MADAME RUMMEL

Ce n’est tout de même pas possible !...

HILMAR TÔNNESEN

Oh ! Aïe !

MADAME BERNICK

Lona !... Est-ce vraiment?...

MADEMOISELLE HESSEL

Si c’est moi? Oui, pour sûr, c’est moi ; vous pouvez bien vous jeter à mon cou...

Aïe ! aïe !

HILMAR TÔNNESEN MADAME BERNICK

Et tu viens ici maintenant comme...

LE CONSUL BERNICK ... pour paraître vraiment?...

LES SOUTIENS, ACTE I

MADEMOISELLE HESSEL Paraître? Comment ça, paraître?

LE CONSUL BERNICK Oui, je veux dire... avec les écuyers...

MADEMOISELLE HESSEL

Hahaha! Es-tu fou, beau-frère? Crois-tu que je fais partie du cirque? Non; c'est vrai que j'ai fait bien des métiers et me suis rendue ridicule de bien des façons...

MADAME RUMMEL

Hm!...

... mais des tours sur la croupe d'un cheval, je n'en ai jamais fait.

LE CONSUL BERNICK Alors, ce n'est tout de même pas...

MADAME BERNICK Ah ! Dieu soit loué !

MADEMOISELLE HESSEL

Non, nous sommes venus comme n'importe quelles gens convenables,... en seconde classe il est vrai, mais nous y sommes habitués.

MADAME BERNICK

Nous, dis-tu?

LE CONSUL BERNICK, approchant d'un pas.

Nous, qui?

MADEMOISELLE HESSEL Moi et l'enfant, naturellement.

LES DAMES, s'exclamant.

L’enfant !

HILMAR TÔNNESEN

Quoi !

RÔRLUND

Non, je dois dire!...

Mais que veux- tu dire, Lona?

MADEMOISELLE HESSEL

Je veux dire John, naturellement ; je n’ai pas d’autre enfant que John, que je sache,... ou Johan, comme vous l’appeliez.

MADAME BERNICK

Johan !...

MADAME RUMMEL, bas à Mme Lynge.

Le frère égaré !

LE CONSUL BERNICK, hésitant .

Johan est ici?

MADEMOISELLE HESSEL

Mais oui; mais oui; je ne voyage pas sans lui. Mais vous avez l’air tout tristes. Et vous êtes assis là dans la pénombre et vous cousez dans du blanc. Il n’y a pas de décès dans la famille?

RÔRLUND

Mademoiselle, vous vous trouvez ici dans l’association pour les gens moralement corrompus...

MADEMOISELLE HESSEL, à mi-voix.

Vous dites? Ces belles dames paisibles seraient !...

MADAME RUMMEL Non, je dois dire !...

LES SOUTIENS, ACTE II

MADEMOISELLE HESSEL

Ah ! je comprends, je comprends ! Mais, que diable, c'est madame Rummel ! Et madame Holt est là aussi ! Eh bien ! nous n'avons pas rajeuni toutes les trois depuis qu'on s'est vues. Mais, écoutez, bonnes gens ; laissez les moralement corrompus attendre un jour; ils ne deviendront pas pires pour cela. Un moment de joie comme celui-ci...

RÔRLUND

Un retour n'est pas toujours un moment de joie.

MADEMOISELLE HESSEL

Non? Comment lisez-vous votre Bible, monsieur le pasteur?

RÔRLUND

Je ne suis pas pasteur.

MADEMOISELLE HESSEL

Oh ! vous le deviendrez sûrement... Mais pfuh ! ce linge moral a une odeur corrompue, une vraie odeur de linceul. Je suis habituée à l'air de la prairie, moi, je vous dirai.

LE CONSUL BERNICK, s'essuie le front.

Oui, l’air est vraiment un peu étouffant ici.

MADEMOISELLE HESSEL

Attendez, attendez ; nous sortirons bien du caveau.

(Elle ouvre les rideaux,)

Il faut ici la pleine lumière, quand le garçon va venir. Oui, vous verrez un garçon qui s'est lavé...

Aïe !

HILMAR TÔNNESEN

MADEMOISELLE HESSEL, ouvre porte et fenêtres.

... oui, c’est-à-dire, quand il se sera lavé... là-haut, à l’hôtel ; car sur le vapeur il était sale comme un cochon.

HILMAR TÔNNESEN

Aïe ! aïe !

MADEMOISELLE HESSEL Aïe? Oui, vraiment, n’est-ce pas!...

(Elle montre Hilmar du doigt et s'adresse aux autres.)

Il est là toujours à flâner et à dire aïe?

HILMAR TÔNNESEN

Je ne flâne pas. Je suis là pour ma maladie.

RÔRLUND

Hm ! mesdames, je ne crois pas...

MADEMOISELLE HESSEL, qui a remarqué Olaf.

Il est à toi, Betty?.., Tends-moi la patte, mon garçon. Ou bien as-tu peut-être peur de ta vieille tante, si laide?

RÔRLUND, prenant son livre sous son bras.

Mesdames, je ne vous crois pas disposées à continuer le travail aujourd'hui. Mais demain nous nous réunissons de nouveau?

MADEMOISELLE HESSEL, pendant que les dames se lèvent pour prendre congé.

Oui, n'est-ce pas. Je serai exacte.

RÔRLUND

Vous? Permettez, mademoiselle, que ferez-vous dans notre association?

MADEMOISELLE HESSEL Je donnerai de l'air, monsieur le pasteur.

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