LE CONSUL BERNICK LES MESSIEURS
HILMAR TÔNNESEN Ah ! je le pensais bien.
MADEMOISELLE BERNICK Tu l’as retrouvé, Karsten !
MADEMOISELLE HESSEL Oui, tâche aussi de le gagner maintenant.
LE CONSUL BERNICK
Tu l’as ! C’est vrai, ce que tu dis? Où est-il?
MADAME BERNICK
Tu ne le sauras pas avant de lui avoir pardonné.
LE CONSUL BERNICK
Oh! baste, pardonné!... Mais comment as-tu su?...
MADAME BERNICK
Tu ne crois pas qu’une mère sait voir? J’étais dans une inquiétude mortelle qu’on ne te mît au courant. Quelques mots qui lui ont échappé hier... ; et comme sa chambre était vide, et son sac et des vêtements disparus...
Oui, oui?...
MADAME BERNICK
Je courus; j’allai trouver Aune; nous sommes montés dans sa barque à voile ; le bateau américain allait s’éloigner.
288 les drames modernes
Dieu merci, nous sommes tout de même arrivés à temps,... nous sommes montés à bord,... avons fait visiter la cale,... l’avons trouvé... Oh ! Karsten, il ne faut pas le punir !
LE CONSUL BERNICK
Betty !
MADAME BERNICK Et Aune non plus !
LE CONSUL BERNICK
Aune? Que sais-tu sur lui? L 'InJian Girl est-il de nouveau en route?
MADAME BERNICK
Non, non, c’est justement là le point.
LE CONSUL BERNICK
Parle, parle !
MADAME BERNICK
Aune était aussi ému que moi ; la recherche a pris du temps ; la nuit tombait, si bien que le pilote fit des difficultés; et alors Aune a osé... en ton nom...
LE CONSUL BERNICK
Eh bien?
Arrêter le bateau jusqu’à demain.
KRAP
Hm !...
LE CONSUL BERNICK Oh ! indicible bonheur !
MADAME BERNICK
Tu n’es pas fâché?
LE CONSUL BERNICK
Oh ! quel excès de bonheur, Betty !
LES SOUTIENS, ACTE IV
RUMMEL
Tu es aussi par trop consciencieux.
HILMAR TÔNNESEN
Oui, dès qu’il s’agit d’une petite lutte avec les éléments,... aïe !
KRAP, près des fenêtres.
Voici le cortège à la porte du jardin, monsieur le consul.
LE CONSUL BERNICK Oui, il peut venir.
RUMMEL
Tout le jardin se remplit de monde.
SANDSTAD
Toute la rue est bondée.
RUMMEL
Toute la ville est sur pied, Bernick. C’est vraiment excitant.
VIGELAND
Prenons cela, monsieur Rummel, avec un esprit d’humilité.
RUMMEL
Tous les drapeaux sont sortis. Quel cortège! Voilà le comité de ia fête, le professeur Rôrlund en tête.
LE CONSUL BERNICK Qu’ils viennent, vous dis-je !
RUMMEL
Mais, écou?e ; dans 1 ’état d’émotion où tu te trouves... LE CONSUL BERNICK
Eh bien ! quoi?
T. XI
2go
RUMMEL
Je n'aurais pas de répugnance à prendre la parole en ton nom.
LE CONSUL BERNICK
Non, merci; ce soir je parlerai moi-même.
RUMMEL
Mais sais-tu aussi ce que tu dois dire?
LE CONSUL BERNICK
Oui, sois tranquille, Rummel;... maintenant, je sais ce que je dois dire.
( Cependant la musique a cessé. La porte du jardin est ouverte . Rôrlund entre , à la tête du comité de la fête} suivi de deux domestiques louêsy qui portent un panier recouvert. Après eux viennent des citoyens de la ville , de toutes classes , autant que le salon peut en contenir. Une foule immense avec drapeaux et bannières est aperçue dehors , dans le jardin , et dans la rue.)
RÔRLUND
Très honoré monsieur le consul ! Je vois, à la surprise qui se peint sur votre visage, que nous pénétrons ici en hôtes inattendus dans votre heureux cercle de famille, votre foyer paisible entouré d'honorables et laborieux amis et concitoyens. Mais ce nous a été un besoin du cœur de vous apporter notre hommage. Ce n'est pas la première fois, mais cela n'avait pas encore eu lieu avec un si grand concours. Bien souvent nous vous avons apporté nos remerciements pour le large fondement moi al sur lequel, pour ainsi dire, vous avez construit notre société. Cette fois, nous vous rendons hommage comme au concitoyen aux
LES SOUTIENS, ACTE IV
vues claires, infatigable, désintéressé et dévoué, qui a pris l’initiative d’une entreprise capable de donner, selon l’avis de tous les hommes compétents, une vigoureuse impulsion au bien-être et à la prospérité temporels de cette société.
(Voix dans la foule.)
Bravo ! bravo !
RÔRLUND
Monsieur le consul, pendant une série d’années vous avez donné à notre ville un lumineux exemple. Je ne parle pas ici de votre vie familiale exemplaire, ni de votre conduite morale impeccable en général. Ces choses-là sont vouées à l’intimité, et non à la salle de fête ! Mais je parle de votre action civique, telle qu’elle apparaît aux yeux de tous. Des navires bien équipés sortent de vos chantiers et montrent le drapeau dans les ports les plus lointains. Un nombreux et heureux personnel ouvrier vous admire comme un père. En donnant naissance à de nouvelles branches de travail, vous avez fondé le bien-être de centaines de familles. En d’autres termes... vous êtes éminemment le pilier de base de cette société.