EXEMPLAIRE N
Tous droits de reproduction, de traduction, et d*adaptation réservés pour tous pays, y compris la Russie.
La présente version française des œuvres de Henrik Ibsen est autorisée par Madame Susannah Ibseny veuve du poète y et par M. Sigurd Ibseny son f/s. M. le comte Prozor, qui tenait de V auteur lui-même une autorisation générale pour la traduction de ses œuvres en français , a très libéralement permis que cette traduction nouvelle fût publiée . Je n ai donc pas eu à rechercher ni à interpréter les conventions existantes en matière littéraire .
Les œuvres de Henrik Ibsen seront ici traduites aussi littéralement que possible . L' exactitude du sens et la similitude de la construction grammaticale ont étéy iciy principalement recherchéesy même pour les vers . Ceux-ciy traduits exactement vers pour versy sauf de très rares exceptions — leur nombre n atteint pas la dizaine dans ce volume — seront disposés typographiquement comme les vers originauxy et Von s'est efforcé de ne pas laisser se perdre entièrement la cadence rythmiquey caractérisée avant tout par le nombre des syllabes accentuées. Mais les rimes ont dû être complètement négligées.
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Les œuvres seront ici publiées dans V ordre même oit elles ont été écrites . Ceci serait très simple , s il ne s agissait que des œuvres dramatiques , mais présenterait quelque difficulté pour les autres œuvres , surtout pour les poèmes . V ordre de leur composition est parfois hypothétique , ce dont il sera rendu compte dans les notes. Luis^ comme on ne pouvait songer à intercaler un poème ou un article entre deux pièces , on a été conduit h décomposer la vie de Henrik Ibsen en périodes . Les œuvres de même nature composées dans chaque période seront groupées : poèmesy proses diverses , pièces , et classées par ordre chronologique dans chaque groupe. Les périodes correspondront presque constamment aux déplacements d'Ibsen : Œuvres de Grimstady Œuvres du premier séjour à Kristianiay Œuvres de Bergen , etc . Il se trouve qu'une telle division y constituant une règle facile et nettey correspond en même temps au développement de V écrivain 5 du moins pour la première moitié de sa vie littéraire , et n a plus aucune importance par la suitey puisqu' alors il s'est exclusivement consacré a la production dramatique.
Cette manière de présenter l'œuvre d'Ibsen est certainement conforme à ses vœuxy car il a maintes fois exprimé cette idée que V ensemble de ses écrits forme un touty et qu'il fauty pour bien le comprendre , lire ses pièces dans V ordre de leur composition. Et les lecteurs qui suivront son conseil n auront , certes , pas à s'en plaindre . Ibsen avait V esprit logicien y et il y a souvent un enchaînement rigoureux d'une pièce a la suivante. Soit qu'a le lire on le cherche lui-mèmey ou qu'on s'attache a comprendre ses idèesy il convient de suivre V évolution de son caractère et de sa pensée , car c est
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aussi le moyen de sentir plus entièrement la beauté de ses arames les plus profonds.
Chaque période est précédée d'une notice biographique 5 et chaque pièce , d'une notice particulière. Le lecteur ne trouvera pas là des articles à propos des pièces , — ce que sont les notices de la traduction allemande. Il trouvera seulement l'ensemble des renseignements qui ont paru nécessaires pour suppléer à son ignorance probable au sujet de l'histoire littéraire et politique de la Norvège.
On a beaucoup dit que la vie d' Ibseny c est son œuvre , et cette formule , qui peut être appliquée à presque tous les grands écrivains , est encore plus étroite?nent vraie pour lui que pour la plupart d'entre eux. Quelques personnes en concluront qu'il conviendrait de donner son œuvre , et que cela suffit. Cependant le public est habitué , lorsqu'on lui présente des auteurs étrangers , à recevoir en même temps un commentaire > ou le traducteur explique la signification de leurs ouvrages , et en démontre le mérite. Il n a pas manqué de pareils commentateurs d' Ibsen. Ici 3 le lecteur est invité a commenter lui-même , et tous les renseignements positifs qui peuvent l'y aider lui sont fournis.
Il est intéressant d'assister au travail d'un grand artiste , de voir les études faites pour un travail déterminé , les tâtonnements , les ébauches successives , de saisir sa pensée en formation. Pour cela , il faut avoir les brouillons de ce travail , en noter les ratures et les corrections . Et il est plus intéressant encore , considérant V ensemble des travaux d'un grand artiste comme son œuvre totale , de voir les hésitations , les naïvetés , les incertitudes de ses débuts. Pour cela , il ne faut négliger
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aucun des écrits de la jeunesse, du temps ou la personnalité ne s'est pas encore pleinement révélée à elle-même , où elle est plus souple et peut être modifiée par les circonstances extérieures. Il faut aussi connaître l'homme , V individu Henrik Ibsen , ainsi que son milieu , son pays , les idées qui s'y agitaient , et qu'il a partagées ou combattues , les influences qui pouvaient s'y exercer sur lui , soit qu il les subit ou réagit contre elles . C'est ainsi que le lecteur pourra pénétrer , suivant une expression désormais consacrée , dans V atelier d'artiste d'Ibsen .
Il a tenu lui-même a nous en fournir le moyen , grâce aux brouillons qu'il a soigneusement conservés , cela ,
jeunesse . Si les ébauches des pièces qu'il écrivit en Norvège , avant son départ pour son long exil volontaire en 1864, n ont été retrouvées qu en très petit nombre , cela tient à ce qu'un créancier impatient , et surtout , semble-t-il, malveillant , ^ saisir, et , croit-on , vendre aux enchères , tandis qu Ibsen était à Rome , /<?/// y# 7/ ætw/ æ Kristiania . /to# Ar/7
d'octobre 1866 (# Bjœrnstjerne Bjœrnson ) ; “ Je ne me suis pas lamenté sur la perte de mes meubles et choses de ce genre, mais savoir mes lettres privées, mes papiers, mes esquisses, etc., entre les mains de n'importe qui, c est Va pour moi une pensée extrêmement pénible ..." Les manuscrits et les tableaux d' Ibsen ont été ainsi en partie dispersés . Le fils de l'avocat Nandrup, qui avait opéré la saisie, en a parfois donné à ses camarades contre un paquet de bonbons. Certains ont été retrouvés depuis, et la plupart sont aujourd'hui h la bibliothèque de V Université, a Kristiania. Ce sont les manuscrits de Catilina, des poèmes écrits a
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Grimstady de la Perdrix de neige du Justedal, et de Svanhild, première forme {en prose') de La Comédie de l’Amour, plus quelques autres moins importants , A partir de 1864, au contrairey il existe des noteSy plans ou brouillons de toutes les pièces d'Ibsen y a la seule exception de L’Ennemi du Peuple.
Ces ébauches sont très incomplèteSy et ne donnenty pour aucune des œuvreSy T entière série des états successifsy depuis les premières notes jusqu au manuscrit définitif pour V impression , Les esquisses primitiveSy en particuliery sont rares et se réduisent à de courts fragments , Telles quelleSy — et c'est lui-même qui en a fait le choix et a détruit le reste — Ibsen y tenait beaucoup . Il en a donné quelques unes en les qualifiant de choses fort prècieuseSy et en a réuni le plus grand nombre en un gros paquet qu'il conservait soigneuse - S menty et quey parfo'iSy il montrait à sa femme et h son fihy en disant : “ Ceci est fort importanty c'est le plus important de tout," Il n a jamais exprimé la volonté formelle que ces papiers fussent publiésy mais il est évident qu'il comptait sur la publicatioUy et que la simple déférence aux vœux de l'écrivain la justifie , Elle esty d'ailleurSy d'un haut intèrêty et la traduction des noteSy brouillons et variantes sera donnée ici absolument compTeley toutes les fois qu'il ne s'agira pas de simples variantes verbaleSy dont une traduction est impuissante à rendre compte ,
Ce souci de conserver ses brouillons pour le public manifeste le vif désir qu avait Ibsen d'être compriSy de l'être entière menty intimement. Et il avait parfaite conscience qu'une si exacte et minutieuse étude de son œuvre et de sa pensée
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devait inévitablement être fort indiscrète , et s étendre jusqu a sa personne et a ses sentiments . Il voulait , même, qu'on allât jusque-là^ et il prévenait quiconque se disposait h écrire sur lui . C'est ainsi quà une demande de renseignements de Peter Nansen, il répondait , le 28 octobre 1870 ; “ Tout ce que j'ai produit , en fait d' œuvres poétiques , a eu sa source dans un sentiment et une situation ; jamais je n ai rien composé parce que j' avais , comme on dit , “ trouvé un bon sujet". Et maintenant) je vais me confesser chronologiquement, " — Il semble , en effet , qu'il aurait éprouvé un certain plaisir , et comme une sorte de soulagement , à se raconter , si on l'avait interrogé avec une curiosité sympathique , entendu , audacieuse . CW, moins, V impression
la plus nette qui est résultée pour moi des premières conversations que j eus avec lui y en 1894. Malheureusement je n avais, en ce temps-là, une connaissance assez* familière ni de son histoire personnelle et de son pays , ni de la langue norvégienne, pour tenter de vérifier mon impression.
Mais Vidée l'a hanté de ne pas même attendre qu on lui posât des questions, et de publier un récit assez étendu de sa vie, dans lequel chaque pièce serait venue à sa place, comme l'effet naturel d'un sentiment et d'une situation . La “ confession chronologique" adressée à Peter Nansen en 1870 est comme un résumé de cette autobiographie, qu'il annonce encore en i8ç8 comme l'œuvre à laquelle il va se consacrer tout d' abord. Dans l'intervalle, il en parle souvent. Vidée le tourmente, il fait part de son projet à son éditeur, et pourtant il n est parvenu à écrire qu'une dizaine de pages sur ses souvenirs d'enfance et trois pages sur son voyage en Egypte .
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Pourquoi cette sorte d'impuissance à faire ce qu'il croyait utile et désirait ? La raison en est très évidente. Si sincère et si vif que fût son désir de faire comprendre son œuvre , et, pour cela , de se révéler lui-même hardiment , ce désir était chez lui en conflit avec une sorte d'angoisse instinctive h l'idée de paraître dans sa nudité morale , et cet instinct était si fort que, malgré sa grande habitude de faire céder l'intérêt de sa personne à l'intérêt de son œuvre, jamais il ri a pu se résoudre à rédiger ses mémoires, et jamais il ri a écrit sur lui-même et ses proches qu avec une sorte de sécheresse ou de réserve trop prudente . Il voudrait se montrer, et il se cache comme malgré lui . On trouvera dans ce premier volume ses “ Souvenirs d'enfance " (Appendice 1 ), spirituels et, à certains égards, bien renseignants ; mais il ri y parle pas de sa famille, et ne s' analyse pas, ne se laisse guère pénétrer .
Il reste cependant quil croyait nécessaire a la complète intelligence de son œuvre la connaissance des sentiments sous la pression desquels il l' avait produite, et quil souhaitait que le lecteur fût mis en état de revivre par la pensée sa vie même, dont ses pièces sont comme les étapes. Les notices biographiques lui feront un peu violence, et tiendront lieu des mémoires quil aurait voulu, et qu'il ri a pu écrire .
On s'étonnera, peut-être, du développement donné à ces notices biographiques. Elle seront, en effet, assez étendues, principalement en tête des premières périodes de la vie d' Ibsen. Elles seront beaucoup moins importantes lorsqu'il aura dépassé la période de formation. Comme il s'agit ici d'un poète appartenant à un pays dont l'histoire et la littérature, sont, en général, presque totalement inconnues, il a
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paru nécessaire d'interrompre le cours du simple récit biographique pour tantôt décrire la société norvégienne 3 et les courants d'idées principaux , ou raconter avec quelque détail même les faits politiques auxquels Ibsen , sans y prendre une part directe ? s' est particuliérement intéressé , ou tracer le portrait littéraire et psychologique des écrivains avec lesquels il a été principalement en relation. Dans toutes ces apparentes digressions , c est toujours uniquement d'Ibsen > bien entendu , qu'il est question , même lorsqu'il n'y est pas nommé , leur but étant toujours de fournir au lecteur , sous une forme aussi condensée que possible , tout ce qu'il faut savoir pour situer V écrivain , et par suite , pour mieux comprendre ses œuvres.
C'est dans ce but , également , l'on a placé en tête de
l'ouvrage une introduction sur u littérature et la société en Norvège vers 1850 " c'est à dire au moment où Ibsen débarque a Kristiania et y publie son premier volume. Sans cette vue d'ensemble , les digressions des notices risqueraient d'être mal comprises , ou exigeraient un développement excessif. Ce n' est pas une histoire de la littérature avant Ibsen : des écrivains norvégiens importants , comme Petter Dass et Tullin , n'y figurent pas . C'est plutôt un tableau de l'état de la littérature en Norvège à cette date. Je me suis efforcé , tout en traitant avec un développement assez étendu les faits essentiels , de me limiter a ceux-là , et surtout de ne pas accumuler — sauf en ce qui concerne les auteurs dramatiques — les noms d'écrivains secondaires.
Enfin j Ibsen s' adressait au large public. Les auteurs dont le moyen propre d' expression est la forme dramatique ont coutume , plus encore que les autres , de ne pas se désintéresser
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du sort de leurs œuvres. Ibsen voulait être entendu , il lisait attentivement la critique de ses pièces , et cette lecture lui a parfois suggéré le sujet de la suivante . Il est donc intéressant de savoir comment le public F accueillait et le comprenait. Dans la notice particulière à chaque pièce , où ses origines seront indiquées , il sera donné \ en outre , un résumé des comptes-rendus publiés en Norvège aussitôt après la publication ou la première représentation , — quelquefois aussi des articles danois et suédois.
Il n a été publié , jusqu'ici , en Norvège , aucun grand ouvrage d'ensemble sur Ibsen et sur son œuvre , mais un tel ouvrage a été admirablement préparé par des travaux documentaires considérables , sans lesquels il ne m aurait pas été possible d' entreprendre la présente traduction suivant le plan adopté. Le Dictionnaire des écrivains norvégiens (Norsk Forfatter-Leksikon), de J . B. Halvorsen^ fournit une abondance de renseigne?nents biographiques et bibliographiques très sûrs , et telle qu aucune autre littérature moderne y peut-être , ne peut rien présenter d' approchant. Un pareil dictionnaire ne pouvait être réalisé que dans un petit paysy à littérature pauvre y et personne ne songerait à le continuer dans la Norvège actuelle. Le tome III (i8q2) contient V article Ibsen , F un des plus développés , et la partie relative a la bibliographie des œuvres , revue à propos de F édition norvégienne des œuvres complètes , a été rééditée en un volume (Bibliografïske oplysninger, 1901). La correspondance d'Ibsen (Breve fra Henrik Ibsen, 1904), et ses posthumes (Efterladte Skrifter, 1909), ont été publiés par Halvdan Koht et Julius Elias , et les deux ouvrages sont précédés
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d'amples introductions et suivis de notes et d' éclaircissements précieux . Ces divers travaux sont la base de toute étude sur Ibsen. Bien des renseignements leur seront empruntés , sans indication de référence , notamment en ce qui concerne la description des manuscrits .
Je dois signaler , a ce propos , que les notes et références des notices seront placées au bas des pages. Mais les notes aux œuvres d Ibsen ne seront indiquées par aucun renvoi dans le texte ? et se trouveront à la fin de chaque volume , avec V indication ^ en caractères gras , de la page à laquelle elles se rapportent. Comme aucune notice spéciale n a été consacrée aux poèmes et aux articles , tout ce qui les concerne a été reporté aux notes en fin de volume . Celles-ci donneront la métrique de chaque poème , et seront , pour le surplus , en grande partie empruntées aux travaux de J . B . Halvorsen et de Halvdan Koht.
Je ne puis nommer ici tous les autres historiens de la littérature norvégienne dont les travaux mont servi , ni toutes les personnes qui , de façons diverses , mont aidé. J'ai constamment rencontré \ dans les bibliothèques de Kristiania et de Bergen , auprès des spécialistes d'histoire littéraire , et aussi chez bien des personnes privées 5 l'accueil le plus bienveillant , heureux d'en exprimer ici a tous ma
reconnaissance .
veux aussi mentionner l'aide que fai trouvée a Paris , la belle bibliothèque Scandinave 3 annexe de la
bibliothèque Sainte-Genevièrey est largement suffisante pour tout étudiant des littératures Scandinaves qui n a pas besoin de recourir à des œuvres très rares , à des revues ou à des
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journaux anciens . Les bibliothécaires , MM. Eugène Capet et Fritiof Palmèr , w jy facilité mon travail avec la plus grande obligeance , et^ grâce a la bibliothèque Scandinave de Paris , yW pu réduire a un temps relativement court la durée de mes recherches , ainsi plus circonscrites , bibliothèques de Norvège .
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