‹ Œuvres complètes. tome onzième, Les Drames modernesChapitre 56 sur 153 · LE CONSUL BERNICK LES MESSIEURS · texte numérisé non relu

LE CONSUL BERNICK LES MESSIEURS

HILMAR TÔNNESEN Ah ! je le pensais bien.

MADEMOISELLE BERNICK Tu l’as retrouvé, Karsten !

MADEMOISELLE HESSEL Oui, tâche aussi de le gagner maintenant.

LE CONSUL BERNICK

Tu l’as ! C’est vrai, ce que tu dis? Où est-il?

MADAME BERNICK

Tu ne le sauras pas avant de lui avoir pardonné.

LE CONSUL BERNICK

Oh! baste, pardonné!... Mais comment as-tu su?...

MADAME BERNICK

Tu ne crois pas qu’une mère sait voir? J’étais dans une inquiétude mortelle qu’on ne te mît au courant. Quelques mots qui lui ont échappé hier... ; et comme sa chambre était vide, et son sac et des vêtements disparus...

Oui, oui?...

MADAME BERNICK

Je courus; j’allai trouver Aune; nous sommes montés dans sa barque à voile ; le bateau américain allait s’éloigner.

288 les drames modernes

Dieu merci, nous sommes tout de même arrivés à temps,... nous sommes montés à bord,... avons fait visiter la cale,... l’avons trouvé... Oh ! Karsten, il ne faut pas le punir !

LE CONSUL BERNICK

Betty !

MADAME BERNICK Et Aune non plus !

LE CONSUL BERNICK

Aune? Que sais-tu sur lui? L 'InJian Girl est-il de nouveau en route?

MADAME BERNICK

Non, non, c’est justement là le point.

LE CONSUL BERNICK

Parle, parle !

MADAME BERNICK

Aune était aussi ému que moi ; la recherche a pris du temps ; la nuit tombait, si bien que le pilote fit des difficultés; et alors Aune a osé... en ton nom...

LE CONSUL BERNICK

Eh bien?

Arrêter le bateau jusqu’à demain.

KRAP

Hm !...

LE CONSUL BERNICK Oh ! indicible bonheur !

MADAME BERNICK

Tu n’es pas fâché?

LE CONSUL BERNICK

Oh ! quel excès de bonheur, Betty !

LES SOUTIENS, ACTE IV

RUMMEL

Tu es aussi par trop consciencieux.

HILMAR TÔNNESEN

Oui, dès qu’il s’agit d’une petite lutte avec les éléments,... aïe !

KRAP, près des fenêtres.

Voici le cortège à la porte du jardin, monsieur le consul.

LE CONSUL BERNICK Oui, il peut venir.

RUMMEL

Tout le jardin se remplit de monde.

SANDSTAD

Toute la rue est bondée.

RUMMEL

Toute la ville est sur pied, Bernick. C’est vraiment excitant.

VIGELAND

Prenons cela, monsieur Rummel, avec un esprit d’humilité.

RUMMEL

Tous les drapeaux sont sortis. Quel cortège! Voilà le comité de ia fête, le professeur Rôrlund en tête.

LE CONSUL BERNICK Qu’ils viennent, vous dis-je !

RUMMEL

Mais, écou?e ; dans 1 ’état d’émotion où tu te trouves... LE CONSUL BERNICK

Eh bien ! quoi?

T. XI

2go

RUMMEL

Je n'aurais pas de répugnance à prendre la parole en ton nom.

LE CONSUL BERNICK

Non, merci; ce soir je parlerai moi-même.

RUMMEL

Mais sais-tu aussi ce que tu dois dire?

LE CONSUL BERNICK

Oui, sois tranquille, Rummel;... maintenant, je sais ce que je dois dire.

( Cependant la musique a cessé. La porte du jardin est ouverte . Rôrlund entre , à la tête du comité de la fête} suivi de deux domestiques louêsy qui portent un panier recouvert. Après eux viennent des citoyens de la ville , de toutes classes , autant que le salon peut en contenir. Une foule immense avec drapeaux et bannières est aperçue dehors , dans le jardin , et dans la rue.)

RÔRLUND

Très honoré monsieur le consul ! Je vois, à la surprise qui se peint sur votre visage, que nous pénétrons ici en hôtes inattendus dans votre heureux cercle de famille, votre foyer paisible entouré d'honorables et laborieux amis et concitoyens. Mais ce nous a été un besoin du cœur de vous apporter notre hommage. Ce n'est pas la première fois, mais cela n'avait pas encore eu lieu avec un si grand concours. Bien souvent nous vous avons apporté nos remerciements pour le large fondement moi al sur lequel, pour ainsi dire, vous avez construit notre société. Cette fois, nous vous rendons hommage comme au concitoyen aux

LES SOUTIENS, ACTE IV

vues claires, infatigable, désintéressé et dévoué, qui a pris l’initiative d’une entreprise capable de donner, selon l’avis de tous les hommes compétents, une vigoureuse impulsion au bien-être et à la prospérité temporels de cette société.

(Voix dans la foule.)

Bravo ! bravo !

RÔRLUND

Monsieur le consul, pendant une série d’années vous avez donné à notre ville un lumineux exemple. Je ne parle pas ici de votre vie familiale exemplaire, ni de votre conduite morale impeccable en général. Ces choses-là sont vouées à l’intimité, et non à la salle de fête ! Mais je parle de votre action civique, telle qu’elle apparaît aux yeux de tous. Des navires bien équipés sortent de vos chantiers et montrent le drapeau dans les ports les plus lointains. Un nombreux et heureux personnel ouvrier vous admire comme un père. En donnant naissance à de nouvelles branches de travail, vous avez fondé le bien-être de centaines de familles. En d’autres termes... vous êtes éminemment le pilier de base de cette société.

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