SECOND ACTE
(Une partie du jardin de la maison de Bernick. La maison même, que Ton ne voit pas, est censée à gauche. Au fond, la palissade du jardin avec la rue derrière ; à droite, une tonnelle ouverte, où est la table de travail des dames.)
BERNICK, habillé pour sortir, avec gants, canne et cigare, se promène dans le jardin. Un peu après, MADAME BERNICK arrive de la maison, avec une partie des ouvrages à la main, qu’elle pose sur la table.
Madame Bernick. — Tu es là, Karsten?
Bernick. — Bien sûr, je suis là.
Madame Bernick. — je croyais que tu étais allé au bureau. Bernick. — J’attends quelqu’un.
Madame Bernick. — Ah !f c’est peut-être Johan?
Bernick. — Non.
Madame Bernick. — Ouf ! alors c’est sans doute encore pour ces affaires du chemin de fer?
ÉBAUCHES ET VARIANTES
Bernick. — Non, c’est un homme que j’ai convoqué ici. Bon Dieu, est-ce que cela peut t’intéresser?
Madame Bernick. — Oh ! ce ne serait pas si étonnant.
(Dîna entre avec le reste des ouvrages à la main.)
Bernick. — Vous allez travailler dehors aujourd’hui?
Madame Bernick. — Oui, le professeur a proposé que nous nous installions ici.
Bernick. — Oui, ça se voit mieux ici.
Madame Bernick. — Il n’avait certes pas une idée d'ostentation.
Bernick. — Je ne le pensais pas non plus. Il y a vraiment ici assez de badauds à qui c’est utile de voir ces dames qui travaillent.
Madame Bernick. — Oui, tu n’apprécies pas beaucoup ces séances, Karsten.
Bernick. — Mais si, je les apprécie ! Cousez tant et plus,... du moment que les soins de la maison ne sont pas négligés... Marta n’est pas ici aujourd’hui?
Madame Bernick. — Non, Marta est à son travail, naturellement.
Bernick. — C’était de sa part une énorme sottise d’entrer dans ce télégraphe.
Madame Bernick. — Oui, je crains quelle n’ait pas la santé qu’il faudrait.
Bernick. — Oh ! quant à la santé, elle peut bien résister. Mais c’est désagréable pour moi. On dirait que moi, son frère, je ne suis pas disposé à pourvoir à ses besoins.
Madame Bernick. — Oui, mais ce n’est guère agréable non plus d’être entretenue, même par un parent très proche.
Bernick. — Une femme est obligée d'accepter cela. Pourquoi n’a-t-elle jamais voulu se marier? Non, elle est volontaire et têtue, comme la plupart... Ah! voilà que l’on commence à venir ( corrigé en : voilà Mme Rummel et sa fille) .
Madame Bernick. — Mme Holt et Netta arrivent aussi.
Bernick. — Comme elles sont pressées ; je croira s pre que que ces bonnes dames ont des intentions...
Madame Bernick. — Comment cela?
Bernick. — Pourquoi traînent-elles toujours leurs filles avec elles?
Madame Bernick. — Oh, mais tu sais bien que c’est convenu : les jeunes filles bien élevées doivent servir de modèles à Dina.
Bernick. — Hm I deux mères avec des filles à marier doivent avoir des arrière-pensées...
Madame Bernick. — Mon Dieu, Karsten, crois-tu que ce serait à cause de lui...
Bernick. — Oui, lui, lui, lui ; toutes les femmes de la ville rappellent lui... et Ton sait tout de suite qui cela veut dire
(Mme Rummel avec Hilda, et Mme Holt avec Netta se rencontrent à la porte du jardin et entrent. On se salue et Ton bavarde. Pendant ce temps arrive aussi Mme Salvesen.)
Bernick. — Je dois vraiment admirer votre ponctualité, mesdames. Jamais une minute après l'heure dite...
Madame Rummel. — Oh ! je ne saurais vous dire avec quelle impatience j'attends ces agréables heures de travail...
La préfète Bernick. — As-tu apporté le livre, Dina?
Dîna. — Oui.
Madame Rummel. — Oh, il ne viendra sûrement pas aujourd'hui.
Madame Holt. — Non, sûrement pas...
B. — Pourquoi cela? On est en vacances...
Madame R. — Oui, c'est vrai; mais vous êtes sûrement aussi en vacances, monsieur Bernick.
B. — Parce que je me promenais ici avec ma femme? Mon Dieu, on n’est tout de même pas uniquement homme d’affaires ; on est aussi père de famille...
ÉBAUCHES ET VARIANTES
Madame H. — Oui, on peut le dire de vous en toute vérité, monsieur Bernick...
B. — On veut tout de même jouir un peu de son milieu familial ; il n’est pas étendu, mais on est attaché d’autant plus étroitement, madame Holt.
Madame Rummel. — Oui, mais pour le moment, il s’est un peu étendu.
B. — Oui, depuis que mon beau-frère est arrivé, vous voulez dire.
Madame R. — Il paraît qu’il est devenu un vrai gentleman, comme on dit...
B. — Il a fait de grands progrès... la vie là-bas dans un milieu élargi, voyez-vous... il a servi pendant la guerre comme lieutenant dans la flotte...
Madame R. — Non, voyez-vous ça ; et comment se trouvet-il d’être rentré...
B. — Oh ! nous avons si peu parlé de cela.
Madame B. — Il n’est venu ici qu’un instant...
La préfète. — Et Lona Hessel est arrivée aussitôt...
Madame R. — Ah, elle est aussi venue ici...
La préfète. — Oui, et elle a bien changé.
Madame Salvesen '. — Non, regardez, le voilà...
B. — Lui? Non, pas du tout, c’est... ah! lui, oui... c’est juste...
(Rorlund entre.)
R. — Bonjour, bonjour mesdames. Bonjour monsieur B.
Les dames. — Bonjour.
Madame B. — Comme vous venez tard, monsieur le professeur.
R. — Oui, je vous prie, mesdames, de m’excuser ; mais
1 Introduire ici des répliques pour dire que Johan restera au pays et prendra la direction du chantier de radoub de Bernick, etc. Mme Bernick demande ce que deviendra le pauvre Aune. Bernick : Ma petite Betty s’en remettra pour Cela à nous autres hommes. ( Note de V auteur.)
j5ai été dans un endroit où ma présence était plus nécessaire qu’ici...
B. — Vous arrivez du port, je vois...
R. — Oui, c’est cela.
Madame B. — Et vous avez eu sûrement des ennuis...?
R. — Oui, ce n’était pas précisément agréable... Imaginezvous...
Bernick. — Excusez-moi... voilà quelqu’un à qui je dois parler...
(Le charpentier Aune est entré par la porte du jardin.
Bernick va au-devant de lui.)
Bernick. — Vous avez été long, Aune. Je suis resté ici à vous attendre.
Aune. — Monsieur m’excusera ; mais nous avons dû d abord haler le navire américain.
Bernick. — Et croyez-vous que vous pourrez le réparer en vitesse? [Ajouté après coup : Il faut que le bateau soit à Petersbourg dans quinze jours...]
Aune. — Je pourrais bien le réparer, s’il m’était permis de travailler à ma façon.
Bernick. — En vitesse... ai-je dit. A votre façon? Il ne peut pas en être question. Je ne me suis pas procuré ces coûteuses machines pour qu’on ne s’en serve pas, et le navire étranger ne peut non plus trouver son compte à rester là des mois et finalement peut-être à être mal mis en état.
Aune. — Non, non, c’est bien possible.
Bernick. — Écoutez, Aune ; vous pouvez bien savoir pourquoi je vous ai fait appeler.
Aune. — Oh ! oui, c’est différent.
Bernick. — Oui, c’est différent ; mais en un sens, cela revient au même. D’abord... qu’est-ce que c’est que cette conférence que, paraît-il, vous avez faite samedi soir à l’association ouvrière?
ÉBAUCHES ET VARIANTES
Aune. — C’était sur le tort que causent aux ouvriers les nouvelles machines.
Bernick. —
Manuscrit composé de quatre cahiers d'une écriture soignée, avec des corrections ultérieures où la composition du premier acte est essentiellement conforme au plan VI (p. 315).
P. 125, 1. 2. — jardin] vestibule
P. 125,1. 2. — consul] négociant. De même dans tout le manuscrit.
L. 7. — Biffé après marquise] et sur lequel est une table à demi servie pour le café, avec des fauteuils à bascule autour.