‹ Œuvres complètes. tome premier, Œuvres de GrimstadChapitre 2 sur 103 · LA NORVÈGE ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

LA NORVÈGE ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE

Pauvreté du pays. — Importance de la classe des paysanspropriétaires ; les diverses classes paysannes et le développement remarquable de l’instruction parmi elles. — Les autres classes sociales ; prépondérance des fonctionnaires — Niveau de vie général très bas.

Le sentiment national et la fondation de l’Université. — Influence des idées françaises du XVIIIme siècle. — La Norvège indépendante et sa Constitution libérale. — Les paysans forment peu à peu un parti politique de classe. — En 1850, le positivisme matérialiste est le principe qui domine la vie publique.

La Norvège, en 1850, était un pays très pauvre. Elle comptait environ 1.400.000 habitants, et son budget n’atteignait pas 14 millions de francs. L’Etat norvégien devait donc suffire aux besoins du pays avec moins de 10 fr. par tête d’habitant, tandis qu’en France, à la même époque, le budget disposait de 36 fr. par tête, près de quatre fois plus. Aujourd’hui — ou plus exactement en 1904 — les distances se sont beaucoup rapprochées, puisque le budget par tête, pour la Norvège, s’est élevé à plus de 63 fr., et pour la France à 91, soit pas même moitié plus. Un changement aussi considérable dans ces rapports suffit à suggérer combien la Norvège, en 1850, était un pays économiquement arriéré, où la richesse nationale était très

médiocre, en même temps qu’il montre la rapidité d’ascension de ce pays vers le niveau des nations les plus riches.

Cela tient surtout à ce que la Norvège était alors un pays uniquement agricole et commerçant, et que l’industrie y était, on pourrait presque dire, inconnue. Or, en tant que pays agricole, la Norvège est naturellement pauvre : les champs ne couvraient même pas, vers le milieu du siècle dernier, un centième de la surface du pays, et le climat n’y est pas favorable à toute culture. De plus, la propriété y est très divisée, la grande majorité des propriétaires cultivent eux-mêmes, et l’on conçoit que ces conditions n’étaient pas favorables à une bonne exploitation du sol, lorsque l’instruction était moins répandue, et que les méthodes étaient purement traditionnelles.

Cet état de division de la propriété, au degré où il existait en Norvège, est un fait tellement exceptionnel, qu’il est nécessaire de donner des chiffres. En 1860, sur 1 37. 1 1 1 propriétés, il y en avait 120.635 cultivées par le propriétaire, soit 87, 9 p. cent. 1 Et ces propriétés cultivées par leurs propriétaires n’étaient nullement les plus petites : au contraire, si l’on admet que l’impôt matriculaire puisse servir de base à une évaluation, on trouve que leur ensemble représente les 88, 4 °/c de la valeur totale des terres cultivées. Il est inutile d’ajouter, dans ces conditions, que la très grande propriété n’existait à peu près pas en Norvège: on n’y comptait, en 1871-75, que 93 fermes de plus de cent hectares (non comprises les terres de pacage incultivables). Le mouvement de la propriété allait accentuant cet état de choses, et réduisant la part des propriétaires non cultivateurs et des terres cultivées par des fermiers.

Tout cela caractérise la Norvège comme un pays d’une

1 Beretning om Kongeriget Norges œkonomUke tilstand t aarene 1856-1860...

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