L. 16-P. 134, 1. 9. — Est-il encore là
Madame Bernick. — Qui?
Hilmar Tonnesen. — Le vieux.
Madame Bernick. — Oui, j’entends que père est là avec Bernick. Je ne savais pas...
Hilmar Tonnesen. — Si je pouvais comprendre ce qu’ils lui veulent...
Madame Bernick. — Qu’est-ce donc au juste...?
Hilmar Tonnesen. — Tu ne le sais pas?
Madame Bernick. — Non, je ne sais rien.
Hilmar Tonnesen. — Tu ne sais pas que Bernick a convoqué une conférence pour le chemin de fer?
Madame Bernick. — Vraiment?
ÉBAUCHES ET VARIANTES
La préfète Bernick. — Karsten a...?
Madame Rummel. — Pour le chemin de fer?
Madame Salvesen. — M. Bernick va-t-il construire un chemin de fer?
Madame Holt. — Non, voyez-vous que nous ayons un chemin de fer ici !
Rorlund. — Oh ! espérons qu’il faudra du temps.
Madame Bernick. — Mais qu’est-ce que père disait de cela?
Hilmar Tônnesen. — Penses-tu qu'il ait rien dit? Il n’avait sûrement aucune idée de la question qu’on allait discuter. Mais je l’ai su par le gérant Knap. Une liste a circulé, a été envoyée au marchand Sandstad, au marchand Rasmussen — Rasmussen du coteau, — et au marchand Vigeland, — oui, et puis au vieux. Dieu sait pourquoi il devait en être.
Madame Rummel. — Ce sont les hommes riches de la ville, monsieur Tônnesen !
Hilmar Tônnesen. — Oui, si l’argent pouvait faire l’affaire, ça irait peut-être ; mais il faut aussi du discernement, et c'est là une denrée qui n’est pas commune ici dans le patelin oui, je veux dire parmi les commerçants, bien entendu !
Madame Rummel. — Non, je ne peux presque pas m’imaginer cela, madame Holt !
Madame Holt. — Que nous aurions un chemin de fer ici !
Hilda Rummel. — Alors nous pourrions monter en chemin de fer le dimanche !
Rôrlund. — Le dimanche?
Hilda Rummel. — Non, je voulais dire en semaine.
La préfète Bernick. — Considéreriez-vous cela comme positivement dangereux, monsieur le professeur, si nous avions un chemin de fer?
Rorlund. — Non, je ne le considérerais pas du tout comme absolument dangereux. Le danger dépendrait de tant d’autres causes. De nos jours, d’ailleurs, on ne peut pas vivre à l'écart, même si on le voulait. Et cette ville-ci est déjà de façons si
multiples en relation avec le monde extérieur et en contact avec maintes et maintes choses qui ne sont pas comme elles devraient être. [Biffé : Ce qui importe, ce n’est pas une tentation de plus ou de moins, madame la préfète. Nous en avons assez déjà,.,, ici comme ailleurs.] Non, il nous faut chercher abri et protection en nous-mêmes ; et avant tout, bien entendu, dans... ; enfin, cela va de soi.
Hilmar Tônnesen. — Oui, je voudrais bien voir qu’ils puissent nous construire [corrigé en : qu’ils se mettent à bavarder sur] un chemin de fer. Ce serait au moins une distraction.
Rôrlund. — Oh ! des distractions, il me semble qu’elles ne manquent pas ici.
Hilmar Tônnesen. — Oui, c’est bien possible. Mais je reste là et je fume. Je prie ces dames de m’excuser. (Il remonte au fond.)
La préfète Bernick. — Oh ! vous pouvez bien fumer ; il me semble que c’est un bon cigare.
Hilmar Tônnesen. — Non, c’est un très mauvais cigare ; on ne trouve pas de bons cigares dans la ville. C’est encore là un des agréments de la vie des petites villes. [Biffé : (Il feuillette le livre du professeur.) « Un instant de repos dans le sein de la nature. » Qu’est-ce que c’est que ces fadaises?
Madame Bernick. — Mon Dieu, Hilmar, il ne faut pas dire cela ! Tu n’as sûrement pas lu ce livre.
Hilmar Tônnesen. — Non; et je n’ai pas non plus l’intention de le lire.]
P. 134, 1. 23-P. 139, 1. 13. — hier soir pour ma maladie, et alors j’ai rencontré Evensen. Nous sommes montés au club et nous y sommes restés jusqu’à minuit et demi. Evensen a parlé d’un voyage de découverte au pôle Nord. Il a une imagination prodigieuse, ce garçon-là.
Madame Rummel. — Oui, ça ne vous a sûrement pas fait de bien.
ÉBAUCHES ET VARIANTES
Hilmar Tonnesen. — Non, j’ai passé toute la nuit à me retourner dans un demi-sommeil, et j'ai rêvé que j'étais poursuivi par un morse dégoûtant. Aïe, voilà qu’il crie encore !
Les dames. — Qui est-ce qui crie?
Hilmar Tonnesen. — Le vieux Tonnesen, naturellement. Il ne peut jamais baisser la voix, et ça me rend toujours si nerveux.
Rorlünd. — Les autres ne la baissent pas non plus, il me semble. Je crains que M. Bernick ait un rude combat à soutenir.
La préfète Bernick. — Quand mon fils veut quelque chose, il est homme à en venir à bout, monsieur le professeur !
Madame Rummel. — Oui, et il l’a bien souvent montré. C’est M. Bernick que nous devons remercier pour les canalisations d’eau et le nouvel éclairage des rues...
Madame Holt. — ... et un pavage convenable et les plantations d’arbres sur la place !
La préfète Bernick. — Oui, grand Dieu, que de changements se sont produits dans cette ville ! Quand je pense au temps de ma jeunesse...
Madame Bernick. — Oh ! rappelez-vous seulement il y a douze ou quatorze ans. Et ce n’est pas seulement l'aspect extérieur qui est changé, mais la vie intérieure peut-être encore davantage. Dieu, quelle vie on menait alors ici ! On avait alors l’association des bals et la société musicale...
Marta. — Et la société dramatique ; je me la rappelle bien.
Madame Rummel. — Oui, c’est là que votre pièce a été jouée, monsieur Tonnesen.
[Ajouté après coup : Hilmar Tonnesen. — Oh! peuh... !]
Madame Salvesen. — La pièce de M. Tonnesen? N’est-ce pas dans cette pièce que vous m’avez raconté avoir joué la maîtresse, madame Rummel?
Madame Rummel (avec un coup d’œil vers Rorlund). — Moi? Je ne m’en souviens vraiment pas, madame Salvesen. Mais je
T. XI. 21
me rappelle bien toutes les bruyantes réunions mondaines dans les familles.
Madame Holt. — Oui, je me rappelle même des maisons où il y avait deux grands dîners par semaine.
Madame Bernick. — Et l’été, nous avions des promenades à la voile et dans la campagne.
Rôrlund. — Et cela, même le dimanche, à ce que je me suis laissé dire.
Madame Bernick. — Oui, dans ce temps-là, on ne s’y entendait pas mieux. On trouvait même cela tout à fait amusant,
Rôrlund. — Enfin, pour l’homme simple, ces choses-là sont amusantes. Mais nous devons tâcher de nous en passer, madame Bernick.
La préfète Bernick. — Je dirai d’ailleurs qu’il y avait beaucoup de contingences qui, en quelque sorte, nous excusaient.
Rôrlund. — Excusaient...?
La préfète Bernick. — Oui, si elles ne nous excusaient pas, du moins, elles... enfin; dans ce temps-là, les hommes étaient peu occupés, et nous autres femmes, presque moins encore. Nous avions la maison à diriger, c’était tout. Aucune de nos associations n'existait alors. Avant votre arrivée on ne songeait à rien de ce genre.
Madame Bernick. — Et pourtant il y avait aussi des gens sérieux parmi nous, dans ce temps-là aussi.
Rôrlund. — Il y en avait vraiment? Et qui était-ce donc?
Madame Bernick. — Oh ! plusieurs.
La préfète Bernick. — Betty pense surtout sans doute à Lona Hessel.
Rôrlund. — Hessel? Est-ce la demoiselle Hessel qui vit à l’étranger?
Madame Bernick. — Oui ; elle y a vécu longtemps ; c’e: t depuis le...
Rôrlund. — Combien de temps, dites-vous?
ÉBAUCHES ET VARIANTES
Madame Bernick. — Non, je ne peux pas me rappeler exactement.
Madame Rummel. — Mon Dieu, madame Bernick, ne vous souvenez-vous pas qu’elle est partie précisément au moment de votre mariage?
Madame Bernick. — Non, je ne m’en souviens vraiment pas.
Madame Holt. — Elle doit vaguer çà et là, en Allemagne, en France et en Italie.
La préfète Bernick. — Oui, voilà des années que nous n’avons eu de ses nouvelles. Elle avait une lointaine parenté avec feu mon mari, monsieur le professeur. Mais elle n’écrit jamais. Dieu sait si elle a trouvé le calme quelque part.
Rôrlund. — J’en doute, madame. Le calme, si nous ne l’avons pas en nous, nous ne le trouvons pas au dehors. Et surtout pas à l’étranger. Nous voyons tous les jours, par les journaux et les revues, où l'on en est au dehors. Doute et germes de désordre de tous les côtés ; esprits inquiets, incertitude sous tous les rapports ; désagrégation dans les familles et désirs de bouleversement dans la grande société. Non, ici, chez nous, nous pouvons remercier Dieu d'avoir la vie telle que nous l’avons. L’ivraie pousse ici parmi le bon grain, c’est vrai ; mais nous vivons du moins sur un sol où il peut pousser quelque chose, que cela tourne bien ou mal... C'est pourquoi je doute fort, comme je le disais, que Mlle Hessel ait trouvé là- bas, dans les pays lointains, la paix, si c’est cela qu’elle cherchait.
Marta. — Oui, nous verrons cela, peut-être, plus tôt qu’on ne le pense.
Madame Holt. * — Oui, qui est-ce qui a dit qu’elle reviendrait cet été?
Madame Bernick. — Oh ! on l’a dit si souvent. Cela n’arrivera sûrement pas.
Marta. — Cela pourrait bien être sérieux cette fois-ci.
[Biffé : La préfète Bernick. — Tu sais sûrement quelque chose, enfant ; on le sent, à t’entendre.
Marta. — Non, vraiment, je ne sais rien ; mais je m’imagine. . .
Rorlund. — Secrets du télégraphe ! Nous ne devons pas scruter davantage.]
Madame Rummel. — Bon, si elle revient cet été, elle trouvera certes de grands changements î Elle est partie justement à la pire époque, lorsque la ville était comme bouleversée. C'était l’hiver où la troupe de comédie Moller était ici. Vous rappelez- vous, madame Bernick, ils jouaient dans la salle de Holm, le fabricant de voiles?
Madame Bernick. — Oui, c'est bien possible.
Madame Holt (jetant des coups d'œil sur Mme Rummel). — Hm !... hm !
Madame Rummel (sans la voir). — Non, c’est bien certain ! Oh ! je me le rappelle aussi nettement que si c’était hier. Oui, cet hiver-là il y a eu du bruit dans la ville. N’est-ce pas en cette année que...?
Madame Holt (comme précédemment). — Hm !
Madame Rummel (s’en aperçoit). — Non, c’est vrai... Je
Madame Bernick. — Mais n’allons-nous pas plutôt...
Madame Salvesen. — Oui, qu'est-ce qu'il en est au juste des folles histoires de ce temps-là? Je suis si nouvelle dans cette ville que je ne comprends pas du tout...
P. 139, 1. 26-30. — - Eh bien ! le travail va cesser pour aujourd’hui. Viens que je t'aide, chère mère. Si vous voulez bien, mesdames... (Elle et le professeur conduisent la préfète à la véranda. Les autres dames se sont levées et posent leur ouvrage bien rangé sur la table du salon.)
P. 140, 1. 17-19. — Madame Salvesen. — Mais, miséricorde, qu’est-ce qu'il y a?
P. 141, 1. 11. — L’étudiant] le licencié
L. 12-20. — Madame Holt. — Non, pas lui, madame Salvesen. Il y avait un autre frère...
ÉBAUCHES ET VARIANTES
Madame Rummel. — ... le frère perdu...
Madame Holt. — ... le plus jeune fils du vieux Tônnesen ; un qui était marin. Il a filé en Amérique.
Madame Salvesen. — Et c’est lui qui a eu une vilaine histoire?